Rone, l’inspiration entre siestes et nature

Rone. © Raphael Lugassy

Après avoir séjourné chez George Sand et Chopin, l’artiste électro a créé une œuvre collective avec les danseurs et danseuses de (la) Horde. Confiné à Montreuil, Erwan alias Rone revient sur le processus de composition de son cinquième album, Room with a view.

RFI Musique : Comment est né ce projet au Théâtre du Châtelet ?
Rone : La directrice artistique du théâtre, Ruth Mckenzie, m’a donné carte blanche dans ce théâtre en travaux. Je m’y voyais mal créer un spectacle tout seul sur cette énorme scène. Je me suis donc tourné vers quelque chose que je n’avais jamais tenté : la danse, car elle peut exprimer beaucoup de choses. Avec le collectif (la) Horde, nous étions en contact via les réseaux sociaux. Ce sont des électrons libres, ils ont une dimension politique. Quelques jours après avoir décidé de travailler ensemble, ils étaient nommés à la tête du Ballet National de Marseille. Cela a boosté notre projet, nous nous sommes retrouvés dans cet incroyable bâtiment qui héberge le BNM, avec 18 danseurs et danseuses venus du monde entier. C’est vite devenu une œuvre collective, un peu comme le tournage d’un film, avec beaucoup d’aller-retour entre Montreuil et Marseille.

Vous êtes allés rendre visite à George Sand et Frédéric Chopin…
Le Centre des monuments nationaux m’avait proposé une résidence artistique. J’ai choisi la maison de George Sand à Nohant, dans le centre de la France, où Chopin a composé les 2/3 de ses œuvres. J’avais envie de découvrir ce lieu. Cette demeure est chargée de fantômes, les superbes arbres centenaires de la propriété, des lectures… Tout cela m’a profondément inspiré. L’isolement et le confinement ont toujours été propices pour moi. C’est presque un rituel. Cela m’a permis de créer les bases de mon album.

Pourquoi composez-vous de la musique ?
Pour plein de raisons. Enfant, j’étais un grand timide. Adolescent, c’était maladif, je ne pouvais dire à une fille qu’elle me plaisait. D’un coup, j’ai réalisé que je pouvais m’exprimer par la musique et m’adresser à plein de gens. J’ai réalisé cela sur scène, ce fut une manière de me réconcilier avec l’humanité.
Enfant, mes bulletins scolaires signalaient souvent "Bon élève mais rêveur". J’essaye de conserver ce côté tête en l’air dans une société où notre cerveau est toujours en activité, parfois de façon passive devant des écrans. Je m’offre ce luxe de laisser mon cerveau divaguer, rêver, méditer… On se moque de moi car je fais beaucoup de siestes, mais cela fait partie de mon travail ! C’est un état de semi-conscience, de rêves lucides, durant lequel surviennent plein d’idées, de sons, de mélodies…

Les musiques électroniques riment rarement avec acoustique ou organique…
Les danseurs sont très présents sur cet album. J’ai enregistré leurs répétitions, on les entend chanter, on entend leurs pas, leurs respirations… Je voulais donner un peu de sang et de chair à cet album purement électronique.

Croyez-vous à la fin du monde ? À la collapsologie ? Ce thème est abordé dans le titre Nouveau monde.
Je m’y suis intéressé, mais je m’inquiète davantage pour mes deux enfants que pour moi. Je pense que la nature nous survivra. Ce thème de l’environnement ou de l’effondrement m’a inspiré dès mon séjour à Nohant. Nous arrivons à la fin d’un cycle, les êtres humains vont devoir trouver de nouvelles perspectives. Je vois cela de façon positive, la fin d’un monde pour un nouveau.

La danse est souvent associée à une pulsation. Or cet album est très ambient, plutôt planant…
Au début, je me suis posé la question des rythmiques, j’ai créé une musique très dansante. Mais en la faisant écouter aux danseurs à Marseille, je me suis rendu compte que cela ne fonctionnait pas du tout ! J’ai compris que composer des morceaux épurés avec un thème laisserait plus de place aux danseurs pour s’exprimer.

Sur scène, qu’est-ce que cela donne ?
Je me produis en live, je suis présent sur le plateau, mais ce n’est pas un concert de Rone avec des danseurs autour, ni un ballet pour lequel j’ai composé. C’est une fusion de musique et de danse. Les danseurs vont jusqu’à me porter à un moment !

Êtes-vous toujours malade avant de monter sur scène ?
Pendant des années, je vomissais de trac parce que je montais seul à l’échafaud. Mais cela devenait en quelques minutes le meilleur endroit sur terre ! Au Théâtre du Châtelet, je n’avais plus ce trac. On se tenait tous la main avant le lever de rideau, cette aventure collective dans un théâtre m’a peut-être rendu plus fort…

Rone Room with a view (InFiné) 2020
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