Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Benny Waters, témoin du Siècle (3ème partie)

En 1945, la virtuosité de Dizzy Gillespie et Charlie Parker fait voler en éclats les big bands d'antan. Les grandes formations ne font plus recette, et il faut être un soliste aguerri pour gagner le respect de ses aînés. Devant cette réalité musicale incontournable, certains instrumentistes se sentent un peu dépassés. C'est le cas de Benny Waters qui ne parvient pas vraiment à suivre le mouvement, et éprouve quelques difficultés à trouver sa place dans ce bouillonnement artistique inédit.

Au tournant des années 50, la société américaine est encore très conservatrice. Les Noirs sont des citoyens de seconde classe, le mouvement des droits civiques n’existe pas, et Martin Luther King n’est qu’un jeune pasteur inconnu qui exerce à Montgomery (Alabama). L'espoir d'une vie meilleure pour la communauté afro-américaine est alors une utopie. C'est dans la résignation que l'on tente de se construire un avenir. C'est sûrement l'une des raisons qui poussera Benny Waters à se réfugier en Europe pendant près de 40 ans.

 

A Paris, avec Bill Coleman, il retrouve la foi et l'énergie de ses 20 ans. Il joue régulièrement dans les clubs de la capitale et découvre la richesse culturelle de la ville lumière. C'est là qu'il croise la route d'un de ses homologues, un certain Sidney Bechet. 

Tandis que Benny Waters tente de se distinguer sur les scènes européennes, les choses bougent aux Etats-Unis. Une humeur sonore plus vive et spontanée fait frissonner les programmateurs radio. Le Rock 'n' Roll donne soudain des couleurs à un paysage encore en noir et blanc. Inspiré du rythm and blues, ce nouveau genre musical va redessiner les contours d'une forme d'expression ancestrale, mais une fois de plus, va donner l'avantage aux musiciens blancs qui sauront faire fructifier cet héritage culturel noir-américain. Elvis Presley devient le King et les jazzmen se noient dans ce raz-de-marée des années 50.

 

Difficile pour un musicien, né en 1902, d'accueillir avec enthousiasme les évolutions stylistiques du XXème siècle. Benny Waters devra pourtant faire face à des transformations radicales de son environnement sonore, et devra accompagner avec courage l'histoire en marche, et notamment, l'agitation et la rébellion des années 60 qui feront vaciller les grandes puissances mondiales à coups de slogans, de marches pacifistes, de compositions protestataires. 

Il est évident que Benny Waters ne pouvait pas s'identifier aux musiciens aventureux des années 60 et 70, mais il avait un but, une direction musicale qui lui permettait d'affirmer ses choix et d'être un saxophoniste intègre, qui prenait un malin plaisir à creuser son sillon pour qu'enfin on sache qui il était, et quelle musique il jouait… 

http://www.africanamericanhistorymonth.gov/