Les bonnes ondes d’Axel Bauer

Le chanteur français Axel Bauer. © Yann Orhan

C’est le disque qu’on attendait. Radio Londres est le septième album studio d’Axel Bauer. Il y réussit le pari ambitieux de conjuguer des textes puissamment poétiques avec une musique, rock, populaire et exigeante.

RFI Musique : Sur le radiophonique Ici Londres on entend la voix de votre père qui incarnait celle de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale sur les ondes de la BBC. Le Jour s’enfuit nous immerge dans sa jeunesse londonienne. Pourquoi lui rendre hommage en évoquant cette période ?
Axel Bauer :
Le jour s’enfuit parle effectivement de mon père qui arrive à Londres à 22 ans pendant la Guerre. La chanson parle aussi de moi car nous y avons vécu au même âge, dans des contextes différents. C’est une chanson d’amour qui évoque le souvenir commun d’une perte, éprouvée à Londres. Ici Londres est un hommage à la Résistance en général. Mon père a prononcé 517 fois "les Français parlent aux Français" mais il n’était pas seul. C’est pourquoi, au début du morceau, il donne les noms des autres speakers. C’est plutôt un hommage au symbole qu’il représentait.

C’est quoi la résistance pour vous aujourd’hui ?
Résister s’applique à des choses aussi bien futiles que graves. Résister à la gourmandise et résister en temps de guerre, ce n’est pas la même chose ! Mais à travers l’acte de résister, je crois qu’on prend toujours un peu possession de soi. S’imposer des règles, une rigueur, c’est une façon d’arriver à sa propre liberté.  

Il est question de la Première Guerre mondiale dans Est-ce ainsi que les hommes vivent de Louis Aragon que vous reprenez. Un poème qu’il écrivit entre 1918 et 1919, alors qu’il attendait d’être démobilisé. Pourquoi les guerres mondiales sont si présentes sur votre disque ?
Le titre de l’album et la voix de mon père l’imprègnent de cette ambiance. Peut-être est-ce aussi en rapport avec la Résistance et ce que signifie "résister". Mon père me racontait qu’à Londres, pendant la Seconde Guerre mondiale, les enfants montaient sur les toits avec des sacs de sable pour protéger les immeubles des bombes qui pouvaient les incendier. Je me demandais comment j’aurais réagi dans cette situation. Par ailleurs, Ici Londres a été enregistré bien avant la guerre en Ukraine, on n’envisageait pas du tout une guerre en Europe comme une possibilité.

Alors cette prégnance est-t-elle une mise en garde ?
Ce qui est compliqué quand on fait les chansons, c’est qu’elles peuvent devenir moralistes. Même si je vis dans le même monde que vous avec les mêmes angoisses, j’aime les chansons qui touchent à l’intime. Et dans l’intime, on n’est pas donneur de leçon. Je ne ferai jamais une chanson qui dit "la guerre, c’est mal". Je n’aime pas la démagogie. C’est pour cela que j’aime tant ce poème d’Aragon, qui questionne de façon subtile : "est-ce ainsi que les hommes vivent ?"

Dans C’est malin vous écrivez l’histoire d’un homme qui apprend qu’il est gravement malade "Si tu l’as, tu meurs". C’est autobiographique ?
Oui. J’aurais eu la pudeur de ne pas l’écrire si ça ne l’était pas. En tant qu’auteur je m’appuie sur des choses que je vis… Je voulais aborder ce moment où un homme vit dans l’inconscience et l’illusion d’être immortel jusqu’à ce qu’on lui révèle qu’il va peut-être mourir.  La vie change complètement, ça m’intéressait de raconter les stades psychologiques et les prises de conscience à travers lesquelles on peut passer. C’est une sorte de voyage.

 

Vous jouez sur tous les morceaux des solos virtuoses de guitare. Que vous apporte-t-elle ?  
Elle me permet d’exprimer quelque chose que je n’exprimerais pas dans mes textes ou mes interprétations. Pour moi chanter c’est dire. J’ai toujours été plus Lou Reed que Céline Dion !  J’aime les voix qui racontent et incarnent les chansons. Le solo de guitare a une esthétique propre. Il faut faire attention car lorsqu’ils sont très virtuoses, ils ont tendance à prendre le pas sur la chanson. Les solos racontent, ils ne sont pas démonstratifs ; comme dans C’est malin où il exprime un sentiment de libération.

Tout l’or du monde, J’aime ça et Achète-moi une âme sont à la fois critiques du consumérisme et appels à plus d’humilité.
Et à une certaine simplicité dans J’aime ça. Achète-moi une âme est venue d’un livre que je lisais qui s’appelle La mort de la mort qui expliquait que la mort n’est plus une fatalité mais un problème à régler ! La seule chose qu’on ne peut pas acheter reste une âme…Tout l’or du monde raconte que la réussite peut détruire. Dans les années quatre-vingt-dix, j’ai vécu quelques temps dans le désert avec des Touaregs. J’avais peur de l’invasion du matériel et que les objets prennent le pas sur ma vie. Un danger que l’on retrouve évoqué dans Achète-moi une âme. Ce monde sans frontière tant désiré, dans lequel l’information galope grâce au numérique, est tout aussi effrayant de fake news et d’uniformisation. La création permet de s’évader dans un monde qui est en nous et qui est lui aussi réel.

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Axel Bauer Radio Londres (Fontana) 2022 

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