Fred Rister, lumière posthume

Le producteur de musique électro Fred Rister aux ASCAP Pop Music Awards 2011. © AFP/Getty Images North America/Frazer Harrison

Fred Rister a succombé le 20 août à son neuvième cancer en trente ans. Faiseur de tubes pour David Guetta et d'autres, ce producteur de l'ombre refusait tout traitement depuis deux ans. En 2018, il avait publié un livre, Faire danser les gens et sorti un clip testament, I Want A Miracle, dont les ventes sont intégralement reversées à la recherche contre le cancer.

Fred Rister est né à la fin du printemps 1961, à "Malo", petite station balnéaire du Nord rattachée aujourd'hui à la commune de Dunkerque. D'une famille modeste, dans l'incapacité de s'inscrire à l'école de musique dont il rêve, il devient coiffeur par hasard, "parce que ça sentait bon, que les femmes étaient belles, que la musique était bonne et qu'ils écoutaient la même radio que moi". Dans l'ombre déjà, il officie comme DJ dans les boites de La Panne, en Belgique, dont l'une disparaîtra dans un incendie. Dans la vague des radio libres, il s'invente un troisième métier d'animateur radio et voyage d'Anvers à Aix-en-Provence, en passant par Paris et Bordeaux.

"Un garçon ordinaire"

En 1986, il fonde, sous pseudonyme, le groupe Interdit avec Patrice Swynghedauw. Dans la mouvance New Beat venue de Belgique, ils connaissent un succès éphémère avec Tu veux de l'amour, t'as de la mélancolie. Dès cette époque, la maladie fait irruption dans sa vie et il la combat sans relâche pendant trente ans, avant de finalement renoncer aux soins, en 2017.

Dans les années 1990, il écrit pour la chanteuse franco-gabonaise Abayle. Il fait même une discrète apparition dans le clip I Wanna Be Your Lover Too. Il devient une référence de la techno sous le nom de Mory Klein et crée avec Jacky Aru le duo Ixxel. Alleeez! devient l'un des tubes de l'année 1997, l'un de ceux qui auraient pu rejoindre, aux côtés de Komakino ou Aphex Twin, la bande originale du Poulpe (1998) de Guillaume Nicloux.

Dans les années 2000, il rencontre sa femme Isabel à Lille alors qu'il cherche à entrer en contact avec David Guetta. Elle devient Anaklein pour la scène et il produit pour elle pendant deux ans l'album Darkside, qui sort en 2005. On peut y entendre un remix de Personal Jesus de Depeche Mode et une reprise de Lena du groupe belge Twee Belgen. "Ma place c'est vraiment de rester dans l'ombre" dira celui qui, au fil des ans, crée ou transforme les carrières de celles et ceux qui ont la chance de le croiser. Se définissant volontiers comme "un garçon ordinaire", il a déjà laissé sa marque sur le dancefloor depuis deux décennies. Inconnu du grand public, on le connaît dès lor comme un faiseur de hits de la scène électro.

"La mélancolie c'est toute ma vie."

Sa collaboration avec David Guetta commence à distance, en 2007, sur l'album Pop Life. L'année suivante, il remixe un tube  de 1981 du groupe Taxi Girl, Cherchez le garçon pour Quentin Mosimann, lequel devient l'un des grands succès de l'année. En 2009, il termine l'album One Love de David Guetta à Los Angeles. C'est son premier voyage aux États-Unis. Les deux inséparables créent la même année le succès planétaire I Gotta Feeling pour l'album The END du groupe Black Eyed Peas.

Humble jusqu'au bout, il confie que la première chanson qui lui revient à l'esprit quand il rentre à "Malo" n'est pas l'une de ses nombreuses compositions, mais le vieux single psychédélique du groupe britannique Procol Harum, White Shade Of Pales, souvenir de ses sept ans en bord de mer. Celui qui ralentit volontiers les tempos de David Guerra avoue aussi : "La mélancolie, c'est toute ma vie." Et c'est avec une certaine incrédulité qu'il évoque le titre du documentaire que France 3 lui consacre en juin dernier, L'homme qui a fait danser le monde.

Ces deux dernières années, Fred Rister prépare sa disparition en laissant derrière lui un sillage de douceur qu'on retrouve dans son livre, son dernier clip et les entretiens plus nombreux qu'il acceptent de donner. "Le vrai miracle pour moi c'est de mourir sans traitement, confie-t-il dans l'un d'eux. Je n'ai pas peur de la mort, j'ai peur de mourir, j'ai peur du chemin qui mène à la mort." De tout ce qui l'a précédée, il a fait un parcours de courage et de générosité, de ceux qui ne laissent aucun regret : "Ma vie est très belle, en fin de compte."