Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Créole Big Band

Tony Chasseur et Thierry Vaton en studio à RFI. © Christian Rose

On a souvent dit que le swing était l’apanage des grandes formations américaines des années 1930. Une fois de plus, le jazz se joue des assertions musicologiques puisque c’est un grand orchestre antillais qui revitalise aujourd’hui avec force et pertinence le rythme cadencé d’autrefois. La nouvelle production de MizikOpeyi initiée par le chanteur Tony Chasseur et le pianiste Thierry Vaton relit en Big Band le répertoire créole des Antilles, d’Haïti et de l’océan Indien. Le résultat est somptueux comme vous pourrez vous en rendre compte le 29 janvier 2019, au Café de la Danse à Paris.

Créé, il y a 13 ans, le collectif MizikOpeyi a déjà fait paraître quatre albums dont De racines et d’influences qui reçut, en 2009, le prix spécial du jury de la Sacem. Outre les 17 musiciens aguerris qui composent ce Créole Big Band, notons la présence d’invités de marque, et notamment, Alain Jean-Marie, Jacques Schwarz-Bart, Michel Alibo, Arnaud Dolmen, Franck Nicolas… En d’autres mots, la crème des musiciens caribéens actuels au service d’un projet flamboyant qui s’inspire judicieusement du groove néo-orléanais. Si cette initiative peut paraître audacieuse, elle est en fait naturelle puisque La Nouvelle-Orléans fut et reste la capitale des musiques africaines originelles.

 

© Christian Rose
Thierry Vaton et Tony Chasseur.

 

Les accents métisses de MizikOpeyi trouvent leur source dans l’histoire du peuple noir à travers les siècles. L’esclavage fut un drame humain incontestable, mais de cette terrible déportation transatlantique est née une culture hybride nourrie de traditions afro-européennes dont le fruit savoureux fut le jazz américain. Réussir aujourd’hui à se réapproprier ce langage mulâtre de manière pertinente et légitime est, somme toute, l’aboutissement heureux d’un long processus de partage et d’échange. Souvenons-nous du Créole Jazz Band de King Oliver avec le jeune Louis Armstrong en 1923. Depuis près d’un siècle, les rencontres entre musiciens d’horizons très divers redessinent les contours du paysage musical mondial.

Finalement, MizikOpeyi ne fait que perpétuer ce dialogue interculturel centenaire en lui donnant, cependant, une lecture plus malicieuse car l’intention n’est pas ici d’adapter les grands classiques du jazz d’antan, mais plutôt de se servir de l’héritage patrimonial ultramarin pour écrire un nouveau chapitre trépidant de "L’épopée des Musiques Noires". En dehors de Stardust, pièce maîtresse de la musique populaire américaine, créée en 1927 par Hoagy Carmichael, les œuvres choisies par Tony Chasseur et Thierry Vaton pour MizikOpeyi proviennent du terreau caribéen. Certains ronchons diront peut-être : Se pa jazz, comme le clame le premier titre de l’album Creole Big Band, mais qu’importe ! Seule la fougue de ce grand orchestre scintillant compte vraiment...
 

- Le site de Tony Chasseur/MizikOpeyi

- MizikOpeyi en concert au Café de la Danse

 

© Christian Rose
Thierry Vaton et Tony Chasseur à RFI.