Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Mémoires du Jazz (1ère partie)

Dans l'histoire du jazz afro-américain, il y a les grandes figures universelles, Duke Ellington, Count Basie, Miles Davis, John Coltrane, Charlie Parker ou Dizzy Gillespie, mais il ne faut pas oublier tous ceux qui ont contribué à l'évolution progressive de « L'épopée des musiques noires ».

Souvent virtuoses, ces musiciens n'ont pas connu la renommée internationale de leurs mentors, mais ont épousé la destinée des icônes d'antan. Ces hommes de l'ombre, qu'on appelait injustement « Sidemen » ou « Accompagnateurs », ont vécu de près l'aventure musicale des géants d'autrefois. Ces artisans du swing ont, discrètement et humblement, participé aux révolutions culturelles de la grande Amérique, et observé de l'intérieur les soubresauts de la communauté noire.

Bien qu'ils furent souvent considérés comme des « seconds couteaux » (ce qui est somme toute, fort contestable), leurs souvenirs entretiennent notre connaissance et notre compréhension d'une époque lointaine. Leur mémoire vive nous transporte dans un passé que nous n'avons pas connu, et dont ils sont les garants face aux historiens. Comment aurions-nous découvert les petites histoires ou anecdotes des jazzmen entre eux, sans le témoignage des vétérans ?

Duke Ellington et ses musiciens
© www.dukeellington.com

Nous avons trop souvent tendance à ne retenir que les heures glorieuses et quelques chapitres éminents de l'histoire du jazz, mais le quotidien des musiciens, qu'ils soient connus ou non, était chaque jour une épreuve à une époque où la ségrégation raciale était la norme sociale. La condition des Noirs aux États-Unis dans les années 30, 40, 50 était effroyable. Alors que les musiciens donnaient l'illusion d'être heureux sur scène, ils étaient résignés dans les coulisses. Ce perpétuel effort de dissimulation psychologique eut un impact désastreux sur le bien-être et l'épanouissement de tous ces brillants jazzmen afro-américains. Leur humilité n'était-elle pas le fruit de cette oppression qui les enfermait dans une prison mentale où affirmer son existence était un délit ?

Harry Sweets Edison a été un pilier des orchestres de Count Basie, Duke Ellington, Nat King Cole ou Oscar Peterson. Qui parle encore de lui aujourd'hui ? Plus grand monde… Et pourtant, sans sa fougue et sa délicatesse mélodique à la trompette, l'humeur sonore des big bands d'alors n'aurait pas été saluée avec tant d'enthousiasme.

En dehors des spécialistes aux musicologues avertis, personne n'a réellement salué la mémoire de Red Holloway, disparu le 25 février 2012. Cet impeccable saxophoniste avait pourtant servi le répertoire de Billie Holiday, Muddy Waters, Sonny Rollins, B.B King, Aretha Franklin, Lionel Hampton, et quelques dizaines d'autres…

Nous avions eu le privilège de rencontrer ce brave homme au crépuscule de sa vie, et il regrettait amèrement que son jazz, celui des origines, soit si peu célébré !

Sachons savourer le récit des pionniers que furent Cecil Payne, Hal Singer, Cedar Walton, Hank Jones, etc. Tous contemporains des grands chefs d'orchestre d'autrefois !

http://www.halsingergroup.com/pages/indexpag.html