Camille a cappella mais en anglais

Trois ans après Le Fil, qui l’a révélée en France et à l’étranger, la chanteuse Camille poursuit son exploration des formes les plus audacieuses de la chanson avec Music Hole, son nouvel album. Chansons a cappella, percussions corporelles, polyphonies spectaculaires, transes vocales impressionnantes : elle ne déçoit pas musicalement. Mais la plus grosse surprise est son usage presque exclusif de la langue anglaise.

RFI Musique : Votre album s’appelle Music Hole. A propos, quel est votre rapport au music-hall ?
Camille :
C’est un peu vieillot, non ? Le music-hall, au sens propre, c’est le lieu où l’on donne des concerts. Ensuite, le music-hall tel qu’on en parle en français, c’est plus prestigieux que le cabaret. Un peu moins miteux, un peu plus clinquant, paillettes, anglo-saxon. C’est un mélange de show, de chanson, de danse, de théâtre, de texte… et ça me plaît beaucoup. Et Music Hole, c’est le trou organique, le trou originel autour duquel on se rassemble et qui interroge. C’est le music-hall de l’origine : on utilise le corps comme source de danse, d’histoires, de polyphonies, de chant, de musiques répétitives…

Vous continuez à chercher de nouvelles formes, de nouveaux sons de voix, de nouveaux types d’arrangements… Un défi constant ?
Ça m’est facile : ma plus grand source de plaisir est de chanter, d’utiliser mon corps pour la musique. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de séparation : le chant est dedans et dehors à la fois. Techniquement, enregistrer ma voix est simple ; changer la texture de ma voix, ça me convient. Ensuite, le mixage est un gros enjeu pour différencier les textures et pour que ça ne fasse pas un gros magma. Pour cet album, enregistrer les percussions corporelles nous a vraiment éclaté : quels micros utiliser, sur quel sol taper, à quelle distance enregistrer ? On s’est encore plus amusé qu'avec Le Fil. Après, je ne sais pas à quel point - pour l’auditeur qui n’a pas l’oreille entraînée - on perçoit qu’à part les percussions corporelles et un peu de piano, tout est vocal.

Après le bourdon en si sur Le Fil, les arrangements de ce disque sont polyphoniques.
Je voulais que ce soit à la fois pop et minimaliste, que les éléments arrivent un à un, qu’ils se répètent, qu’ils aient le temps de rentrer dans l’oreille et se rajoutent petit à petit. Cette musique est comme la peinture pointilliste : plein de petits points qui finissent par former une image d’ensemble.

Ce nouvel album est presque entièrement en anglais. C’est un gros défi commercial.
Artistiquement, les donnes sont changées et, du coup, ça implique beaucoup de travail, de communication et de concerts. En France, c’est présenter quelque chose qui peut interroger, mais à l’étranger, c’est partir à zéro. Les gens me connaissaient peu et, du fait que c’est en anglais, ce disque fait partie du grand marché anglo-saxon et toutes les problématiques changent. Plus on avance artistiquement, plus on dépasse par son propre travail les problématiques proprement commerciales ou culturelles. On propose quelque chose qui nous appartient et ce que je fais n’est pas forcément français. Je ne relie pas ma musique à un territoire – je suis mon territoire. Certaines choses appartiennent à la culture française, d’autres à d’autres cultures que j’assimile par petits bouts. Je présente un parcours.

Comment votre maison de disques a-t-elle accueilli votre passage à la langue anglaise ?
Au début, je pensais qu’ils allaient être très contents – l’international, l’export, l’expansion... Et en fait, pas tant que ça. On me dit que mon public est essentiellement français, que les trois quarts de mes disques ont été vendus en France. Personnellement, je pense que c’est une erreur de dire que les gens ont aimé Le Fil parce qu’il est en français. C’est parce que le marché est fait de cette manière, parce que les Anglo-saxons commercialisent très peu les projets étrangers. Que ce soit les gens qui écoutent mon disque à l’étranger sans parler français ou les Français qui l’ont aimé, cela va au-delà du fait que je chante en français. Le propre des chansons est que l’on ne comprend pas tout et que l’on s’approprie le sens, que l’on imagine. On parle de style à l’écrit mais, à l’oral, il y a toute une subtilité dans la manière de mettre en bouche, de dire, d’articuler. C’est un langage qui va au-delà des mots, au-delà de la langue. Dans le chant, tout est dans l’intonation.

 

Ainsi, il y a dans la chanson Waves un texte en français très virtuose, à la manière de la météo marine.
Cette météo marine est un bon exemple. Il y a des subtilités et des connotations pour lesquelles il faut vivre dans ce pays pour les comprendre. Mais il y a l’intonation particulière de la météo marine à la radio française qui est unique et que l’on comprend même sans parler français.

Et l’anglais ?
J’ai moins parlé l’anglais, et j’ai avec lui un rapport plus direct. L’anglais a le charme d’aller droit au but.

 

 

Camille Music Hole (Virgin-EMI) 2008

En concert à la Cigale du 25 au 28 mai 2008 et le 11 novembre 2008 au Zénith de Paris