Birds on a wire, Rosemary Standley et Dom La Nena à l'unisson

Birds on a Wire. © Jeremiah

Depuis huit ans, la chanteuse franco-américaine du groupe Moriarty, Rosemary Standley, et la violoncelliste brésilienne, Dom La Nena, forment Birds on a wire. Avec Ramages, son deuxième album, le duo piquant continue de reprendre la musique folk, des chants traditionnels et le répertoire classique, donnant à ce "songbook" un tour presque religieux.

On rencontre Rosemary Standley et Dom La Nena à la Maison de la radio, à Paris, un lundi de la mi-février. Elles sont tranquillement installées dans une loge, et discutent avec leur entourage de leurs prochains voyages. Ce qui saute d’abord aux yeux, c’est la complicité de ces deux femmes. Il y a d’un côté Dominique Pinto, alias Dom La Nena, violoncelliste et chanteuse brésilienne, à laquelle on donnerait facilement sept ou huit ans de moins que ses 31 ans, et puis Rosemary Standley, chanteuse franco-américaine du groupe Moriarty, dont la voix et le mystère signent tous ses projets.

Cette rencontre s’est faite il y a huit ans par l’intermédiaire de connaissances communes, alors que cette dernière cherche à monter un duo violoncelle/voix. "Ça a matché tout de suite", constate Rosemary Stanley. "Ce genre de truc ne s’explique pas. C’est comme l’amitié, ça reste un peu mystérieux", reprend son acolyte, dans le même souffle.

Le duo se centre autour d’un répertoire qui mélange pop, folk et musique classique. "Par rapport à la musique classique, l’idée est de mettre en évidence qu’un air de Purcell peut très bien aller avec un morceau de cantautores (ndlr : chansonniers). Il s’agit de mettre tous les morceaux au même niveau, de les épurer au maximum, et de voir que, finalement, ils ont beaucoup en commun", explique Dom La Nena.

Leonard Cohen, comme trait d’union

Les deux femmes travaillent d’abord autour d’un traditionnel latino-américain, Duerme Negrito, du morceau All the world is green de Tom Waits, et du morceau O solitude, du compositeur anglais Henry Purcell. Puis le chanteur et poète canadien Leonard Cohen s’impose rapidement à elles, comme une influence majeure. L’image de l’oiseau sur le fil, tirée de son célèbre Bird on a wire, résume à elle seule la démarche vagabonde de ces chanteuses dont la musique, fragile, n’a pas vraiment de frontières. Du moment que les morceaux entrent dans le petit monde qu’elles ont créé, elles chantent en français, en anglais, en portugais et dans plein d’autres langues.

Pour Ramages, leur deuxième disque, ce "songbook" s’est encore enrichi de chanson grecque, russe, catalane ou bretonne. On retrouve aussi Which Side are You On, une vieille chanson américaine qui fut reprise en son temps par Pete Seeger. "C’est une chanson de syndicaliste, écrite par une femme, Florence Reece, qui était fille et femme de mineurs. Elle raconte une grève dans les années 1930, explique Rosemary Standley. Elle appelle les mineurs à se rassembler et à s’unir. Je la trouvais assez contemporaine, notamment avec le mouvement des "gilets jaunes". Parmi toutes ces personnes, il y a des gens qui sacrifient une partie de leur salaire, de leur temps, ou de leur argent. Et il y a toujours cette question qui subsiste : 'De quel côté êtes-vous ?'"

Ce propos engagé semble venir en écho lointain aux mouvements de protestation un peu partout dans le monde ou par exemple, à la situation politique d’un Brésil dirigé par le président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro. Le Calice de Chico Buarque et Gilberto Gil fut "interdit pendant cinq ans durant la dictature militaire", rappelle Dom La Nena, se désolant de l’oubli d’une bonne partie des Brésiliens par rapport à une époque pas si lointaine (1).

Du clavecin au programme

Des titres se font plus badins comme La Marelle ou Sur la place de Jacques Brel, donnant un peu plus de légèreté à l’ensemble. Mais est-ce le simple mariage d’un violoncelle et d’une voix ?  La présence d’un clavecin ? Il y a bien quelque chose de mystique dans cette musique. Mais les deux complices prennent soin de rompre gentiment avec cette aura quasi religieuse. "Il y a quelque chose de très ludique entre nous et de très enfantin. On est toujours dans le jeu. On ne se prend jamais complètement au sérieux. Je pense que c’est cela qui fait que le projet dure", estime Rosemary Standley. 

Quand on les voit sur scène une semaine et demie plus tard, à La Cigale, les deux complices cherchent à éviter un grand cérémonial. Après un début de concert assez sérieux, elles interpellent volontiers le public. Elles lui racontent l’histoire des chansons, lui demandent à intervalle régulier quelle heure est-il, ou le font chanter... en portugais. "C’est vrai qu’au début, ça ne rigolait pas trop ! Comme on joue beaucoup dans les théâtres, les gens venaient comme si c’était un concert sérieux. Et vu que ce sont beaucoup de morceaux assez tristes et dramatiques, ils étaient émus et dans une humeur assez introspective. Ce qui était très bizarre. Depuis quelque temps, on arrive à casser cela et à amener les gens dans notre jeu", constate Dom La Nena.

Un jeu auquel les deux femmes mêlent leurs deux voix à l’unisson et une présence scénique, il faut le dire, assez magique.                                                                                                

(1) La dictature militaire a duré un peu plus de vingt ans au Brésil, de 1964 à 1985. Elle a préfiguré les dictatures des années 1970 et 1980 en Amérique latine. Des musiciens célèbres des musiques populaires brésiliennes (MPB) comme Gilberto Gil ou Caetano Veloso ont connu la prison avant l’exil à Londres. Chico Buarque, dont la carrière a décollé en 1964, vécut quant à lui en exil en Italie et en France entre 1968 et 1970.

Birds on a wire Ramages (Pias) 2020
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