Démarrage tambour-battant pour les Francofolies de La Rochelle

Gatean Roussel, sur la scène des Francofolies, le 13 juillet 2022. © Edmond Sadaka / RFI

Cinq jours et cinq nuits pour la locomotive francophone des festivals hexagonaux d'été qui a lancé mercredi sa 37e édition. Du populaire haut de gamme, de la découverte, du familial, des raretés, les Francofolies de La Rochelle restent fidèles à une formule qui fonctionne à plein régime.

La première activité consiste à laisser le K-Way au fond de la valise pour aller griller dans la fournaise promise durant la totalité du festival. Évidemment incontournables ces Francofolies, aussi bien pour faire circuler un parterre d'élus de la chanson francophone que pour offrir une visibilité aux outsiders ou encore pour prendre le pouls de l'émergence.

Elles se conjuguent même à tous les temps, au passé, au présent, au futur. Là où d'autres rassemblements estivaux tirent légèrement la langue niveau fréquentation, le rendez-vous rochelais ne connaît pas la crise. Aucun spectacle jusqu'à présent, qu'il soit payant ou gratuit, en extérieur ou en salle, n'a bu la tasse. Puissance de feu d'artifice et portes d'entrées multiples.

Aussi, il aura déjà été possible d'écouter, à l'heure de la sieste et sous les arbres, une passionnante causerie du chanteur Hervé Vilard autour du troisième tome de ses mémoires (Du lierre dans les arbres). Ou de se réfugier dans un bar pour découvrir - dans le cadre des FrancOff, offrande parallèle associative soutenue par le festival - le pouvoir d'attraction d'Abel Chéret. Quant au Chantier des Francos, il aura mis sur orbite Zaho de Sagazan et Coline Rio, respectivement en ouverture de Fishbach (insupportable et inintelligible sur scène malgré l'amour qu'on porte à ses deux albums) et Barbara Pravi. Ces deux filles-là ont envoyé chacune à leur manière un message assez clair en direction de l'avenir.

La set-list parfaite

Inconcevable apparemment d'imaginer des Francofolies sans Gaëtan Roussel, récurrent de la manifestation. Reconnaître, dans le même élan, qu'il ne déçoit jamais. Avant que Mika et Calogero ne lui emboîtent le pas sur la scène principale de Saint-Jean d'Acre le premier jour, il a déroulé ce qu'on peut appeler la set-list parfaite de festival, entre vieille amie (Léa) et hymnes (Ton invitationJe t'emmène au vent) piochés bien entendu chez Louise Attaque, chanson à succès écrite pour Vanessa Paradis (Il y a) et irrésistibles issues de ses albums en solo (Dis-moi encore que tu m'aimes et surtout le tonitruant Help myself). Efficace et jouissive à souhait.

Dans un antre mitoyen, en l'occurrence la plus petite des trois salles de la Coursive, Jean Guidoni a renouvelé l'état de grâce qu'on s'était pris en pleine face lors de son concert parisien aux Bouffes du Nord en avril dernier. Interprète ô combien renversant et à l'humanité folle. Récital impeccable pour remporter la mise et laminer tous ceux qui oseraient penser encore que le talent s'improvise. Sans aucun artifice, juste un piano et un violoncelle, le jeune septuagénaire glisse des petites dernières sacrément inspirées (Sans DabadieL'homme sans importance) et d'anciennes qui continuent à foudroyer sur place (DjemilaMort à Venise). Un régal.

Les Québécois au Grand Théâtre

Pendant qu'hier quelques membres du haut du classement de la Ligue 1, Hoshi, Juliette Armanet, Angèle, étaient en train d'en découdre devant une esplanade pleine à craquer, Montréal avait pris ses quartiers dans le Grand Théâtre avec sa double affiche Pierre Lapointe/Patrick Watson. Là encore, tous les fauteuils sont pris d'assaut au sein de cette jauge de 1000 places.

© Edmond Sadaka / RFI
Patrick Watson, sur la scène des Francofolies, le 14 juillet 2022.

 

Lapointe, d'abord, qui répète un seul au piano savamment rôdé. "Est-ce qu'il y a des gens qui viennent de se séparer il y a pas longtemps ? Ça ne s'arrangera pas puisque mes chansons parlent de rejet, de peine d'amour et de la mort", prévient-il avec sa lucidité chafouine. Romantisme noir et lyrique, mélancolie abyssale, force d'universalité et voix miroir, au programme. Qui maîtrise aussi bien que lui les intermèdes entre les chansons ? A peu près personne. Il y a là un art du cabotinage et de la narration qui fait mouche à chaque fois. Et si ça donne parfois l'impression de basculer vers le stand-up, la précision chirurgicale de sa plume (Je déteste ma vie, La plus belle des maisons) sublime une tristesse réparatrice.

Unique exception lors cette édition d'un chant en langue anglophone, Patrick Watson, garçon monté sur ressorts - état d'ailleurs à l'opposé extrême de sa musique – déploie une telle sensibilité panoramique qu'il est impossible de ne pas poser un genou à terre à son écoute. Carrousel ensorcelant de plénitude, apesanteur et flottement angélique. La chanson d'éternité ne s'appelait pas Bruxelles je t'aime, mais Melody noir.