Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Eddie Harris

Au coeur des années 70, la grande majorité des musiciens noirs américains ne jurent que par cette nouvelle forme d'expression héritée de la Soul-Music qu'on appelle désormais, le funk ! Pour beaucoup de jazzmen, ce genre musical plus commercial apparaît comme une distorsion de l'humeur sonore afro-américaine. Certains s'en détournent, trop attachés à la tradition de leurs aînés, d'autres acceptent de tenter l'aventure du renouvellement, quoi qu'en disent leurs homologues.

Le saxophoniste Eddie Harris a fait partie de ces agitateurs qui préféraient prendre des risques plutôt que de s'enfermer dans un conformisme jazz figé dans le passé. Bien qu'il se soit délecté du groove de ses contemporains, il n'a, pour autant, jamais renié ses origines. 

Né à Chicago en 1934, il a grandi à l'écoute du Blues, du Rythm and Blues, et du Gospel qu’appréciaient ses parents et ses proches, mais il a aussi découvert les grandes figures du jazz en se rendant, dès son adolescence, dans les clubs de la ville. Cet apprentissage musical direct très privilégié l’incitera à devenir, lui-même, un virtuose du saxophone, bien que le choix de cet instrument ne lui fut jamais dicté par une quelconque envie d'être un maestro. 

C'est en 1961 que Eddie Harris commence à se faire remarquer. Il a 27 ans et enregistre son premier album « Exodus to Jazz ». C'est le début d'une épopée qui flirtera avec le Funk, la Soul, le Jazz, et l'emmènera aux quatre coins de la planète en l'espace de 40 ans. 

Le 5 novembre 1996, il y a tout juste 15 ans, Eddie Harris nous quittait à l'âge de 62 ans en nous laissant l'image d'un homme sincère, toujours prompt à défendre la valeur de ses camarades. 8 mois plus tôt, le 14 mars 1996, il donnait une dernière prestation à Cologne en Allemagne, en compagnie du WDR Big Band. Ce sera son ultime apparition en public. 

Que serait devenu Eddie Harris s'il avait vécu jusqu'à aujourd'hui ? Il aurait 77 ans, et continuerait sûrement à observer la transformation progressive du jazz vers un métissage de plus en plus assumé. 

Quand jadis, la flamme jazz semblait vaciller face aux nouvelles expérimentations sonores que furent le rock psychédélique ou le funk, Eddie Harris préférait se gausser et faire un pied de nez à tous ceux qui lui tournaient le dos. Sa situation sociale était, certes, précaire, les contrats discographiques plus rares, les concerts moins fréquents, mais il fallait faire face et savoir s'amuser des difficultés financières. De toutes façons, Eddie Harris n'aurait jamais baissé les bras…

http://www.eddieharris.com/