La renaissance de Fakear

Fakear. © Juliette Leigniel

Le musicien d’origine caennaise est de retour avec un troisième disque Everything Will Grow Again qui marque un certain virage dans sa musique. Finis l’électro-world et les nombreux invités, il veut se recentrer vers des sonorités plus recherchées et expérimentales et proposer un disque plus sincère.

RFI Musique : Votre style a beaucoup évolué. Quand est-ce que vous avez eu le déclic que vos productions n’allaient plus dans la direction que vous vouliez ?
Fakear : Effectivement, il y a eu un déclic, mais je ne saurais pas vous dire ce que c’est. Il y a eu une lassitude de ce genre de son, mais ce n’est pas arrivé directement. J’ai aussi déménagé et j’ai pu m’installer un studio à moi. Avoir cet espace, ça a été un déclencheur. J’avais envie que ça devienne un laboratoire. Et j’avais envie aussi de faire de la musique un peu plus fine dans la fabrication et dans les détails.
Et puis, il y a eu un peu une lassitude de ce son un peu électro-world. C’est aussi parce que ça faisait un moment que j’étais dans ce credo-là. Et j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question. Les singles Kobra, Nausicaa et Fugitive, sont les derniers dans ce style. Ça devait devenir un album et finalement, ça a été avorté, ce n’était plus cela qui m’intéressait.

Vous avez même eu l’impression que certaines compositions faisaient tache dans votre discographie...
J’ai l’impression de m’être laissé aller dans un truc qui n’est pas tout à fait sincère comme sur mon dernier album All Glows. J’ai remarqué, il n'y a pas longtemps, que c’est un album que je n’ai pas fait chez moi. Je l’ai fait uniquement en studio et en collaboration avec d’autres gens et en fait, c’est un album un peu déraciné. Tu sens bien que ce sont des tentatives d’aller dans un autre truc, mais j’ai l’impression de m’être tordu.
J’écoutais les conseils et j’avais aussi la sensation d’être dans la bonne voie à ce moment-là. Les gens de mon label [Universal] me poussaient à faire quelque chose de plus large et à faire quelque chose de plus radiophonique… Je pensais aller au niveau d’au-dessus. Mais en fait, je me suis rendu compte que c’était tordre le propos d’un artiste jusqu’à ce qu’il rentre dans une certaine case et qu’il passe à la radio.

Concernant la fabrication de votre disque, comment s’est déroulé le travail en studio avec le producteur anglais Alex Metric ?
Je suis allé en studio avec lui et ça a été un véritable coup de foudre artistique et amical. On a décomposé ensemble et refait avec son savoir-faire, son regard et ses machines. Il y a des morceaux qui ont été complètement changés comme Tadlo ou Kaishi. Au début, j’ai eu très peur de tout ce re-travail parce que je n’avais pas forcément l’habitude. Je n’avais jamais permis à quelqu’un de mettre les mains dans mon univers. Et en fait, ça s’est fait par petites touches.

Vos sonorités font penser aux artistes anglo-saxons comme Bonobo ou Four Tet. Vous ne vous retrouvez plus dans cette veine électronique anglaise ?
Oui, je m'y suis toujours un peu plus retrouvé que dans le reste. Et c’est comme si j’avais fait un petit détour par la musique américaine avec All Glows. Et puis John Hopkins, Floating Points, Four Tet, Bonobo sont des artistes qui m’inspirent. L’année dernière, ils ont tous sorti des albums magnifiques. Ça m’a redonné envie de repartir dans ce style parce qu’il s’y passe toujours des trucs intéressants.

Certains sons penchent même doucement vers la techno, est-ce que vous seriez intéressé pour travailler sur des sonorités plus dures ?
Oui ! Tadlo et Structurized, ce sont les derniers titres que j’ai faits pour cet album et ça donne un bon aperçu de ce vers quoi je vais en ce moment. Pendant le confinement, j’ai continué à composer et c’est vraiment cette direction-là que j’ai prise.

Vous avez aussi fait des mixes de musique drone pendant le confinement. Vous vous étiez déjà essayé à ce style auparavant ?
J’en écoute beaucoup, mais j’avais essayé d’en fabriquer. Ça rejoignait ce que je défendais pendant le confinement : ralentir le rythme. Et ces Contemplations faisaient écho à ça parce que ce sont des morceaux de l’album que j’ai ralenti et étirer une vingtaine de fois jusqu’à ce que ça dure une heure. Dès que j’ai du temps, je m’y remets parce que c’est un exercice qui est très reposant à faire.

La dimension symbolique du titre de votre album Everything Will Grow Again ("Tout repoussera de nouveau") a presque été décuplée avec le confinement. Pourquoi avoir choisi ce titre ?
L’album ne devait pas s’appeler comme ça à la base et j’ai vu un graff à Portland aux États-Unis, je me suis dit que ça allait être ça le titre de l’album. Pour moi, ça évoque un postulat un peu fataliste qui est : quoi qu’on puisse faire, nous humains, sur la Terre, le pire qu’on puisse obtenir, c’est la fin de l’humanité. Ce n’est pas la fin de la planète, la planète va s’en remettre. Ce n’est pas une raison pour arrêter les actions écologiques, bien au contraire, il faut sauver notre peau !

Avez-vous envie de faire une musique plus engagée ?
Tout est politique. Moi j’y échappe. Mais je n’ai pas envie de mettre ça trop en avant. C’est cool que le titre de mon album donne une direction philosophique et écologique, mais c’est tout. C’est un message qui est présent, mais que je ne porte pas en vitrine. En lien avec ce message-là, le merchandising va être sans doute reversé à une association qui replante des arbres.

Fakear Everything Will Grow Again (Universal Music France) 2020
Soundcloud / Facebook / Twitter / Instagram