Acid Arab, retour gagnant aux Transmusicales de Rennes

Acid Arab, Transmusicales de Rennes 2019 © Nicolas Joubert / Transmusicales de Rennes

Déjà programmé en 2013 lors de la 35e édition des Rencontres Transmusicales de Rennes, Guido Minisky et Hervé Carvalho, plus connus sous le nom de Acid Arab, étaient de retour le 7 décembre dans la capitale bretonne, à l’invitation du festival qui affiche une éternelle jeunesse à l’image de son dernier positionnement — "nouveau depuis 40 ans". Un mois et demi après la sortie de Jdid, leur deuxième long format, le duo y présentait un live inédit et relativement unique.

Avant l’heure annoncée, le hall 9 du Parc Expo, le plus vaste de tous (capacité : 7500 personnes) se remplit de minute en minute pendant le set de Pletnev, un DJ/producteur russe installé à Vilnius (Lituanie). Il en est toujours ainsi pour les rendez-vous importants des Trans, car le risque est de ne pas en être, de rester bloquer hors de l’enceinte aux entrées-sorties comptabilisées, et de devoir se faire raconter la chose par des plus veinards ou plus organisés que soi, effraie plus d’un Transmusicaliens.

Et ils n’ont pas tort, le Hall 9 affiche rapidement "complet". Le succès de leurs compos taillées pour le club et autres remixes, et leurs tournées au long court en France comme à travers le monde, ainsi que l’annonce de ce live inédit "spécial Trans" expliquent en partie cela. "Nous avons un lien très fort avec les Transmusicales de Rennes, notre première venue a été une étape importante de notre carrière" rappelait Hervé Carvalho à quelques jours de ce nouveau rendez-vous avec le festival breton.

"À nos débuts, notre nom a fait beaucoup pour nous. Il intriguait, questionnait, rapprochant deux mots, deux mondes qui n’ont pas l’habitude de cohabiter. Il a cristallisé pas mal d’attente aussi" se souvient le DJ-producteur. Jean-Louis Brossard, l’infatigable programmateur revient lui aussi sur ce premier DJ-set, quand le duo posait les bases d’un son qui allait conquérir le monde en convoquant l’esprit des lignes de basse synthétique qui ont façonné le son acid-house en vogue depuis le mitan des années 80 et les djinns millénaires des musiques orientales aux mélodies envoûtantes et aux rythmes percutants : "15 jours avant, était sorti leur premier long format, une compilation nommée Collections parue sur le label Versatile, on était encore loin de la notoriété qu’ils ont acquise aujourd’hui" rappelle-t-il.

"Ça été un tel carton qu’en 1h30, le temps du set calé un peu après 3h du mat, leur agent a reçu pas moins de 36 propositions, c’est dire si les pros étaient aussi au rendez-vous et le public en folie !". Fin des souvenirs, retour dans le hall 9 où les 2 DJs apparaissent sur scène désormais accompagnés par Kenzi Bourras.

Crammed Discs et Trans, plus d’un point de convergence

Celui qui fut plusieurs années durant, le clavier de "l’Armée Mexicaine" de Rachid Taha, accompagnait déjà les deux DJ’s-producteurs en studio et sur scène donnant alors des faux airs plus vrais que vrais de live aux DJ-sets du duo.

Tous les trois prennent ici place derrière un pupitre, long comme un bar de club. Le propos est clair, rendez-vous au cœur de la "box of night", direction le club et son dancefloor. Rajel, premier extrait du dernier opus (Jdid) paru comme le précédent (Musique de France) chez Crammed Discs, ouvre la party.

Entre le label belge fondé par Marc Hollander en 1980, un an après les Trans et le festival, il y a plus d’un point de convergence, à commencer par le goût de la découverte et de l’inédit en matière de création. En quatre décennies, leurs chemins se sont croisé à plusieurs reprises (Les Tueurs de la Lune de Miel, Bebel Gilberto, Konono N°1 ou DJ Morpheus…) à tel point qu’on pourrait même parler de compagnonnage, comme pour souligner la confraternité des relations de ces dénicheurs de talents, de ces révélateurs de tendances émergentes qui paraîtront ensuite évidentes à tous et toutes.

Le public est conquis par cette entrée en matière. Suivront une paire de titres (Gul l’Abi et Stafia) avant que les Filles d’Illaghadad (2 chanteuses et un guitariste touaregs du Niger, entendus depuis quelques mois sur les scènes du monde entier et via un album sur le label Sahel Sound) se positionnent dans un coin de la scène, le temps de deux titres (Soulan et Sayahat 303).

Le trio pourrait tout aussi bien s’être posé sous les étoiles du désert ; la magie opère. Ça danse des crash-barrières jusqu’aux derniers rangs du gradin, en fond de salles. Le public est sous le charme. Guido et Hervé offrent enfin au public le loisir d’applaudir, ponctuant la sortie de leurs premiers invités d’un court blanc.

Petite respiration avant de plonger dans la moiteur de Club DZ, quelque part entre Alger et Chicago, et de danser encore et encore sur ses deux pieds. Comme au théâtre, Sofiane Saïdi fait son entrée. Le chanteur qui incarne le retour du pop-raï, un courant qui marque l’électrification de cette musique de Bédouins au cours des années 70, connaît bien les deux producteurs pour avoir déjà posé par le passé, sa voix inspirée sur leurs beats.

Après une douce mélopée pleine d’extase, il plonge dans les bas-fonds d’Oran, un air de Cheikha Rimitti en tête, et le souvenir de cette femme qui ne veut plus de lui. Suivra Hafla, un de ses tubes remixés par le duo et Electrique Yarqhol, un titre puissant transcendé par le son d’un double hautbois palestinien. Les deux producteurs, le claviériste et le chanteur s’échangent quelques regards, gagnent en complicité.

Pari gagné, pari réussi, mais pari qui n’a pas encore dit son dernier mot puisque c’est du côté de l’Orient, de la Turquie pour être précis, que nous entraînent Hervé, Guido, Kenzi et Cem, un joueur de saz, le temps de deux titres (Ejma et Stil). Le live touche à sa fin. C’est sans compter le public qui hurle, vocifère et lance parfois même quelques rares youyous de circonstance avant le rappel interprété sans les invités.

Inévitablement jdid

Moins de deux mois après sa sortie, Jdid, qui signifie neuf, nouveau, a connu les feux de la scène. Ce premier live qui en appellera d’autres pas toujours aussi fourni au regard du planning de chacun des intervenants, sera reproduit avec la même affiche le 31 janvier 2020 à l’Élysée Montmartre (Paris) et dans des formes souvent un peu plus légères à Stockholm, Istanbul, Lille, Metz, Bruxelles, Toulouse et Audincourt. Les Trans, "nouveau depuis 40 ans" et inévitablement "jdid" depuis la nuit de samedi à dimanche.

Acid Arab Jdid (Crammed Discs/L’Autre Distribution pour le physique et P.I.A.S. pour le digital) 2019
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