Dick Annegarn

© Serge de Rossi

Ecoutez, respirez. Grand adepte de la ballade en campagne, ce Plouc de Dick Annegarn nous livre un vrai grand bol d’air. Un disque tout en épure où on sent le Néerlandais réconcilié avec lui même. Mais c’est oublier un peu vite la personnalité de celui que les Scouts baptisèrent "marmotte rouscailleuse". Rencontre avec un insatisfait.

 

 
  

 

Lorsqu’on lui demande "Vous semblez plus apaisé sur cet album ?", Dick Annegarn marque un temps d’arrêt. Ses paroles se bloquent au fond de sa gorge, seules quelques syllabes sortent de sa bouche. Après un nouveau moment de réflexion, il se risque : "Avec le tsunami en Asie du sud-est, on a vu quand même des peuples très en difficultés avec des beaux regards, des beaux sourires. Dans le bouddhisme, la vie est souffrance mais ça n’enlève pas le sourire, c’est au contraire une façon de l’apprivoiser. Peut être l’âge aidant, je suis un peu moins surpris, un peu plus aguerri sans être aigri. "

Plouc, un titre revendiqué : "parce qu’on l’est tous un peu et que c’est très proche de populaire". Un qualificatif rural qui lui sied aussi à ravir : "Chaque fois que je suis allé à la campagne, je suis reparti en courant ! Je pensais qu’il me fallait du bruit de l’agitation pour trouver l’inspiration. Ma créativité aujourd’hui se nourrit de lumière de montagne, de ciel. Ce n’est pas un disque souffreteux sur mes solitudes, pas un disque sur moi, mais sur le milieu où je vis, très inspiré des petites Pyrénées qui sont mon quotidien. Je me rends compte qu’il y a autant de poésie ici qu’à Paris". Un milieu accueillant, puisqu’on est invité d’entrée, avec Accordons. Les joies et les mots simples d’une fête populaire rythmée par les Bandas (ensembles de cuivre régionaux). Ensuite, Dick Annegarn décline toutes les possibilités offertes par le tuba et le cor d’harmonie, deux instruments jusque-là largement mésestimés. Avec la complicité de Barnabé Wiorowski et Jean-Pierre Soulès, ils deviennent orchestre complet, fanfare et même section de violon. Un travail d’exploration tout en épure absolument remarquable.

Une clé dans chaque chanson

Tout en dissertant sur les joies de la campagne, le "Hollandais chantant" commence alors à céder : "C’est vrai, depuis que je suis installé à Saint Gaudens, je me suis peut-être apaisé un peu. Je n'ai pas fait grand chose, mis à part couper du bois, faire des tours dans la nature, bricoler". Mais ne vous y trompez pas, Dick Annegarn conserve toujours son côté facétieux. Potron-minet, titre aérien à la gloire des levers de soleil, se révèle, après quelques questions, beaucoup plus sexuel. "Le matin, quel homme se lève en toute innocence ?" se justifie-t-il, hilare.

 

Né en Hollande, élevé en Belgique et résident en France, il conserve de tous ses déplacements ce phrasé incomparable. Une diction, entre "j’ai la bouche pleine de madeleines" et "j’exagère quand j’articule", tout bonnement envoûtante : chaque chanson prend alors un tour inattendu, quasi-surréaliste. D’autant que dans son écriture, Dick Annegarn s’attache autant au son qu’au sens. Il joue avec la texture même des mots. On atteint des sommets avec L’arborescence : une voix, une guitare pour un blues à faire pâlir les musiciens du Delta. Avec L’eau est là, autre perle de ce chapelet, Dick nous parle, toujours simplement, de la pluie. Celle-là même qui rend maussade les habitants du Nord de la Méditerranée, alors qu’au sud, elle est célébrée comme une fête.

Les derniers bluesmen du sud-marocain

 

 
 

 

Habitué des pérégrinations, le chanteur a pourtant mis "le hola" ces derniers temps. La fatigue avoue-t-il. S’il voyage encore un peu, le chanteur voyage utile. L’année dernière, il s‘est rendu à Tiznit dans le sud du Maroc pour enregistrer "pour mémoire" des artistes berbères. Un projet qui n’a malheureusement pas tenu toutes ses promesses : "Les aides procurées par le Maroc et la France, se sont retournées contre moi. J’étais en état de semi-suspicion. Les artistes se sont censurés, je me suis rendu compte qu’ils ne chantaient pas les messages codés habituels. Ceux des sociétés opprimées qui utilisent une chose pour en dire une autre". Le résultat qui n’en reste pas moins très intéressant musicalement n’a pas trouvé de distributeur : "Le projet a été refusé plusieurs fois. Il y a pourtant deux millions de berbérophones en France. Mais ils ne s’intéressent pas à cette musique. Il s’agit des derniers bluesmen du sud marocain. C’est une musique que même les autochtones trouve maintenant exotique. Pour eux, c’est la musique de tous les jours, c’est Madonna".

Dick Annegarn s’offusque mais ne se résout pas. Si Plouc marche bien, il sortira tout seul Rways de Tiznit (déjà en écoute sur son très bon site web). Il prépare également la deuxième édition de son festival du Verbe prévu en juin 2005 tout en élaborant un site web pour un jeune slammeur toulousain. Le tout dit d’un ton modeste, comme pour s’excuser de ne pas en faire assez. Au pied des Pyrénées, Dick Annegarn a certes trouvé un plaisir de vivre mais pas le repos. Et on s’en félicite…

Dick Annegarn  Plouc (Tôt ou tard) 2004

http://www.annegarn.com/