Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Soul Salvatrice

Jean-Patrick Bimeni n’a pas peur du vide. © Christian Rose

L’histoire du chanteur burundais Jean-Patrick Bimeni est poignante… Rescapé des atrocités ethniques entre Hutus et Tutsis en 1994, il trouve d’abord au Pays de Galles, puis en Angleterre, la force de rebondir et d’écrire un nouveau chapitre de son épopée. Il découvre la Soul Music (Otis Redding, Ray Charles, Marvin Gaye) et s’imagine sur scène narrant sa destinée comme le firent ses illustres aînés. L’album Free me est le fruit de cette introspection nécessaire. Il fera sa première apparition parisienne, le 3 février 2019, à la Maroquinerie. Nul doute que l’émotion sera vive et la chaleur du public réconfortante.

Parvenir à échapper à un destin douloureux est souvent un exploit tant il faut batailler pour exister pleinement et sereinement dans un monde cruel. Parfois, la chance sourit après des épreuves innommables. Jean-Patrick Bimeni a bien failli perdre la vie, il y a 25 ans. Malgré trois tentatives d’assassinat, il finit par obtenir le statut de réfugié et quitte sa terre africaine natale pour l’Europe où son aventure humaine, déjà très intense, lui réserve d’autres surprises. C’est à Cardiff qu’il peut enfin souffler et apprécier à sa juste valeur le privilège d’être libre. Certes, le choc culturel est vif, mais tellement secondaire à ses yeux. Cette nouvelle contrée pluvieuse et froide sera son havre de paix. Il peut enfin se comporter naturellement. Outre l’adaptation aux codes sociaux britanniques, son quotidien s’apaise et les loisirs deviennent essentiels.

En arpentant innocemment les rayons des disquaires locaux, Jean-Patrick Bimeni se laisse happer par la musique populaire afro-américaine. Le chant lui semble un bon vecteur d’expression pour soulager son âme meurtrie. Après quelques tentatives dans des clubs de Londres, dont une invitation à participer à un hommage à Otis Redding, il se prend au jeu et se verrait bien fouler les scènes du Royaume-Uni. Sa détermination grandit au point de susciter l’intérêt du label Tucxone Records. Cette compagnie de disques, déjà très investie dans l’univers de la Soul-Music, veut donner un avenir à Jean-Patrick Bimeni. En l’associant au groupe The Black Belts, les producteurs font le pari de révéler une voix et une histoire.

 

© Christian Rose
J.-P. Bimeni au micro de Joe Farmer.

 

L’album Free Me est, certes, le résultat d’un travail artistique de grande qualité, mais aussi une étape majeure dans le processus de guérison psychologique d’un homme hanté par des images terriblement violentes et déstabilisantes. Aujourd’hui, Jean-Patrick Bimeni veut rester positif et croire en sa bonne étoile. Il se dit que les tragédies d’autrefois ont, au moins, eu la vertu de le faire voyager, de lui permettre de voir le monde autrement et de mûrir rapidement. Retourner au Burundi n’est pas pour autant une utopie. Il sait qu’il retrouvera un jour les siens. Le temps fait son œuvre et joue pour lui.

Avant de le voir scintiller sur des scènes africaines, Jean-Patrick Bimeni annonce une tournée française en février dans le cadre des "Nuits de l’Alligator", un festival itinérant qui lui donnera l’occasion de se produire à La Rochelle, Bordeaux, Rouen, Paris, Nantes et Orleans. On trépigne d’impatience !

- Le site des Nuits de l'Alligator / J.P. Bimeni

- Le site de Tucxone Records : J.P. Bimeni : Free me

- Le site de Iseecolors : J.-P. Bimeni and The Black Belts

 

© Christian Rose
J.-P. Bimeni à RFI.