Les routes sonores de Thylacine

Thylacine raconte sa traversée de l’Argentine qui a donné vie à son deuxième album "ROADS Vol.1". © F. Tijou

En ce début d’année 2019, Thylacine, musicien électronique, revient avec ROADS Vol. 1. L’artiste voyageur raconte sa traversée de l’Argentine qui a donné vie à son deuxième album.

William Rezé, alias Thylacine, est un musicien qui ne tient pas en place. Revenu de ses trois mois d’aventure en Argentine, il travaille à fond son live pour qu’il soit prêt pour la tournée qui arrive : "J’ai pensé toute une nouvelle scénographie assez importante en vidéo. J’adore bosser là-dessus ! C’est tout un travail pour proposer quelque chose qui emmène le public en voyage."

En concert, il n’hésite pas à partir en improvisation alors que d’un autre côté, les visuels sont bien calibrés à l’avance. S’il a pu acquérir cette aisance à recomposer ses titres sur scène avec son saxophone, c’est grâce à ses expériences dans le jazz qu’il a eues avant de se mettre à l’électro.

Pourtant lorsqu’il crée, le musicien, qui a fait ses premières gammes en conservatoire, est tel un chef d’orchestre sur ses machines. Il se voit comme un compositeur, même s’il est parfois assimilé à un beatmaker pour son travail avec les boucles sur ses pads. Il façonne des ambiances avec des montées en puissance symphoniques et des moments de quasi-silence.

ROADS Vol. 1 est d’ailleurs pour lui l’occasion d’un changement d’habitude dans son processus d'écriture. Thylacine a commencé comme beaucoup de sa génération avec quelques contrôleurs et un ordinateur chez lui. Cette manière de travailler avec peu de moyens, il l’a gardé après ses premiers succès comme Sand en 2014. Même pendant sa traversée de la Russie pour créer les morceaux de Transsibberian, il n’avait que son ordinateur et quelques enregistreurs dans le Transsibérien. Mais maintenant, il est temps pour lui d’avoir son propre studio.

 

À travers l’Argentine en studio mobile

Il trouve alors la solution pour allier son envie de composer sur les routes et son besoin de studio : une caravane Airstream au look futuriste. Pendant près de cinq mois, l’ancien étudiant des Beaux-Arts la recrée complètement pour en faire un espace de travail autonome en électricité avec des panneaux solaires. Il stoppe même ses concerts pour s’y consacrer totalement et le résultat est là : "C’était un peu un rêve de gosse d’avoir un cocon où tu fais de la musique avec juste des panneaux solaires".

Ce studio mobile est aussi l’occasion de s’évader des sonorités électroniques avec lesquelles il a été habitué à composer. Il a pu y inviter des musiciens locaux à jouer avec lui plus facilement que dans son voyage en Russie. Le son de l’album en est d’ailleurs très différent avec plus de voix et d’instruments. Il laisse de la place à des artistes comme le rappeur américain J. Medeiros ou la chanteuse argentine Clara Truco. Il y enregistre aussi des boucles de guitares, de percussions et de charangos : "J’avais envie de retrouver les sonorités organiques, sans renier du tout le côté électronique, mais les sonorités synthétiques me fatiguaient un peu".

Un musicien qui s’intéresse à l’image

Ce qui l’a amené à avoir assez confiance pour partir tout seul créé, c’est la création de son premier album Transibberian en 2015. Il a alors besoin d’espace et de nouveaux lieux pour s’inspirer. Thylacine part pour un premier périple à travers la Russie : "Il y avait tous les éléments qui m’inspirent et j’ai pu créer un album alors je ne pensais pas forcément en faire un à la base". Le résultat en est une musique très cinématographique avec beaucoup d’éléments sonores du voyage. Sur le côté visuel, il propose ensuite tout un documentaire sur le film en plus des habituels clips.

 

D’ailleurs lorsqu’il ne parcourt pas le monde à la recherche de nouveaux sons, il s’occupe de faire des bandes originales de films. Il compose tout d’abord la BO de De toutes mes forces en 2017. Et, il enchaîne ensuite avec la BO du long-métrage Gaspard va au mariage sorti en janvier 2018. Toujours en 2018, il crée le morceau War Dance illustrant un clip de Cyprien Clément-Delmas sur la guerre en Ukraine, qu’ils sont allés confectionner là-bas.

S’agissant d’une suite pour ROADS Vol. 1, il compte bien continuer à utiliser son studio pour partir à la rencontre de nouveaux territoires : "Je ne vais pas repartir tout de suite parce qu’il va y avoir les tournées, mais j’ai déjà plusieurs destinations. La prochaine fois, je vais peut-être éviter de traverser le monde en cargo pour y aller (rires)". Et pour clore l’aventure argentine, il présentera sa caravane en mai 2019 aux Magasins Généraux à Pantin (près de Paris) dans une "exposition performance". Il y montrera au public notamment comment il a travaillé durant ces trois mois de voyage.

Thylacine ROADS Vol. 1 (Intuitive Records) 2019
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En concert le 23 mai 2019 à l’Olympia à Paris (en tournée en France et dans le monde)