Danielle Darrieux, la chanson aussi

L'actrice et chanteuse Danielle Darrieux. © Sunset Boulevard / Getty Images

Elle était la doyenne du cinéma français et, par conséquent, de la chanson, puisqu’elle avait commencé à enregistrer dès son premier film, en 1931. L’actrice et chanteuse s’est éteinte le 19 octobre 2017 à l’âge de 100 ans.

"Swing ?", demande le pianiste. "Non non non, répond la belle jeune femme. Valse lente. Très lente." Et elle commence une chanson sentimentale, très douce et très enflammée, avec une de ces belles voix aiguës du temps du 78-tours. C’est Je vous aime (Si vous n’osez pas me dire), la grande chanson d’Au petit bonheur, film de Marcel L’Herbier de 1945, sur un scénario de Françoise Giroud, auteur également de la chanson, et une musique de Wal Berg. Frissons d’amour, grands tapis de violons, dialogues romantiques, duos transis, refrains pétulants : Danielle Darrieux a tout su faire devant un micro.

Bien avant d’être la doyenne du cinéma et de la chanson en France, elle a été une de ses plus jeunes stars, puisqu’elle a compté parmi les grandes vedettes du disque dès ses débuts à l’écran dans Le Bal de Wilhelm Thiele en 1931 – elle a quatorze ans. La mort prématurée de son père ayant contraint sa mère à donner des cours de chant pour pouvoir élever ses deux enfants, la petite Danielle sait poser sa voix depuis toujours, ce qui est évidemment une aubaine pour une industrie cinématographique français qui ne s’est convertie au "parlant" qu’au second semestre de 1929.

Son étoile de chanteuse devra évidemment l’essentiel de son lustre au brillant de l’astre cinématographique qu’elle devient en quelques films. Son charme facétieux, voire piquant, fait merveille dans des comédies musicales tournées pour l’écran, notamment un cycle de films avec Albert Préjean – La crise est finie, Dédé, Quelle drôle de gosse… Et, en 1941, elle enregistre ce qui sera son plus grand succès de chanteuse, Premier rendez-vous.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’arrivée de nouvelles étoiles lui laisse le loisir de prendre une place singulière de vedette sereine, qu’elle émaille de loin en loin de chansons qui remémorent l’éclat de ses grands succès de jadis. Alors que BB est au firmament du cinéma, on oublie un peu que DD fut la première star française désignée par ses initiales...

Mais une exceptionnelle destinée transforme son grand âge en un constant couronnement. Elle chante Il n’y a pas d’amour heureux de Brassens et Aragon dans Huit Femmes de François Ozon en 2001, à quatre-vingt-quatre ans. Début 2002, Patrick Bruel enregistre Entre deux, son album consacré au patrimoine de la chanson française. Il a invité Danielle Darrieux pour chanter en duo avec lui son succès de 1941, Premier rendez-vous. L’actrice arrive au studio au volant de sa Smart. En entrant, elle entend la bande d’orchestre qui a été enregistrée pour À Paris dans chaque faubourg. "Ah, je l’ai souvent chantée", dit-elle à Bruel. Ils enregistrent aussitôt la chanson, presque soixante-dix ans après qu’elle a été créée par Lys Gauty dans le film 14 juillet de René Clair.

En 2006, dans Nouvelle chance d’Anne Fontaine, elle chante en duo avec Arielle Dombasle un grand succès de la Belle Époque qu’elle avait enregistré en 1964, Fascination, puis interprète seule La Folle complainte de Charles Trenet… À son antépénultième film, sa dernière chanson enregistrée.