Marie Flore, l'amour suprême

Album "Je sais pas si ça va" de Marie Flore. © DR

Alors qu'elle aurait peut-être pu prétendre rejoindre le peloton des Clara Luciani ou Angèle avec son précédent album Braquage, la chanteuse parisienne a vu son envol contrarié par le contexte sanitaire. Je sais pas si ça va, disque de la relance, s'inscrit ici entre brillance pop et mélancolie contemplative, variations amoureuses et ironie mordante. 

RFI Musique : la tournée de Braquage a été fauchée en plein vol. Comment l'avez-vous vécue ?
Marie-Flore : J'ai été quand même dans une forme de déni pendant un an. Comme un refus de voir que ce disque n'aurait pas la vie que je lui prédisais. Je me suis mis des œillères, espérant très fort que les choses reprennent. Ce qui, comme on le sait, ne s'est pas passé. Je n'avais pas d'autre alternative que de me remettre à écrire un autre disque.

Retenez-vous néanmoins l'excellente réception de ce précédent disque ?
Disons que d'un côté il y a eu la satisfaction du bel accueil et de l'autre l'immense frustration de ne pas pouvoir le défendre à la hauteur de mes espoirs. Ce n'est jamais très agréable d'être dans l'expectative. Je ne cache que c'était assez compliqué à vivre psychologiquement.

Comment les choses se sont-elles ensuite organisées ?
Les chansons de ce disque sont arrivées dans un laps de temps assez réduit. J'ai repris le chemin de la scène là où je devais être il y a deux ans c'est-à-dire au Printemps de Bourges (le 23 avril dernier, ndlr) et en amont de la sortie du disque. C'est une sorte de réparation tardive et une possibilité de tester les nouveaux morceaux. 

Le passage à la langue française, après deux disques folk en anglais, est-il définitivement entériné ?
J'écris encore en anglais pour des projets parallèles ou des demandes bien précises. Je me suis tellement trouvée dans l'écriture en français qu'il m'est absolument impossible de faire machine arrière désormais. L'anglais, c'était une évidence de départ, un mood et un prolongement de ma culture musicale. Le déclic est survenu à la suite d'une petite vexation. Je faisais écouter à quelqu'un un de mes nouveaux titres en anglais. Il a arrêté en plein milieu et m'a dit : "Pourquoi tu ne ferais pas plutôt une chanson en français ?". Cela m'a tellement énervée que je suis rentrée chez moi et j'ai fait ce morceau en français, Palmiers en hiver, qui était sur l'EP avant Braquage. Vraiment, cette chanson partait à la fois d'une blague et d'une réaction à cette suggestion qui m'avait piquée à vif.

Les mots restent percutants, mais moins crus que sur Braquage. Un léger changement de braquet ?
Braquage parlait d'une histoire d'amour viscérale et toxique. Je ne suis plus du tout là-dedans et je veux à chaque fois être dans une démarche sincère. Je me sens moins triste et malmenée. Donc ça se ressent dans ce disque. Un peu moins cru, moins urbain, et qui gagne en profondeur. Un mal pour un bien, on va dire.

La bascule récurrente entre le "je" et le "tu" dans votre écriture, c'est une sorte de mécanisme ?
J'écris toujours à destination de quelqu'un, de quelque chose, pour essayer de faire passer un message. L'écriture chez moi, c'est un peu mon droit de réponse. Parfois dans la vie, il y a des moments où tu n'as pas la répartie que tu voudrais avoir sur le moment. Les chansons permettent de me rattraper, de verbaliser. D'où ce "tu", car il y a beaucoup de choses qui ne me viennent pas sur l'instant et qui arrivent cinq minutes après, donc trop tard. C'est une relation exclusive et une adresse constante à l'autre.

"Je sais pas si ça va", humeur du moment ?
De toute ma vie (rires). C'est aussi et surtout un petit pied de nez à cette injonction presque permanente du positivisme, du "be happy". Ce sont, à la fois, des discours que j'aimerais intégrer et qui me fatiguent beaucoup.  Il y a quelque chose d'assez culpabilisant pour les gens qui ne savent pas dans quelle sphère ils évoluent. J'ai mes moments de profond bonheur et ceux de grande tristesse, mais, entre ces deux états-là, je ne me pose pas la question du "comment je vais?". 

Vous ne parlez presque qu'exclusivement du sentiment amoureux dans vos chansons. L'unique moteur ?
Mon diesel, mon thème de prédilection, effectivement. Je ne suis ni la première ni la dernière. Le sentiment amoureux offre des possibilités immenses et infinies. En ce sens-là, c'est ce qui m'intéresse le plus : sonder l'âme des autres et la mienne. Quand tu écoutes Leonard Cohen, par exemple, tu as l'impression qu'il a eu 1000 vies.

C'est quoi L'amour avec cinq zéros ?
Un mec très riche (rires). Plus sérieusement, c'est l'amour qui est solaire, qui comble totalement et ne connaît pas le doute. Comme pour le Loto, ça ne tombe pas tous les jours. 

Si on vous écoute dans Mal barré, on a le sentiment que tout finit mal...
Il faut être lucide avec la notion de finitude de l'amour. Ça va, ça vient, parfois ça dure très longtemps. Au fond, c'est ma chanson qui se veut optimiste dans le sens où il y a une dimension importante quand on traverse des ruptures : on se relève presque toujours et une histoire arrive après une autre. 

Marie-Flore Je sais pas si ça va (6&7) 2022

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