Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Kenny Barron

Kenny Barron. © http://kennybarron.com

Né le 9 juin 1943 à Philadelphie aux États-Unis, le pianiste Kenny Barron porte en lui le message de ses aînés et de ses contemporains. Sa brillante prestation, le 18 octobre 2016, au Festival « Jazz en Tête » à Clermont-Ferrand, a ému le public mais aussi les organisateurs de ce rendez-vous culturel majeur de l’automne. Accueillir un tel personnage dans une manifestation jazz nichée au cœur de la France suscite toujours l’enthousiasme, mais aussi l’investissement d’une équipe soudée, bien déterminée à rendre unique ce moment d’exception.

Pour le confort de tous, Xavier Felgeyrolles, directeur artistique du Festival, avait choisi de loger les différents acteurs de l’événement dans le même établissement. Ainsi, journalistes, photographes et artistes se côtoyaient avec respect et simplicité. Le soir, après les concerts, une jam-session, animée par d’excellents musiciens locaux, se tenait dans le hall de l’hôtel où curieux, résidents et jazzmen dialoguaient avec gourmandise. 

Le pianiste Keith Brown (33 ans) eut ainsi l’opportunité d’échanger avec l’un de ses héros, Kenny Barron (73 ans) tranquillement accoudé au bar. En toute humilité et décontraction, le maestro prit le temps de converser avec son jeune disciple et de lui conter quelques chapitres de son épopée jazz. En 50 ans de carrière, les souvenirs sont nombreux, parfois douloureux, souvent merveilleux ou aventureux, mais toujours enrichissants. Kenny Barron a eu le bonheur de partager la scène avec les pionniers du jazz, dont le fameux trompettiste et chef d’orchestre Dizzy Gillespie qu’il rencontra dans les années 60, à une époque où le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis contrait les assauts répétés des autorités contre la communauté noire.

© http://kennybarron.com
Kiyoshi Kitagawa, Kenny Barron et Jonathan Blake.

 
Bien qu’il se soit senti plus épargné que ses aînés, Kenny Barron se souvient toujours des difficultés rencontrées par les musiciens afro-américains pour jouer et se déplacer dans les Etats du Sud. Cette sombre période durant laquelle les échanges interculturels n’étaient pas tolérés reste une blessure mémorielle et sensorielle que Kenny Barron tente d’apaiser à travers une musique généreuse ouverte sur le monde. Bien que la matrice africaine jaillisse instantanément dans le jazz de ce formidable instrumentiste, il serait cependant injuste de réduire l’épopée de Kenny Barron à la seule influence de la diaspora noire. Au fil de ses nombreux voyages, diverses sonorités ont nourri le jeu du maestro, de la musique classique européenne aux accents caribéens ou latins de la bossa nova.
 
Si les jeunes pianistes d’aujourd’hui s’inspirent du jeu de Kenny Barron, lui-même a eu de nombreux modèles ou mentors. Thelonious Monk, Ahmad Jamal ou Tommy Flanagan sont ses héros. Des musiciens qui l’ont précédé et l’ont indirectement guidé dans l’histoire du jazz. Après un demi-siècle de mélodieuses harmonies lyriques, Kenny Barron est resté un homme simple, dont la bienveillante nonchalance a conquis des milliers de musiciens et de spectateurs à travers la planète. Moult fois salué par des récompenses honorifiques, comme le prix Miles Davis qui lui a été remis en juillet 2016 à Montréal, il tient à minimiser ces gestes de gratitude à son égard qui ne doivent jamais entacher sa modestie et le sens de son engagement artistique. 
 

© RFI/Joe Farmer
Kenny Barron, le 18 octobre 2016, au Festival Jazz en Tête (Clermont-Ferrand).

Site officiel de Kenny Barron

Site officiel du Festival Jazz en Tête