Le boom de la musique électronique en Colombie

Le festival de musique électro Baum Park à Medellín a accueilli près de 6000 spectateurs, mai 2019. © RFI/Najet Benrabaa

Depuis quelques années, les festivals se multiplient en Colombie et attirent les artistes reconnus mondialement dans ce genre musical qui s'éloigne des sonorités latines propres au pays. Fort du succès auprès des jeunes, les compagnies créent de nouveaux festivals. Medellín en accueille davantage aujourd'hui, alors qu'elle est reconnue comme étant la capitale du reggaeton, un style urbain purement latino. Ce succès est le symbole d'un changement au sein de la société colombienne et notamment de sa jeunesse.

Samedi après-midi à Medellín, sous une chaleur printanière, la jeunesse colombienne se dirige vers le Jardin botanique de la ville pour le festival de musique électronique : le Baum Park. Tous les billets ont été vendus, soit près de 6000 personnes attendues. C'est la première fois que ce festival vend à guichets fermés. L'un des responsables du festival, Pablo Trujillo, confirme l'évolution fulgurante de la consommation de musique électronique en Colombie.

C'est son troisième "Baum". Avec l'entreprise Breakfest, il a organisé une quinzaine de festivals "Medellín évolue. On est sorti du 100% trans et du reggaeton pour expérimenter l'électro. De fait, il y a davantage de producteurs qui parient sur cette musique. Plus l'offre augmente et plus le public colombien s'y intéresse. Mais c'est aussi un effet du fait que la ville est cross-over, c'est-à-dire que le public écoute de tout. Il peut être adepte du reggaeton et de musique électronique.”

Un fait que confirme l'un des artistes internationaux du festival, Rowan Tyler Jones, alias DJ Route 94. Il est britannique. "J'ai joué ici il y a plusieurs années. J'ai eu de bonnes sensations. J'ai adoré l'ambiance. Donc je reviens. C'est énergétique ici. L'Europe et l'Amérique du Sud sont de bonnes scènes électroniques. Les gens sont très ouverts d'esprit en Colombie. Ils sont curieux et veulent écouter de nouveaux types de musique. C'est extrêmement ouvert à la musique électro. On peut tenter ce qu'on veut. C'est agréable."

La montée en puissance de la scène musicale colombienne

Depuis environ 20 ans, le genre n'a cessé de se développer. Aujourd'hui, hommes d'affaires et amateurs de musique électronique s'accordent à dire qu'il existe un nouvel essor national qui rend cette industrie de plus en plus professionnelle. Ceci est représenté dans la création et le succès de festivals qui voient l’augmentation du nombre de spectateurs de 25% par an avec une offre de sous-genres tels que techno, house, deep house et EDM, entre autres. Plus de clubs de musique électronique ouvrent régulièrement à Medellín et à Bogota.

Pablo Trujillo affirme qu'il s'agit de la montée en puissance de la scène musicale colombienne notamment de la ville de Medellín. "Prenons, par exemple, le festival Resistance, de Miami. Il a choisi de s'exporter à Medellín et non à Bogota comme franchise avec les meilleurs DJs du genre. La ville est passée d'aucun festival à 3 à 4 festivals, en quelques mois. C'est une preuve que le marché prend de l'ampleur. Puis, le fait que des artistes de reggaeton mélangent également des sons électros dans leurs chansons a popularisé le genre. Vu qu'on se trouve dans la capitale du reggaeton, un énorme potentiel s'offre à la musique électro. Le pays caribéen aime la musique, les gens adorent danser.”

Fort de son succès dans la capitale d'où il est originaire, Le Baum Park s'est installé à Medellín pour explorer ce potentiel commercial notamment, car il s'agit de la deuxième ville la plus importante du pays. Une compétition avec Bogota vient de se déclencher. La présence des artistes internationaux comme la Française Miss Kittin, venue pour la quatrième fois à Medellín ou les artistes italiens comme Giorgia Anguili, DJ Tenis, ou Sam Paganini démontrent la croissance du marché de la musique électronique en Colombie.

Un public jeune de classe sociale élevée

Des dizaines de festivals s'ouvrent chaque année et remplissent plages, jardins ou parcs publics. Celui de Medellín a vendu des tickets d'entrée entre 30 à 60 euros par personne. Ce qui est considérable pour un pays dont le salaire minimum est de 260 euros. Ce ne sont donc pas les habitants de quartiers populaires ou sensibles de Medellín qui profitent de ce genre musical, mais plutôt la jeunesse dorée de la ville et les étrangers en visite ou résidents en Colombie.

Avec le Baum Park, Daniela participe à son premier festival de musique techno-électro. Elle est native de Medellín. "Je découvre un nouvel univers. L'ambiance est très saine. Personne ne crée de problèmes. Les gens dansent entre amis. C'est une bonne opportunité pour partager et danser un maximum. Ça dépasse toutes mes espérances. Vu notre histoire difficile avec la violence à Medellín, je n'aurai jamais cru qu'on aurait pu recevoir un festival de musique électronique avec des artistes internationaux. C'est la preuve que les gens doivent commencer à changer leur perception de la musique techno et de cet univers. Vous avez même un organisme qui est là pour contrôler les substances hallucinogènes que le public fait entrer dans le parc pour éviter que les gens ne fassent du mal avec de mauvais produits. C'est un grand pas pour nous. "

Guillaume est un "digital-nomade" français. Il travaille à Medellín depuis 2 mois. "J'aime beaucoup ce genre de musique. Il y a une bonne programmation. En venant en Colombie, je n'aurais pas pensé participer à un festival de musique électro et en plus dans un jardin botanique. Le lieu est magnifique. La ville de Medellín a fait un très beau travail pour optimiser le lieu. Les gens respectent l'endroit. Je ne vois pas trop de cannettes par terre ou des mégots de cigarette. La classe sociale un peu riche s'occidentalise beaucoup. Je ne m'attendais pas à ça.”

Outre le festival Baum Park à Medellín, Carthagène des Indes, Santa Marta ou encore Cali font partie des scènes colombiennes de musique électronique en expansion. Des scènes à suivre.