The Limiñanas et Laurent Garnier, le film d’une collaboration

The Liminanas et Laurent Garnier publient l'album "De Pelicula". © Mathieu Zazzo

D’un côté, le groupe de garage implanté dans les environs de Perpignan, The Limiñanas, et de l’autre, Laurent Garnier, pape de l’électro en France depuis plus de vingt-cinq ans. Sur le papier, l’association de ces contraires promettait d’être étonnante. Elle donne lieu à De Pelicula, un disque enthousiasmant inspiré par le krautrock et les films de série B. Lionel Limiñana nous a éclairés sur ce projet, qui pourrait bien avoir des suites.

A priori, la rencontre du duo The Limiñanas (Lionel et Marie Limiñanas) avec Laurent Garnier relevait de l’association de la carpe et du lapin. Elle s’est faite en 2017 au festival Yeah !, co-organisé à Lourmarin par Mister Garnier. "Le courant est de suite passé. En rentrant, on lui a envoyé les pistes de Dimanche, un morceau qu’on a fait avec Bertrand Belin. Il l’a remixé", explique Lionel Limiñana. Si bien que l’année suivante, le couple revient pour passer des disques entre les concerts.

L’idée d’une autre collaboration germe, mais impossible de trouver le temps de faire les choses pour des artistes engagés dans des tournées internationales. C’est l’arrêt des concerts à cause de la Covid-19 qui leur permet de se lancer sur ce projet. Passé le choc du confinement, The Limiñanas reprend vite le travail dans sa maison de Cabestany, dans la banlieue de Perpignan.

Dix mois de travail à distance

Pour la conception de De Pelicula, The Limiñanas et Laurent Garnier ne se sont pas vus une seule fois. Durant dix mois, le duo et le DJ enregistrent de la musique chacun dans son home studio et se livrent à un ping-pong par ordinateurs interposés. "Ce n’est pas du tout un disque qu’on aurait enregistré de notre côté et que Laurent a mixé. On l’a construit de bric et de broc, au fur et à mesure qu’on s’envoyait des idées. Laurent a proposé plein d’arrangements de cordes et de mélodies. Nous, de notre côté, on a proposé des beats. Cela dépendait vraiment des morceaux", poursuit Lionel Limiñana. Le point de rencontre se fait autour de Neu, Can, les groupes du progressif allemand des années 1970, et de sonorités psychédéliques.

À distance des clichés de la musique électronique – le kick de la techno a été banni ici...-, il en résulte un concept album fait de longs instrumentaux aux ambiances de western et de morceaux parlés-chantés. Si on reconnaît bien la patte de The Limiñanas, elle se teinte de boucles hypnotiques.

La trame de De Pelicula suit Saul, "un petit mec de province" qui "aime la musique et le cinéma", et Juliette, une jeune femme "jolie et douce" qui "travaille dans une caravane des années 1960".  L’interlope Juliette, "née sous X, en 1970, sur un coup de rein fatal d’un soir, que sa mère encaissa", et son amoureux vont partir dans une cavale digne de films de série Z, ayant pour décor la frontière espagnole, ses zones industrielles glauques, ses caravanes de prostituées et ses maisons closes.

À l’écoute de ce récit, on pense forcément au célèbre concept album Histoire de Melody Nelson, de Serge Gainsbourg. Mais Lionel Limiñana préfère être prudent sur la comparaison. "C’est un truc que j’aborde très peu parce que l’amour que j’ai pour ce disque est trop énorme, estime-t-il. Pour moi, la seule manière de travailler sur un disque dans lequel on raconterait une histoire, c’est de lâcher le texte sans vraiment le pousser près d’un micro. C’est une technique que Serge Gainsbourg a installée pour toujours. On travaille sur ce type de prise de voix depuis bien longtemps. Et puis, entre nous, je ne suis pas chanteur et c’est ma seule manière de porter un texte. Je serais bien incapable de faire autrement".

Vers une suite aux aventures de Saul et Juliette

Outre le fait de partager cette affiche avec Laurent Garnier, The Limiñanas poursuit cette aventure autour d’une famille élargie. Sur l’explosif Que Calor !, c’est Eduardo Henriquez, des groupes franco-chiliens Panico et Nova Materia, qui pose un texte en espagnol. Une façon de rappeler que l’Espagne a eu une grande influence sur Lionel Limiñana, fils de "pieds noirs espagnols"

 

Présence récurrente depuis quelques années, Bertrand Belin signe les mots très minimaux de Ne gâche pas l’aventure humaine. Sur Au début, c’était le début, son intervention a des accents d’Alain Bashung. "Au-delà de l’amitié qu’on peut avoir, Bertrand, c’est la personne qui me touche le plus dans sa façon d’écrire et dans son interprétation en France. La première fois qu’on l’avait vu, c’était en groupe en Australie, sur un festival auquel on était invités, et puis, on l’avait revu seul avec une guitare électrique. Ça m’avait vraiment secoué", constate Lionel.

Depuis son disque Shadow People, le couple Limiñana semble avoir délaissé ses bricolages pour faire des disques plus produits. Après des années à faire de la musique à côté d'un travail tout ce qu’il y a de plus alimentaire, il est devenu un groupe à temps plein. "On a pris un chemin qui a fait que la musique est devenue notre métier mais ce n’était pas prévu. Moi, ça m’angoissait beaucoup d’être obligé de jouer, je ne voulais absolument pas ressentir ça. Pour l’instant, ça ne m’est jamais arrivé. Et comme, plus on fait de concerts, plus on prend plaisir à les faire, on a un peu changé notre fusil d’épaule et on a continué comme ça. Notre vie, à Marie et moi, est désormais consacrée à la musique, aux concerts mais aussi à la production de BO pour des documentaires", poursuit Lionel Limiñana.

Quant aux promenades électroniques avec Laurent Garnier, elles ne se traduiront pas sur scène avec le DJ, mais elles pourraient bien avoir une suite discographique. À l’écoute de ce premier épisode enlevé, on attend la suite du film avec impatience.

The Limiñanas / Laurent Garnier De Pelicula (Because) 2021
Site officiel de Laurent Garnier / Facebook / Twitter / Instagram
Site officiel de
The Limiñanas / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube