Wax Tailor, l'artisan des platines

Wax Tailor. © DR

Adepte des échantillons piochés çà et là, Wax Tailor revient avec un cinquième album, By any beats necessary, imaginé lors de sa dernière tournée aux États-Unis. Le Grand Ouest et la route sont chantés par Tricky, Charlotte Savary ou Ghostface Killah. Rencontre.

RFI Musique : Pourquoi cette référence dans le titre à Malcom X ?
Wax Tailor :
Il fait partie des personnages qui ont une résonance dans la culture hip hop puisque je l'ai connu grâce à Public Enemy. J'avais découvert sa biographie quand j'avais 20 ans, à une époque où je lisais Sartre ou Sur la route de Kerouac, beaucoup de choses se recoupaient. Ce discours ―By any means necessary*― s'appuie sur la pièce les Mains sales de Jean-Paul Sartre. Le titre de l'album évoque aussi la beat generation, la route en tant qu'ailleurs, le fantasme du Grand Ouest qui peut concerner le monde entier. Cela m'intéresse d'avoir cette double ouverture, littéraire française et musicale américaine.

Quel est votre rapport aux États-Unis ?
Mes références musicales sont américaines ou bien anglo-saxonnes. Personnellement, les États-Unis restent un sujet d'amour et de haine. Le pays est une société politiquement et socialement extrême mais avec une énergie impressionnante. Et la beat generation fut à la genèse des mouvements sociaux et contestataires des années 60. Côté musique, j'ai une fascination absolue pour les années 1967 à 1971 qui ont, selon moi, produit le plus grand nombre de classiques : les Beatles avec Sergent Pepper, les Beach Boys, Stevie Wonder, Gainsbourg avec Melody Nelson… Je me suis toujours posé la question : est-ce la société qui fait avancer la musique ou la musique qui fait avancer la société ? Il y a sans doute une synergie.

Cet album est moins poétique et plus politique que le précédent…
Dusty Rainbow from the Dark, était une fable enfantine. J'ai été interpelé par rapport à ma précédente vie artistique où j'écrivais des textes plus politisés (avec le groupe la Formule, NDLR). Qu'est-ce qui est plus pertinent aujourd'hui ? Signer des textes politisés sur une maison de disques comme Universal ou bien être indépendant tout en ayant un peu d'éthique dans la façon de faire les choses ?

L'album est certifié 100% indépendant, c'est important ?
C'est ma plus grande liberté, ma plus grande fierté et chaque jour, mon plus grand fardeau ! (rires) Il y a des moments où je me déteste de faire ainsi. Je me dis que je suis maso, que j'aimerais créer plus de musique. Mais si c'était le cas, je ne pourrais pas défendre ma musique pleinement car je n'aurais pas la main sur tout, comme sur les clips ou les visuels. Quelqu'un qui achète un disque accomplit un acte militant, même si ce n'est pas conscient. Aujourd'hui encore plus qu'hier. J'ai besoin d'être un artisan, d'avoir les mains dans le cambouis, d'appeler le presseur de CD…

C'est un choix ?
J'ai monté mon label, Lab'Oratoire, en 1998, un peu par accident, parce que j'ai un peu laissé traîner des discussions avec de grosses maisons de disques. Et je me suis dit, après tout, il y a peu de choses que je ne pourrais pas faire par moi-même. On parle de diversifications, de stratégie à 360°, cela revient à du militantisme : les fans défendent et suivent un artiste, il faut en retour leur rendre des comptes sur tout. Le propos de l'artiste est important. On aurait peut-être besoin d'une AOC de la musique (Appelation d'origine contrôlée, comme pour le vin ou le fromage, NDLR), d'une traçabilité.

Tricky, Idil, Sara Genn : les invités sont nombreux sur ce disque…
J'aime bien l'idée de travailler avec différentes voix, mais je n'aime pas les albums de featuring (de collaborations, NDLR). Ces derniers sont souvent des albums de producteurs plus que d'artistes, avec les titres que les chanteurs ou rappeurs invités ont bien voulu choisir. Au final, ce n'est plus ton album. Sur By any beats necessary, j'ai travaillé avec des fidèles, comme Charlotte Savary, et des nouveaux. Comme dans un casting de cinéma, cela peut très bien fonctionner, alors qu'il s'agit peut-être d'un troisième choix pour cause d'indisponibilité des deux premiers. Sans virer mystique, j'ai le sentiment que la bonne personne est celle qui est prête à s'impliquer au moment où on le lui propose. Le choix de Ghostface Killah ou Lee Fields, par exemple, était très spontané.

La guitare côtoie les samples…
Plutôt que de sample, je préfère parler de matière sonore. Sur I had a woman, il doit y avoir près de 120 samples. S'il y a une mesure d'harmonica, cela correspond à cinq échantillons d'harmonicas qui se répondent, un peu comme une grande toile sur laquelle je jette des couleurs. Je ne suis pas du tout instrumentiste. C'est une contrainte que je m'impose : je ne sais pas lire une partition et je ne suis toujours pas fichu de trouver un ré sur un clavier ! (rires)

*"Nous déclarons notre droit sur cette terre, à être des êtres humains, à être respectés en tant qu’êtres humains, à accéder aux droits des êtres humains dans cette société, sur cette terre, en ce jour, et nous comptons le mettre en œuvre par tous les moyens nécessaires" (Discours au meeting de fondation de l'Organisation pour l'unité afro-américaine, 28 juin 1964).

Wax Tailor By any beats necessary (Lab'Oratoire) 2016
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