Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Noël en scène !

Marquise Knox au milieu des spectateurs enthousiastes du Théâtre antique de Vienne (France), le 10 juillet 2018. © Jules Azelie/Jazz à Vienne

Le réveillon de Noël est un moment de recueillement festif rythmé par des chants, des prières, des mélodies et de la nostalgie. "L’épopée des Musiques Noires" a eu le privilège, tout au long de l’année, d’enregistrer les prestations de grandes personnalités afro-planétaires. Nous vous offrons, ce dimanche 23 décembre 2018, un cadeau radiodiffusé. Écoutons ensemble quelques-unes de ces interprétations captées in vivo sur les scènes de France et de Navarre. Exclusif !

Les échanges entre les différentes couleurs musicales de la planète ont très clairement accompagné cette année 2018. Ce sont, par exemple, des nuances de bleus qui ont scintillé durant la 38ème édition du festival "Jazz à Vienne". Elles représentaient toute la diversité du blues africain-américain, le 10 juillet 2018, au Théâtre antique. Le jeune guitariste et chanteur Marquise Knox (27 ans) en fit la plus vivifiante démonstration. Son jeu chaleureux, parfois rêche, mais toujours authentique a fait l’unanimité et méritait bien un nouvel écho sur nos ondes.

La chanteuse Deva Mahal est une autre artiste à suivre de près. Elle est la fille de Taj Mahal, vétéran du blues et africain de cœur. Elle se produisait à Sète, dans le sud de la France, le 17 juillet 2018, où elle présentait Run Deep, son dernier album en date. Elle ouvrait alors le bal, au Théâtre de la mer, en assurant la première partie du patriarche Don Bryant (76 ans). La prestation de ces deux brillants interprètes transforma la torpeur estivale en une incandescente célébration de la culture Soul sudiste. Magique…

 

© Pierre Nocca
Deva Mahal en concert au Théâtre de la mer à Sète, le 17 juillet 2018.

 

Les accents de la communauté africaine dans le monde ne résonnent pas qu’à travers la force de frappe américaine. Les traditions séculaires ancestrales rejaillissent chaque fois que des créateurs les magnifient sur scène. Le 19 octobre 2018, à Nancy, dans l’est de la France, Touré Kunda célébrait les 40 ans d’un patrimoine musical majeur devant un public heureux d’entonner les classiques du groupe. E’mma fut le point d’orgue d’une soirée palpitante et collégiale.

Un bel exemple de la diversité des sonorités afro-planétaires fut aussi la rencontre entre le Kronos Quartet et le trio Da Kali à Coutances, en Normandie, dans le nord-ouest de la France. La musique classique dite académique se mariait harmonieusement à la voix ensorcelante de la chanteuse Hawa Diabaté, fille du célèbre et regretté Kassé Mady Diabaté. L’immense expressivité de cette jeune femme soutenue par la mélodie des cordes provoqua le frisson des spectateurs comme si la légendaire Mahalia Jackson revenait délivrer une prière gospel en 2018.

 

© Jean-Yves Le Meur
Le Trio Da Kali et le Kronos Quartet au Festival Jazz sous les Pommiers à Coutances, le 11 mai 2018.

 

Il existe différentes façons de préserver un héritage. Lorsque le pianiste français Fabrice Devienne imagina le spectacle Dipenda, (l’indépendance en lingala), son intention semblait tout à la fois historique et artistique. Conçue comme une ode au panafricanisme, cette fresque afro-jazz réunit désormais une pléiade de talents dont la maestria a ravi les Parisiens venus nombreux, au Bal Blomet, le 25 mai 2018. Cette proposition musicale ambitieuse et utile fera-t-elle vibrer les capitales africaines en 2019 ? Nous le souhaitons ardemment.

Noël est un temps de pause durant lequel la méditation s’impose. À la cathédrale de Coutances, le 12 mai 2018, le saxophoniste français Raphaël Imbert s’était autorisé à unir, dans un même élan, John Coltrane et Jean-Sébastien Bach : la liberté du jazz noir-américain et la rigueur classique européenne. Le résultat fut surprenant, déroutant, mais aussi captivant et passionnant... Un peu de spiritualité dans un monde agité… En d’autres mots, la délicatesse d’un saxophone intrépide face aux grandes orgues d’une imposante bâtisse où la foi l’emporte souvent sur les expérimentations sonores. Tout se joue sur l’audace finalement !

 

© Jean-Yves Le Meur
Raphaël Imbert à la cathédrale de Coutances en Normandie, le 12 mai 2018 durant le festival Jazz sous les Pommiers.

 

Quand l’illustre Rhoda Scott bouscule son orgue Hammond B3 pour faire valser ses plus fidèles admirateurs, elle démontre que s’affranchir de certains codes est une vertu. Son Lady Quartet l’a brillamment prouvé, le 18 octobre 2018, à Nancy où une autre messe devait se tenir deux jours plus tard. Le messager de la paix s’appelait alors Alpha Blondy. Son sermon embrassait toutes les cultures, toutes les bonnes âmes, toutes les sensibilités. Deux heures de communion intense et un appel répété au respect et à la tolérance.

L’équipe de "L’épopée" ne peut que souscrire à ces vœux d’unité et vous souhaite sincèrement un très joyeux Noël !

 

© Max Kawczynski/NJP 2018
Alpha Blondy, le 19 octobre 2018 à Nancy.