Jean-Michel Jarre en quête de filiations

Jean-Michel jarre © Constantin Mashinskiy

Le musicien français, adepte des grandes messes électroniques internationales, voit toujours aussi grand. Dans son nouvel album Electronica 1 et 2, Jean-Michel Jarre convie un impressionnant aréopage d'artistes. Une tentative d'établir sa famille musicale, entre parentés et filiations, et de se faire entendre d'un nouveau public.

En cette fin de soirée, les fans de Jean-Michel Jarre avaient plus de chance de discuter avec leur idole que les journalistes venus écouter religieusement quelques extraits de son album Electronica 1 et 2. Trois trentenaires planifiaient leurs voyages autour du globe pour assister à tous les spectacles de celui qui a popularisé la harpe laser et les synthétiseurs, de la place Tiananmen aux pyramides d'Égypte.

Un peu plus tôt, Jean-Michel Jarre était apparu sur la petite scène du Silencio, un petit club parisien très select. Durant près de deux heures, il fait écouter les titres de son album. Quelques jours plus tôt, le musicien avait révélé à la presse qu'Edward Snowden y avait participé depuis son exil en Russie. Jean-Michel Jarre explique : """"" J’ai été très touché par ce garçon, qui bizarrement m'a fait penser à ma mère qui était entrée dans la résistance dès 1941."  Pourtant, le fils du compositeur de musique de film Maurice Jarre n'a presque pas connu sa génitrice.

La musique électronique, un acte de création solitaire

Plutôt que d'envoyer des fichiers musicaux par Internet, Jean-Michel Jarre s'est invité dans les studios de nombreux musiciens aux quatre coins du globe. " A la différence du rock, la musique électronique est une activité de création assez solitaire, un peu comme un peintre dans son atelier. Accepter de partager ses secrets, ses TOC, ses manières de travailler a vraiment fait partie de cette aventure" , confie Jean-Michel Jarre.

" Mon nouvel album "Electronica est un projet fondé sur l'idée de réunir autour de moi des artistes, des musiciens liés directement ou indirectement à la scène électronique, recouvrant quatre décennies, depuis que j'ai commencé à faire de la musique électronique moi-même." 
Il ajoute : "  Electronica est né d'une envie que j'avais de collaborer avec certains artistes. J'ai eu la surprise de voir que tout le monde a accepté mon invitation."   Mais, des figures comme les Daft Punk, Pierre Henry, Kraftwerk ou David Guetta n'y figurent pas.

De nombreuses collaborations

Trente-quatre titres et presque autant de collaborations aussi diverses qu'avec Cyndi Lauper, Tangerine Dream ou le pianiste classique Lang Lang ont de quoi rassasier, mais aussi dérouter n'importe qui.
Est-ce le double album d'un fan envers ceux qu'il admire ? Un coup marketing pour toucher les publics de tous âges et de tous styles ? Ou peut-être l'album d'un musicien qui cherche des filiations et des parentés entre sa musique et celle des autres ?

Le site internet de l'artiste nous apprend qu'il partage avec tous ces collaborateurs un ADN commun, mais tous ces parents ou ces enfants restent putatifs, supposés.

Quelles sont les réelles filiations musicales ? Avec une famille aussi nombreuse, l'album risque au mieux d'être syncrétique, au pire fourre-tout. Même aucun rappeur n'avait jamais réuni autant de collaborateurs sur un album.

Très au fait des dernières nouveautés musicales ou technologiques, Jarre voit comme toujours très grand. L'enfantement est plus ou moins heureux. Les synthétiseurs de Jean-Michel Jarre, omniprésents, unissent cependant des musiciens que l'on pourrait croire de familles très éloignées.

 

Circus, le titre qui reste en tête

À chaque duo, pointe le risque qu'aucun membre du couple ne puisse totalement s'exprimer musicalement ou se reconnaître dans le résultat. C'est le cas de Rone et Jean-Michel Jarre, dont on peine à distinguer l'apport de l'un ou de l'autre. Ou encore de la collaboration avec Primal Scream, qui tourne au titre EDM commercial avec chœurs.

En revanche, on reconnaîtrait les yeux fermés les mélodies mélancoliques de Moby ou l'ambient krautrock de Tangerine Dream, la trance pour les stades d'Armin Van Buuren ou la voix de Sébastien Tellier, même passée au vocodeur.

Mais bizarrement, pas une mélodie ne reste en tête après l'écoute de ces deux albums. Exception faite peut-être pour Circus créé avec le musicien berlinois Siriusmo, dans la veine de Mr Oizo.
Les deux disques sont pourtant résolument pop. Une vision de la musique électronique toujours défendue par celui qui a été aussi le parolier de Christophe.

Une impressionnante famille musicale est réunie de façon éphémère, comme pour le temps d'un mariage. Le musicien français défend désormais seul sur scène ce double opus collectif.

 

Jean-Michel Jarre Electronica 1 et Electronica 2 (Music Affair Entertainment/Sony Music) 2016

Page Facebook de Jean-Michel Jarre

Site officiel de Jean-Michel Jarre