Les amours de Kid Francescoli

Kid Francescoli, 2020. © Vittorio Bettini

Marseille, le foot, la musique, les femmes… font partie du quotidien de Kid Francescoli. Mais c’est encore et toujours l’amour qui inspire sa pop à la fois mélancolique et dansante. Son quatrième album, Lovers, fait la part belle aux chanteuses.

Rendez-vous dans l’antre de Kid Francescoli, en plein Marseille, dans des sous-sols où toute une bande de potes musiciens s’affairent de jour ou de nuit : on peut y croiser French 79, Diapositive, Nasser, Husbands… Claviers, ordinateurs, batteries, guitares peuplent cette caverne d’Ali Baba version nouvelles technologies. Mathieu Hocine, alias Kid Francescoli, reçoit dans son studio décoré d’une gigantesque photo de palmiers sous le soleil couchant. Le jeune homme revendique haut et fort sa fierté d’être Marseillais.

Et en vrai Marseillais, il est fan du club de l’OM (et abonné). Son pseudonyme rend hommage à l’idole de son enfance, le footballeur Enzo Francescoli. Gamin, il est également fasciné par le fameux concert de Queen en 1986 au stade Wembley. "Leur présence scénique m’a beaucoup inspiré. J’ai regardé plusieurs fois la vidéo. J’ai aussi vu plein de documentaires qui m’ont donné envie de tout faire en musique : enregistrer en studio, trouver les paroles, jouer sur scène, donner des interviews… Je regrette de ne pas avoir appris la musique au conservatoire, j’aurais moins l’angoisse de la page blanche. Je sais juste assez jouer pour composer."

À l’époque, le garçon tape sur des coussins et apprend la batterie seul en visionnant des concerts à la télévision. Queen, Nirvana et Oasis le marquent. Il écoute la pop de Belle & Sebastian ou de Grandaddy et gratte des guitares. Plus tard, Ennio Morricone, Air ou Gainsbourg intègrent son Panthéon musical.

New York

Toujours en autodidacte, il s’est mis au piano en apprenant à jouer en une nuit La Ritournelle de Sébastien Tellier. Mathieu n’a pas appris la musique mais il a suivi une formation d’ingénieur du son. En 2000, il est assistant au studio Ballard au moment où la Fonky Family y enregistre Hors Série Volume 2. Tandis qu’il est ingénieur du son pour l’OM TV (ça ne s’invente pas), Kid Francescoli publie son premier album sous ce nom en 2006, Les chroniques sonores.

Mais en 2009, c’est le vide. "Il ne se passait rien à Marseille, j’étais seul. Un pote qui vivait à New York m’a proposé d’y séjourner 3 mois. J’y suis allé avec ma guitare, mon clavier et mon ordinateur, l’esprit et les oreilles les plus ouverts possible. Je me suis dit : 'Si tu ne trouves pas un concert à New York, arrête la musique.' J’en ai fait quatre, ils valaient 200 concerts en France tellement c’était dur ! Il y a tellement de groupes. Mon deuxième concert fut le pire, j’étais au club Pianos, seul à la guitare sans sono, avec des gens qui ne m’entendaient pas et ne me regardaient pas. C’est là que j’ai rencontré Julia."

Julia

Une belle rencontre, comme on dit, à la fois artistique et amoureuse. Julia Minkin était alors stagiaire dans un magazine et n’avait pas encore chanté sur scène. Ils enregistrent ensemble le second opus. With Julia (2015) évoque leur histoire d’amour, la rencontre et la séparation, enregistré entre New York et Marseille, où la jeune femme s’est finalement installée. Play me Again, le troisième album, poursuit cette histoire. Mais les sentiments ont laissé la place à une vraie complicité artistique. Cet enregistrement confirme le succès international de Kid Francescoli : Chine, Liban, Turquie, Indonésie…

"Aujourd’hui, nous sommes attendus à l’étranger. Certains concerts sont complets plusieurs mois à l’avance. Lorsque tu es musicien, le rêve absolu c’est de prendre l’avion pour aller jouer ta musique. Être attendu c’est un accomplissement." avoue Mathieu, des étoiles dans les yeux.

Femmes

Simon Henner, alias French 79, est le troisième complice des derniers albums de Kid Francescoli. "Celui qui met le vernis lorsque les titres sont quasi terminés." Un pote parmi la clique de musiciens marseillais qui créé dans ce studio souterrain. Sur scène, Mathieu a été vu avec Husbands, Nasser et Oh! Tiger Mountain.

Son quatrième album solo, Lovers, fait la part belle aux femmes. Il y a d’abord son amoureuse, Samantha, une Brésilienne rencontrée à Marseille une nuit d’été qui se termine dans le studio derrière un micro. Elle apporte un peu de brésilien au milieu des paroles écrites en anglais. Sarah Rebecca a chanté pour French 79, Nassee est une italo-marocaine installée à Rennes, tandis que Alizée alias iOni a préféré participer à l’album au moment où il s’achevait plutôt que d’accompagner le musicien marseillais sur scène.

Une fois de plus, il est toujours question d’amour sur cet album. "Ce n’est pas un album de lover. J’ai offert ces musiques à ces femmes en leur demandant d’écrire des textes. Et elles parlent toutes d’amour à leur façon. L’amour est un thème universel qui m’inspire. C’est souvent la frustration amoureuse qui engendre la créativité. J’ai tenté de rapper, c’était mon grand rêve, mais cet aspect intouchable du rap me va !"

Kid Francescoli, Lovers (Yotanka/Pias) 2020
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