Irène Drésel, fleur mystique

Irène Drésel. © julia&vincent

Passée par les Beaux-Arts, la jeune Irène Dresel donne des couleurs aux musiques électroniques en les associant à des thèmes floraux et religieux. Son univers, très personnel, la démarque de l’esthétique souvent sombre du genre. On peut s'en rendre compte dans son dernier opus, Kinky Dogma, sorti récemment.

Une scolarité dans un collège puis un lycée catholique de filles, cela peut vous marquer. C’est le cas d’Irène Drésel, à observer ses clips, les titres ou les pochettes de ses disques. Rita, Icône (ses deux premiers disques parus en 2017 et 2018), la référence à la Vierge voilée de Giovanni Strazza sur son premier album Hyper Cristal, les cierges du clip Medusa… Il y a aussi toutes ces fleurs artificielles, qui n’ornent pas une tombe ou un mausolée, mais qui dissimulent les machines qu’utilise sur scène Irène Drésel. Comme une photo animée signée Pierre et Gilles. 

"Les valeurs et le côté méditatif de la religion me plaisent, mais aussi le cérémonial. Je me souviens très bien de ma retraite pour ma confirmation. Comme ma grand-mère, j’ai souvent prié Sainte Rita, la sainte des causes perdues. Je ne pense pas que la techno soit une religion, mais il y a certainement des croyances communes derrière chaque rassemblement" explique celle qui a été fascinée jeune (mais de très loin) par les sectes comme celle de Raël.

La pochette de son second album, Kinky Dogma ("Dogme de la perversité"), avec la musicienne, répliquée à l’infini sur un lit de roses, qui indique à l’auditeur le chemin de la lumière, semble nous inviter à pénétrer un autre monde, voire une autre dimension. 

 Solitaire 

Dans sa maison située à l’ouest de Paris, en pleine campagne, la jeune femme a disséminé des images de saintes et de vierges et elle arbore plusieurs médailles autour du cou. C’est ici que vivait sa grand-mère, et qu’elle habite depuis 2013. Après deux années passées seule, le percussionniste Sizo del Givry l’a rejointe. Il l’accompagne régulièrement sur scène.  

"J’aime travailler seule, à mon rythme, j’aime être dans mes pensées. J’étais une petite fille solitaire me disait ma mère. Mais j’aimerais utiliser un peu plus mes deux mains." La plasticienne et photographe a déjà réalisé un clip tout en dessins pour Chambre 2. Elle cultive donc patiemment son style musical et visuel. Sa techno instrumentale est à la fois tapageuse et sensuelle, dansante et sombre. Une musique qui tranche avec le look BCBG que cultive la jeune femme à la coupe au carré, ou avec son nom qui évoquerait plutôt une écrivaine classique qu’une artiste techno. 

 Envie refoulée 

Sur Instagram, Irène Drésel ne poste guère de photos de soirées ou de matériel, mais plutôt celles de fleurs, de couchers de soleil ou de ses poules. L’image compte beaucoup pour cette ancienne étudiante des Beaux-Arts et des Gobelins, qui se dit un peu monomaniaque.

Irène Drésel s’est d’abord consacrée aux arts plastiques, notamment à la photographie, qu’elle aurait sans doute embrassés professionnellement. À l’âge de 16 ans, une soirée techno dans les catacombes parisiennes l’avait marquée et lui avait donné envie de créer de la musique. "Une envie refoulée qui ne s’est concrétisée que bien des années plus tard, en 2016. Le label Border Community de Nathan Fake m’a beaucoup influencée." Son premier titre, Lutka, est publié par le label parisien InFiné. 

À la maison, la musique était omniprésente. Son grand frère écoutait beaucoup Serge Gainsbourg et Metallica, tandis que sa grande sœur pratiquait le violon à un haut niveau. D’ailleurs, leur oncle maternel, Francis Drésel, est l’un des piliers de Radio Classique. Mais la jeune Irène n’a pas gardé un bon souvenir des leçons de piano du conservatoire, entre 8 et 10 ans, alors qu’elle s’est davantage passionnée pour le solfège. 

Aujourd’hui, sur scène, l’artiste joue sa partition singulière. "Je ne me vois pas comme une prêtresse, je me montre, je regarde le public, je lui souris, car j’ai souvent été frustrée par ces DJs qui ne levaient jamais les yeux de leur écran d’ordinateur. J’essaye de rendre jolies les choses et de garder un fil conducteur dans les thèmes ou les images qui accompagnent ma musique".

Les roses —sa fleur préférée— symbolisent sans doute la féminité, l’amour, le romantisme et sont une allusion à l’histoire de Sainte Rita. Mais auditeurs et spectateurs pourront chercher bien d’autres significations, évidentes ou subtiles, dans les mises en scène d’Irène Drésel. Un symbolisme et un mysticisme qui rendent sa techno un brin mystérieuse et différente. 

Irène Drésel Kinky Dogma (Room Records) 2021
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