Dick Annegarn, l’Américain

© Melchior

Un an après Soleil du soir, Dick Annegarn sort un disque de reprises de grands classiques du folk et blues intitulé Folk Talk. Un hommage très personnel à la culture populaire américaine, qui sonne comme un retour aux sources.

Saint James Infirmary Blues, Down In the Valley, Georgia on my Mind, Worried Man Blues, Ox Driver’s Song… Quatorze chansons qui composent une sorte de condensé de la culture folk et blues des États-Unis. Avec Folk Talk, Dick Annegarn, le plus français des Néerlandais se transporte dans une des sources majeures de la musique occidentale d’aujourd’hui en explorant à son tour le songbook inépuisable de la chanson populaire américaine. "Je chante la moitié de ces chansons depuis trente ou quarante ans sans texte, sans partition et même sans guitare. La transmission, le passage, l’oubli, ça m’intéresse vraiment. Que reste-t-il d’une chanson quand on l’a oubliée ?"

Il ne cache pas que l’idée d’enregistrer Folk Talk est venue du directeur de son label, Vincent Frèrebeau : "Il m’en parle depuis 1998 au moins. Quand je vais dîner chez lui et que je prends la guitare, je chante du folk et du blues. Ce sont plus mes sources que Georges Brassens. J’ai grandi avec Nina Simone, Bob Dylan, Woody Guthrie, Bukka White. Adolescent, j’ai vu John Lee Hooker et quelques autres au théâtre 140 à Bruxelles, à une époque où on voyait en Belgique plus d’artistes américains que de chanteurs français." Et il rappelle que Bébé éléphant, un de ses premiers succès, à l’aube des années 70, lui a été inspiré par une chanson d’un Américain croisé à Bruxelles.

 

Il chante la tradition populaire mais aussi des œuvres de grands créateurs et interprètes comme Bob Dylan (Don’t Think Twice, It’s Alright) et Elvis Presley (Love Me Tender), avec toujours la même liberté dans l’approche des chansons et du chant. À propos de ces grands créateurs, il aime jouer sur les sens du mot vol : "Ils ont emprunté aux racines, mais ils ont aussi cherché un envol – ils ne se gênaient pas pour ajouter un couplet ou pour couper ici ou là. Dans House of the Rising Sun, mon interprétation est autant une signature que les paroles elles-mêmes – j’y ai mis des mélismes arabisants ou yiddish. J’ai du mal à chanter comme les originaux. C’est une réappropriation que je revendique. C’est aussi un disque pour voyager. Je ne voulais pas un disque de faux cowboy ou de faux Noir que je ne joue qu’en France. J’ai opté pour un petit côté wacky, cinglé, personnel."

Un chanteur francophone

 

Et, de fait, on reconnait vraiment Dick Annegarn dans chacune des chansons de Folk Talk, même si l’instrumentation est strictement folk et le répertoire, profondément enraciné dans l’Amérique. Guitare acoustique, presque rien de percussions, deux choristes çà et là, et sa voix rocailleuse, vibrante, ductile, rugueuse et lyrique à la fois. "J’avais commencé à enregistrer à Saint-Rémy-de-Provence mais j’étais un peu ankylosé. Nous avons tout refait et tout fini à Los Angeles chez Freddy Koella. 'Dès l’aérogare, j’ai senti le choc'  (il cite Nougayork, de Claude Nougaro) : là-bas, le drive, le swing, l’accent tonique, la niaque, rien n’est pareil. Et nous pouvions avoir pour les chœurs des chanteuses de la Nouvelle-Orléans, qui m’ont franchement envouté." Pour la tournée, il va partir avec deux choristes antillaises. "Pendant des années, mes musiciens étaient gascons. Ça va changer d’ambiance, ce côté créole des filles de l’Amérique centrale…"

Il aime que les textes de ces chansons américaines soient parfois d’une simplicité troublante : "Il y a des ondes de signification, des sens cachés qui s’entendent entre les mots. Il n’y a pas de dictionnaire pour ces chansons. Il faut en donner une signification, qui n’est pas forcément universelle. Notre folk n’est pas américain. Il est mondialiste, obamiste. De toute façon, même nos compositeurs européens sont des voleurs : Bartok et Varèse ont pris des mélodies chez les illettrés. Ici, j’honore une infime partie de nos racines. Il y a des circulations incroyables dans la musique. Je me souviens avoir chanté Le Roi Renaud à mes amis berbères au Maroc ; il leur semblait que c’était une chanson de chez eux." Les racines ? Quant à lui, il va aussi publier, le 19 mai, un recueil de ses textes de chansons, Paroles (éd. Le Mot et le Reste), "ce qui confirme que je suis toujours un chanteur francophone"

Dick Annegarn Folk Talk (Tôt ou Tard) 2011

Tournée : le 19 février à Paris (La Maroquinerie), le 13 mars à Luxey, le 18 à Soignies, le 19 à Givet, le 31 à Paris (Bataclan)…