Daft Punk, icône de la French touch

Daft Punk en concert à Milan en Italie, juillet 2019. © Getty Images/Mondadori Portfolio

Discret, rare, casqué… le duo français le plus connu — et le plus mystérieux — a popularisé les musiques électroniques et innové. L’annonce de sa séparation a surpris tous ses fans.

Ils n’ont rien fait comme les autres. Une simple vidéo, tirée de leur film Electroma annonce l’épilogue d’un duo né en 1993 et séparé en 2021. Les deux Français installés à Los Angeles ont depuis presque toujours joué la carte de l’anonymat et de la dissimulation. Pas de publications intempestives sur les réseaux sociaux, pas de photos dans la presse people, une communication très maîtrisée… Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont gardé l’héritage des premiers artistes et DJ de house et de techno, qui ne se montraient pas, voire brouillaient les pistes avec de multiples pseudonymes.

Rock et techno

Les deux fils de bonne famille se sont rencontrés en 1986 au collège, à Paris. Avec le guitariste Laurent Brancowitz (futur membre du groupe Phoenix), ils créent l’éphémère trio Darlin’, raillé par le magazine britannique Melody Maker, comme du "daft punk", du punk nul. Alors qu’ils découvrent la house et la techno lors de soirées, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo adoptent ce sobriquet pour se lancer dans la production de musique électronique. Le titre Da Funk (1995) est une vraie claque, rythmique lourde et chaloupée, basses abrasives, mélodie entêtante…

 

Cette même année, ils sont programmés lors des Transmusicales de Rennes, alors qu’ils n’ont pas encore sorti d’album. Les deux garçons de 20 et 21 ans se préparent en coulisses, ils ne sont alors pas masqués. Le père de Thomas est là, Daniel Bangalter, alias Daniel Vangarde, un producteur à succès (la Compagnie Créole, Ottawan) qui conseillera le duo.

Thomas possède un solide bagage musical, notamment disco et funk. Ce qui lui permettra de composer un tube planétaire en 1998, basé sur un échantillon de Chaka Khan : Music Sounds Better With You, avec Alan Braxe et Benjamin Diamond, publié sous le nom de Stardust.

Ambassadeurs

En 1997, leur premier album Homework, signé sur une major compagnie du disque (Virgin), place définitivement la France sur la carte des musiques électroniques. Mieux, le disque popularise une house et une techno sans concessions auprès du grand public. Le duo devient le plus grand ambassadeur des musiques électroniques à la française, autrement dit la French touch. Une famille qui regroupe Air, Cassius, Motorbass, Étienne de Crécy, St Germain, DJ Cam, Laurent Garnier ou Bob Sinclar.

Après Da Funk, le titre Around the World, avec son refrain simpliste et répétitif, devient le premier tube planétaire du duo, on l’entend sur les grandes radios comme dans les supermarchés. Les clips, respectivement réalisés par Spike Jonze et Michel Gondry, ne sont pas pour rien dans ces succès.

Pour leur second album Discovery (2001), les Daft Punk sollicitent Leiji Matsumoto (créateur du manga Albator) pour en réaliser le film d’animation. Car l’image est devenue aussi importante que la musique pour le duo. Du logo aux casques, de leur film Electroma (2006) à leurs costumes signés Hedi Slimane, les deux Français ne laissent rien au hasard. Certains voient dans ce contrôle de l’image ou de leurs apparitions des coups marketing.

Succès mondial

Leur troisième opus, Human After All (2005), rencontre moins de succès, avec ses messages un peu naïfs et ses riffs de guitares. Mais leur seconde tournée mondiale, de 2006-2007, les remet sur le devant de la scène avec un spectacle époustouflant, tant du point de vue musical que visuel ; le duo apparaît casqué en haut d’une pyramide de lumière.

Après une bande originale pour le film Disney Tron: Legacy, le duo peut se permettre une grosse production pour son quatrième album, Random Access Memories (2013), conviant les stars de leur jeunesse : Giorgio Moroder, le batteur de Michael Jackson ou Nile Rodgers. Abandonnant l’électro pour la pop, ce disque sera leur plus grand succès mondial, notamment porté par le titre Get Lucky.

Depuis leurs débuts, les deux Français multiplient les collaborations : avec Kanye West ou The Weeknd, B.O. signées Bangalter pour Gaspard Noé, production de Guy-Man pour Sébastien Tellier…

 

Les Daft Punk avaient refusé en 2014 de participer aux Victoires de la Musique. Une consécration qui leur paraissait sans doute un peu tardive… Les deux Français avaient raflé la même année cinq trophées aux Grammy Awards à Los Angeles. Nul n’est prophète en son pays… Cultivant comme à leur habitude le mystère et la surprise, on ne saura pas pourquoi le duo n’est plus. Mais en musique, les séparations comme les disparitions ne sont pas toujours définitives… Et les robots ne meurent jamais. 

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