Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Allan Harris

Allan Harris. © Tim Keller

Si le nom d'Allan Harris reste encore méconnu du grand public, les amateurs de musique afro-jazz ont su déceler chez cet impeccable vocaliste les qualités d'un maestro. Né en 1956 à Brooklyn (New York), ce chanteur de grand talent a grandi dans un environnement musical privilégié puisqu'il a passé toute sa jeunesse dans les coulisses de l'Apollo Theater de Harlem où les plus grandes figures de «L'épopée des Musiques Noires» scintillaient dans le feu des projecteurs.

© Apollo Theater.
Duke Ellington.

Quand Duke Ellington, Sarah Vaughan, Jimmy Smith ou les Temptations se produisaient dans ce temple du Music-Hall afro-américain, il n'était pas rare qu'ils viennent commander un encas dans un petit restaurant, situé à deux pas de l'Apollo, tenu par la propre tante d'Allan Harris. Impossible dans ces conditions de manquer l'occasion de converser, observer, lier amitié avec les légendes de la culture noire. C'est ainsi qu'Allan Harris a suivi un chemin inspiré par ses rencontres prestigieuses et une envie indéfectible de monter sur les planches.

© Carol Rosegg.
Allan Harris dans la comédie musicale «Cafe Society Swing».

Lorsque nous l'avons découvert en France, en février 2015, la presse l'identifiait comme l'héritier d'une tradition insufflée par Nat King Cole, celle des crooners, mais cette image un poil stéréotypée ne satisfaisait pas pleinement l'artiste complet qu'il était devenu et que nous rencontrions alors pour la première fois. Au-delà de ses prouesses vocales, Allan Harris est aussi un militant qui défend, à sa façon, le patrimoine de ses aînés. Il nous rappela gentiment que son rôle dans la comédie musicale « Cafe Society Swing » en 2014 faisait appel à la mémoire de ses contemporains et célébrait la liberté de créer.

Passionné d'histoire, il tenait à nous parler de cette époque troublée durant laquelle un bouillonnement artistique clandestin résistait à la censure d'un pouvoir blanc tout puissant au cœur du XXème siècle. Le « Cafe Society » était un club rebelle où l'art dans toute sa diversité s'exprimait sans crainte et sans tabou. Ce chapitre éminent de la lutte du peuple noir nourrit toujours aujourd'hui l'élan créatif d'Allan Harris. Il veut, comme ses courageux aïeux, faire tomber les barrières culturelles et raciales trop ancrées dans l'inconscient collectif américain.

© DR

A travers son dernier album, « Black Bar Jukebox », il s'autorise la relecture d'airs populaires très variés, de Frank Sinatra à Elton John, comme pour réaffirmer son esprit libre et son droit inaliénable d'inventer, de surprendre, d'innover... Le projet qui lui tient le plus à coeur, « Cross that river », déjà présenté comme programme éducatif dans plusieurs établissements scolaires, narre l'aventure d'un esclave originaire de Louisiane qui, pour échapper à ses bourreaux, se rend au Texas et devient en 1860 le premier cowboy noir de l'histoire américaine. Certes romancée, cette comédie musicale est en fait une ode au métissage et à l'échange. Country-Music, Bluegrass, Soul-Music, Gospel, Blues et Rock dessinent les contours d'une œuvre ouverte, altruiste et généreuse qui, n'en doutons pas, interrogera les spectateurs américains sur leur propre destinée.

http://www.allanharris.com