The Avener, le DJ pop

The Avener, 2020. © Boby

En 2015, son remix Fade out Lines était numéro 1 dans près de 20 pays. The Avener, alias Tristan Casara, publiait dans la foulée un album de remixes —il préférait parler de "reworks". Le DJ niçois abandonne cette formule pour son second opus, Heaven. Mais il garde l’esprit pop et grand public qui a fait son succès.

 

RFI musique : Quel a été votre premier contact avec la musique ?
The Avener : Un de mes premiers souvenirs remonte à l’âge de 4 ou 5 ans dans un supermarché avec ma mère. Il y avait des synthés et j’ai voulu apprendre le piano. J’ai commencé vers cet âge-là avant d’intégrer le Conservatoire de Nice de 8 à 15 ans. Ma grande sœur écoutait beaucoup de techno dans les années 90. Et je me suis passionné pour la funk des années 80 avec une bande de potes : D Train, Teddy Pendergrass… Dès l’âge de 10 ans, mes copains me surnommaient DJ parce que je leur gravais des CDs de MP3 pour leur faire découvrir de la musique. Je n’ai pas eu de période rebelle rock, punk ou metal, contrairement à mes copains. J’ai plutôt fait mon adolescence à 30 ans ! (rires)
Avant d’entrer au lycée, j’avais été fasciné par une vidéo de Carl Cox qui mixait au club Space à Ibiza. Plutôt qu’un scooter, j’ai demandé à ma mère de m’offrir deux platines vinyles et une table de mixage. Je me suis acheté quelques disques à la Fnac et j’ai tenté d’imiter Carl Cox pendant des mois dans ma chambre.

Avant de devenir DJ dans une discothèque de la Côte d’Azur…
J’ai eu l’opportunité de jouer comme DJ dans une boîte, puis de devenir DJ résident, de 17 à 26 ans au High Club. J’y ai rencontré beaucoup de grands DJs, comme Steve Angelo, Axwell, Todd Terry ou Joachim Garraud, qui se produisait avec David Guetta. J’allais les chercher à l’aéroport, je discutais avec eux et je les observais en club. Ils m’ont beaucoup inspiré et j’ai réalisé que je devais m’enfermer en studio 3 à 4 jours par semaine pour apprendre la MAO, la Musique Assistée par Ordinateur, et travailler mon son. David Guetta reste un des artistes que j’ai le plus observé.

On vous rapproche souvent d’artistes comme Synapson, Feder, Joris Delacroix voire Petit Biscuit. Pour quelle raison ?
Joris et Synapson sont des amis, je les aime beaucoup. Et nous avons eu la chance de réaliser ensemble une tournée des Zénith en 2016. On mélange sans doute l’électro à des sons acoustiques et on a quelques références communes en matière de blues, de funk ou de rock. Comme DJ, je ne pouvais pas jouer que de l’électro toute la nuit, je devais changer de style pour faire plaisir à la clientèle, notamment en travaillant des titres de façon un peu plus pop, couplet-refrain. Ce qui permet de démocratiser un peu l’électro.

Le piano est très présent dans vos titres, une influence de la house de Chicago ?
J’ai découvert la house des débuts après l’électro, et j’en suis tombé tout de suite amoureux, avec Marshall Jefferson par exemple. Je me suis ensuite dirigé vers des choses plus soulful avec davantage de voix, comme Masters at Work ou Joey Negro.

Les guitares ne sont jamais loin non plus…
J’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec un guitariste sur beaucoup de titres. La guitare permet de donner un peu de vie à l’électro, un peu comme les voix l’humanisent. Dans mon premier album, les guitares étaient déjà enregistrées puisqu’il s’agissait de "reworks".

On vous a souvent demandé quelle était la différence entre ce que vous appelez vos "reworks" —qui composaient la totalité de votre premier album— et des remixes. Est-ce une opération de chirurgie ?
Un "rework" est un travail minimaliste afin de ne pas déstructurer complètement un titre. Je n’ai pas les pistes sonores séparées, je me contente de mettre en avant certains moments qui me plaisent et de rajouter des éléments rythmiques, des lignes de basse… C’est un travail de réarrangement. Alors qu’un "edit" consiste à couper, copier et coller des bouts d’un titre pour allonger ou raccourcir tel passage via un logiciel.
Sur cet album, il n’y a que quatre "reworks", dont un titre de Bob Dylan. C’était mon souhait, comme un défi : trouver un son plus personnel avec des compositions originales. Mon premier album m’a permis d’obtenir plus de temps et de budget pour le second. J’ai pu trouver de belles collaborations, de bons studios.

Depuis la sortie de votre premier album en 2015, l’activité de DJ ne vous manque pas ?
Si, cela me manque ! Notamment d’être confronté à cette difficulté du DJ résident : jouer 5 ou 6 heures d’affilée avec une piste de danse pleine. La relation est beaucoup plus directe avec le public qu’en festival ou en concert : des gens vous demandent parfois de passer un titre. Je m’y remettrai certainement cette année !

The Avener Heaven (Capitol/Universal Music) 2020
Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram