Caravan Palace, le jazz sous électrochoc

"Chronologic", le nouvel album de la formation Caravan Palace. © Universal Music

Ambassadrice de l'électro swing, la formation française remporte depuis plus de 10 ans un énorme succès en France et surtout à l'étranger. Mais le groupe parisien ne veut pas s'enfermer dans un seul genre et tente la greffe de tous les styles de jazz à l'électro. 

À l'origine, il y a trois copains, fans de jazz et d'électro. Arnaud Vial joue de la guitare et rencontre Hugues Payen, violoniste, lors de leurs études en école de journalisme. Charles Delaporte, un ami de lycée d'Arnaud, se rappelle : "J'ai acheté une contrebasse pour pouvoir jouer avec eux, nous étions tous trois fans de jazz manouche. En 2005, mon frère, qui était monteur pour la télévision, nous a demandé de créer une bande originale pour des films pornos muets des années 1920, nous avons essayé de mélanger rythmes hip-hop, guitare jazz et riffs de violons. Le résultat était enthousiasmant !"

Le projet n'a finalement jamais été diffusé, mais les trois copains comprennent tout de suite qu'ils tiennent là quelque chose d'original, qui leur rappelle le titre de Mr. Scruff Get a Move on (1999). Soit l'alliance des contraires : rétro et contemporain, analogique et numérique, acoustique et électronique. Ils aiment Django Reinhardt, mais aussi des artistes plus actuels : Aphex Twin ou Squarepusher pour Hugues, Shlomo ou Gorillaz pour Charles, Arnaud penche pour le hip-hop.

Électro swing

En 1994 déjà, de premiers croisements plus ou moins réussis avaient été tentés par le rappeur danois Lucas ou les Néerlandais Doop. Dix ans plus tard, l'Autrichien Parov Stellar crée son label Étage Noir Recording et se fait connaître avec des sonorités électro swing. Il sollicite Caravan Palace pour publier un album sur son label, en vain.

Arnaud, Charles et Hugues se donnent 6 mois pour composer et enregistrer une maquette à présenter à des maisons de disques parisiennes. Mais celles-ci veulent formater ou adapter leur son… C'est finalement le directeur du Café de la Danse, à Paris, qui produira leur premier album et leurs premiers concerts dans cette salle située près de Bastille. Caravan Palace crée sa page MySpace et reçoit un premier message d'une chanteuse originaire de Tours, Zoé Colotis, qui rejoint les trois copains au cours de l'enregistrement du premier album, Caravan Palace, publié en 2008.

États-Unis

Avant même ce disque, le succès est au rendez-vous grâce à la plateforme MySpace : le groupe donne une cinquantaine de concerts en France et en Europe. Un succès confirmé par les ventes du premier album qui cumule 150 000 ventes. Olympia, Printemps de Bourges, Solidays… Caravan Palace tente l'aventure américaine, Loïc Barrouk, du Café de la Danse, organise leurs premiers concerts outre-Atlantique et perd chaque fois un peu moins d'argent. Les Américains aiment ce son ancien, qui fait partie de leur patrimoine, associé par ces Frenchies à des sonorités contemporaines. L'électro swing séduit aux quatre coins de la planète, avec par exemple The Mojo Radio Gang de Parov Stellar ou We No Speak Americano en 2010. L'engouement pour Caravan Palace ne se dément pas, il ne s'agit pas d'une éphémère mode musicale. Antoine Toustou (machines et trombone), rejoint les trois compositeurs et la chanteuse pour concevoir le second album, Panic, publié en 2012. 

Puristes

Ils sont les premiers surpris de leur succès, avec ce style nouveau loin du format variété couplet-refrain. Mais c'est un genre universel, chanté en anglais, qui peut plaire autant aux amateurs d'électro que de jazz. Glastonbury, Coachella… ils se produisent dans de grands festivals étrangers et confient l'organisation de leurs 150 concerts par tournée au géant américain Live Nation.

Charles se souvient : "Notre second concert, en 2007, c'était au festival Django Reinhardt, près de Paris. Toute la journée, nous étions stressés de jouer devant des puristes de la guitare manouche. Mais nous n'avons pas reçu de tomates, l'accueil a été très bon. Depuis, nous avons joué dans d'autres festivals de jazz —où nous sommes un peu vus comme des rockeurs— et dans des festivals de rock —où nous sommes perçus comme venant du jazz." Avec le risque de na pas plaire aux puristes de l'électro ou du jazz, pour qui ce n'est ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre. 

Les cinq membres du groupe ont passé plus d'un an dans leurs studios parisiens pour donner naissance à un successeur à l'album <I°_°I>  (250 000 exemplaires), sous influence house et bass music. Leur quatrième opus, Chronologic se connecte également à la soul ou au rhythm'n'blues. Le robot "old school" qui figure sur chaque pochette sera aussi sur scène aux côtés des sept musiciens. Charles explique : "Le plus souvent chacun compose dans son studio. On communique nos idées et nos sons par e-mail. Si on a une réponse dans les deux minutes, c'est bon signe. Les arrangements et le mix se font dans mon studio. Ce qui nous intéresse c'est le son vintage, le grain du son. Aujourd'hui, nous nous éloignons du swing pour ne pas tourner en rond." Ils sont plus électro jazz qu'électro swing désormais, avec une énergie festive à découvrir surtout sur scène. 

Caravan Palace Chronologic (Universal Music) 2019

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