Malik Djoudi, électro sensible

Malik Djoudi publie son deuxième opus, "Tempéraments". © Marcel Hartmann

Le presque quadra poursuit ses explorations intimes à travers une electro pop à la fois entraînante et vénéneuse. Celui qui a trouvé sa voix (androgyne) entre Étienne Daho et Blonde Redhead, publie son second opus, Tempéraments.

RFI Musique : Comment la musique est-elle venue à vous ?
Malik Djoudi : Mon premier amour musical fut Michael Jackson. Je me souviens avoir vu son clip Thriller à l’âge de 6 ans, caché derrière la porte du salon, cela me faisait peur. J’étais fasciné par ce chanteur, par des vidéos de lui enfant dans les Jackson 5. Cela m’a donné envie de devenir chanteur, mais cela me semblait difficile. Il n’y a pas de musiciens dans ma famille. À la maison, mes parents écoutaient beaucoup Gainsbourg ou Supertramp, il y avait aussi Klaus Nomi, un chanteur à la voix haut perchée. 

Justement, vous posez votre voix très haut…
Cela a commencé, là encore, lorsque j’avais 6 ans : dans les bus scolaires, mes copains me demandaient de chanter Carmen (l'opera de Georges Bizet, ndlr). Par la suite, j’ai retrouvé cette voix en écoutant Kazu Makino, la chanteuse du groupe Blonde Redhead. Elle m’a beaucoup inspiré. Ma voix est naturelle, je ne me pose pas la question de la tessiture vocale, ça sort comme cela. On me compare parfois à Christophe ou à Connan Mockasin. La comparaison qui m’honore le plus, reste Kazu Makino. 

Comment êtes-vous venu à la musique ?
J’avais composé mes premières chansons vers 13-14 ans à l’aide du piano de mon beau-père qui était dans le salon. C’est sur ce piano, sur lequel personne ne jouait, que j’ai créé mes premiers accords, en autodidacte. Je ne sais toujours pas bien en jouer, j’apprendrai lorsque je trouverai le temps. 
Vers 25 ans, j’ai participé à trois groupes plutôt pop-rock : Moon Pallas, Kim Tim et Alan Cock (parce qu’on passait vraiment du coq à l’âne !). Je chantais et je composais.

À quoi ressemblait votre enfance ?
Je l’ai passée à la campagne, mais jamais seul, à Lusignan, dans le Poitou. J’avais énormément de liberté, je faisais beaucoup de balades, je construisais des cabanes avec mes amis dans les forêts. À 17 ans, je suis parti passer mon bac littéraire dans un lycée autogéré d’Oléron. On apprenait l’existentialisme sur la plage. J’ai ensuite pris une année sabbatique pour me poser des questions. Après 8 jours en amphi à la fac de sociologie de Poitiers, j’ai compris que ce n’était pas pour moi et je suis parti à Paris prendre des cours de chant avec Klaus Basquiz, le chanteur de Magma, ce que j’ignorais à l’époque. 

Quel a été le processus de création de votre second album ?
J’ai enregistré pratiquement tous les instruments, comme les guitares, le piano ou les synthés, dans mon salon à Poitiers. Maxime Daoud (Ojard) à la basse et Adrien Soleiman au saxophone ont participé à ce disque. Je l’ai conçu comme le précédent, en jouant très fort à la maison, mais souvent de retour de tournées, donc un peu plus dans l’urgence. Aujourd’hui, j’habite à Paris, ce sera plus difficile de jouer fort.

Comment naissent vos chansons ?
Je réfléchis énormément à la musique que je crée. Elle est beaucoup dans ma tête. En Poitou, je me promenais souvent dans la nature pour prendre du recul, y voir plus clair. Je peux parfois écrire les textes bien après la musique. Viennent d’abord les accords, puis la mélodie et seulement les paroles, qui naissent des mélodies. Le sens des mots est tout aussi important que leur sonorité.

Vous chantiez en anglais, quel a été le déclic vers le français ?
Pendant 15 ans, j’ai écrit en anglais, je n’aimais pas ma voix en français. Je n’arrivais pas à écrire ni à faire sonner cette langue. Il y a eu un déclic lors d’un voyage au Viêt Nam à l’été 2016, sur les traces de ma grand-mère qui venait de décéder. Je me suis mis devant mes instruments et les premiers mots qui sont sortis étaient en français. Cela m’a plu et j’ai composé tout un album en français. Savoir d’où l’on vient, se retrouver… cela a été important à une époque où je me cherchais artistiquement et personnellement.

Après avoir effectué les premières parties d’Étienne Daho, vous avez noué une amitié avec lui…
On s’est rencontrés à Hyères en 2017 au Midi Festival, dont il est le parrain. Nous avons eu beaucoup de plaisir à nous revoir. Nous avons joué ensemble à Arles dans le théâtre antique l’été dernier. Dans le train, je lui avais proposé qu’on chante un titre tous les deux sur scène lors de son concert prévu à Poitiers. Comme cela s’était très bien passé, nous avons enregistré une chanson ensemble pour cet album, À tes côtés. On me compare souvent à Étienne Daho, nos univers ne sont pas si lointains. Je me suis souvenu de ses tubes des années 80 et j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire pour lui. J’ai pensé cette chanson pour lui, ça fait du bien de penser aux autres.

Malik Djoudi Tempéraments (Cinq7/Wagram Music) 2019

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