Les cent prochaines années d’Albin de la Simone

Albin de la Simone, 2023. © Julien Mignot

Sans nostalgie, Albin de la Simone nous chante son rapport au temps qui passe dans Les cent prochaines années. Une exploration pop et délicate, influencée aussi bien par la peinture que par la forêt.  

Le disque s’ouvre sur Les cent prochaines années, une ballade aérienne, sublimée par la trompette de Voyou et qui, malgré l’évocation d’un cheveu devenu "farine" et du temps qui passe "comme une patine, comme un ornement", ne porte en elle aucune appréhension de la vieillesse. Albin de la Simone nous le confie. "Pour l’instant, c’est mon corps qui vieillit. Je suis très intéressé par la façon dont on regarde différemment la vie, avec le temps qui passe".

Pas non plus de nostalgie vis-à-vis de sa petite enfance. Elle est au cœur de Petit Petit moi, pour laquelle le fils spirituel d’Alain Souchon s’est fait l’archéologue de sa mémoire, en écrivant sur une photo de lui dans les bras de sa mère – devenue couverture du disque. Il y chante sur une musique atmosphérique, "Savoure en silence un moment dans tes bras, qu’un jour, il oubliera" se faisant l’éloge du carpe diem. Lorsqu’on lui demande s’il se sent proche de cette formule, il acquiesce. "Complètement. J’ai tout oublié de ma toute petite enfance. Je vis beaucoup dans l’idée qu’il faut organiser le présent pour que le futur soit beau". 

Le temps qui passe, on le retrouve du côté féminin, à travers Merveille. Cette valse délicate raconte le souvenir de l’être aimée, partie au saut du lit, mais dont on sait qu’elle y reviendra. Le féminin est aussi présent sur Pour être belle, qui aborde les injonctions faites aux femmes pour lutter contre les stigmates du temps qui passe. Cette chanson lui a été particulièrement difficile à écrire, il en a pesé chaque mot "comme un diamantaire avec ses balances et une pince à épiler". Le résultat est délicat, plein de belles images, poétiques, mais surtout précises.

De la peinture en toute chose

Ce disque, Albin de la Simone l’a écrit en partie dans la haute vallée de Chevreuse. Un lieu idéal pour se laisser pénétrer par un esprit sylvestre et pictural dont on retrouve l’empreinte, sur le verso de l’album : un tableau de Rosa Bonheur, représentant un cerf, altier, dans une forêt. Et surtout dans A jamais. Albin de la Simone (qui a grandi dans un village de Picardie au bord des bois) y raconte la balade dans une forêt froide, où la pluie tombe "comme des couteaux" sur quelqu’un qui, en panne de moto et de batterie, part se dissoudre dans la nature, en se frottant nu, dans la nuit, contre des arbres, tandis qu’au loin hulule une chouette. "J’aime bien ce côté surréaliste", nous confie Albin de la Simone. "La chanson évoque aussi l’idée de choisir sa mort, de tout quitter, de s’abandonner. C’est un fantasme qui me plaît". Le chanteur, qui ne croit pas en l’éternité de l’âme, croit en revanche en celle de la forêt. "C’est la seule forme d’éternité que je puisse connaître, le minéral et le végétal".

Elle l’inspire comme la peinture, présente dans Mireille 1972, une chanson sur l’avortement, inspirée par deux tableaux signés de Degas (L’Absinthe) et Manet (La Prune). Albin de la Simone a rencontré ces toiles au musée d’Orsay où il est "invité d’honneur", nous dit-il, plein de gratitude. Mais le musée n’est pas la seule raison de cette présence si forte des images. Le chanteur s’est remis au dessin, qu’il avait abandonné depuis trente ans. "Ces parties de moi qui se réunissent alimentent ma pensée".

 

Lâcher prise

Car ce qui caractérise aussi Les cent prochaines années, c’est qu’on y sent qu’Albin de la Simone adore expérimenter. Dans ce son plus pop, dans ce chant qui est plus spontané et aérien, comme libéré, mais aussi dans ses collaborations.

Ainsi, le chanteur qui est également réalisateur (Miossec, Pomme, Vanessa Paradis, Pierre Lapointe…) a confié la réalisation de son disque à Ambroise Willaume, alias Sage (réalisateur, entre autres, des albums de Clara Luciani, NDLR). Ce qui traduit aussi un lâcher prise qu’il ne s’était pas permis auparavant. Il ne tarit pas d’éloges sur leur collaboration. "Sage a apporté des lignes de basse avec un groove et une pulsation qui ne me seraient pas venus à l’idée et qui ont orienté les chansons vers quelque chose de plus pop".

Ainsi, Albin de la Simone s’est laissé guider. Soucieux d’essayer d’évoluer. "J’ai l’impression de progresser d’album en album. Quand je verrai bien les failles de celui-ci, j’aurai envie d’en faire un autre". Un désir qui ne semble pas près de s’éteindre, même pour les cent prochaines années.

Albin de la Simone Les cent prochaines années (Tôt ou Tard) 2023 

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