Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Ella Fitzgerald

Ella Fitzgerald. © Library of Congress

Nous sommes le 8 mai 1957 à l'Olympia à Paris, une reine de l'art vocal enthousiasme les amateurs de jazz grâce à sa maîtrise du scat et un swing inégalable. Cette grande dame, née le 25 avril 1917 à Newport News en Virginie, est alors déjà une grande figure de « L'épopée des Musiques Noires ». Elle s'appelle Ella Fitzgerald, et deviendra une icône universelle au XXème siècle. 20 ans après sa disparition, son aura continue de susciter des vocations et de l'admiration.

C'est en participant à un concours de chant organisé à l'Apollo de Harlem en 1934 que la jeune Ella, 16 ans, se fait remarquer par un batteur et chef d'orchestre éminent de l'ère swing, un certain Chick Webb. Épaté par la tessiture de la demoiselle qui peut couvrir trois octaves, il l'invite à enregistrer quelques titres au sein de son big band, dont une mélodie pour enfants datant de 1879 intitulée « A Tisket A Tasket ». Cette chanson toute fraîche et naïve, deviendra l'hymne d'Ella Fitzgerald à travers la planète.  

Ce début de carrière semblait idéal pour une jeune femme d'à peine 20 ans mais, le 16 juin 1939, son mentor, celui qui l'avait découverte à l'Apollo, disparaît à seulement 34 ans. Elle se retrouve, malgré elle, à la tête d'un orchestre sans leader. Le Chick Webb Orchestra devient subitement l'orchestre d'Ella Fitzgerald. Pas vraiment à l'aise dans le rôle de chef d'orchestre, Ella Fitzgerald choisira de voler de ses propres ailes en 1942 en s'associant à différents instrumentistes de renom, dont le saxophoniste et chanteur, Louis Jordan.
 

© Library of Congress
Ray Brown, Louis Jordan, Ella Fitzgerald (1949).

Avec son nouvel ami, Ella Fitzgerald s'amuse et démontre, au passage, son talent versatile. Les rythmes caribéens comme le swing ou les mélodies soyeuses nourrissent son expressivité avec un naturel déconcertant au point d'attirer l'attention d'un certain Louis Armstrong. Petit à petit, la notoriété d'Ella Fitzgerald dépasse le cadre strict des amateurs de jazz qui la hissent finalement au rang de « First lady of Song », « La première dame de la chanson ». On ne parle plus de swing, mais de mélodies populaires que l'Amérique toute entière peut apprécier. Ella Fitzgerald ne doit plus être perçue comme une artiste issue de la communauté noire, mais comme une célébrité américaine.
 

© Michael Ochs
Ella Fitzgerald & Norman Granz.

Ce choix stratégique de communication est l'œuvre d'un producteur blanc en vogue qui réalise très vite le véritable potentiel d'Ella. Il s'appelle Norman Granz. Progressivement, mais sans altérer la tonalité cristalline d'Ella Fitzgerald, Norman Granz va incliner le répertoire de sa nouvelle protégée vers les grands classiques signés Cole Porter, Irving Berlin ou George Gershwin et fera appel à des accompagnateurs très délicats comme les pianistes Lou Levy ou Tommy Flanagan.
 

 

© Michael Ochs
Ella Fitzgerald.

À la fin des années 50, Ella Fitzgerald scintille telle une étoile dans un univers sonore majestueux. Elle est entourée des meilleurs instrumentistes de l'époque et parcourt le monde, accueillie par les bravos de la foule à chacune de ses prestations. Son succès est tel qu'il lui arrive de revenir plusieurs fois la même année, dans le même pays. Ce sera le cas en février et avril 1961 à l'Olympia à Paris avec, chaque fois, l'ovation méritée.
 
Ella Fitzgerald a fait l'unanimité. Si d'aucuns lui reprochaient son manque d'implication durant le mouvement des droits civiques, elle fut reconnue par tous comme une exceptionnelle interprète, capable de swinguer furieusement comme de délivrer des harmonies d'une rare subtilité. Cette femme simple et généreuse nous a quittés le 15 juin 1996. Elle avait 79 ans… 
 
Le site consacré à Ella Fitzgerald