Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

Du 30 juin au 21 juillet 2019 : Diffusions supplémentaires de L’épopée des Musiques Noires 

  • Le Dimanche à 10h10 (Temps Universel)
  • Le Lundi à 00h10 (Temps Universel)
En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Quand Miles Davis enregistrait "Kind of Blue"

© RFI/Joe Farmer

Il n’aura fallu que deux sessions d’enregistrement pour que Miles Davis réalise, à seulement 33 ans, un chef d’œuvre absolu. L’album Kind of Blue fut conçu les 2 mars et 22 avril 1959 aux studios Columbia à New York, et devint le best-seller de l’histoire du jazz. Entouré de John Coltrane, Julian Cannonball Adderley, Bill Evans, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, le fameux trompettiste fit entrer la langueur de son blues lyrique dans "L’épopée des Musiques Noires". C’était il y a exactement 60 ans !

Cette musique ensorcelante qui a suscité tant de commentaires, louanges, analyses, et fascination n’avait pourtant pas été ardemment répétée en amont. Seules quelques indications du maestro guidèrent les musiciens dans cet univers sonore si particulier. Pourquoi ce disque, Kind of Blue, est-il donc aujourd’hui devenu une pièce maîtresse ? Pour répondre à cette question, il faut remonter dans le temps. Depuis 1957, Miles Davis travaillait avec Gil Evans, un arrangeur et chef d’orchestre plutôt inspiré, qui l’accompagnera dans la réalisation de trois albums majeurs, Miles Ahead, Porgy & Bess et Sketches of Spain. Ces séances historiques propulseront le son de Miles dans une dimension mélodique somptueuse et inédite.

 

© RFI/Joe Farmer
Coffret CD/DVD - Miles Davis - Kind of Blue » (Sony Legacy).

 

À cette époque, le trompettiste veut élever son art. Il veut prouver que le jazz africain-américain a autant de valeur que le répertoire des grandes formations classiques européennes. Cette volonté farouche d’être respecté est sûrement née durant sa petite enfance. Comme le relève son biographe Quincy Troupe, Miles Dewey Davis Sr, le père de Miles, n’eut de cesse de préparer son fils à son statut d‘homme noir dans une Amérique raciste. Il lui répétait constamment : "Tu es noir, il va falloir te battre pour exister, personne ne le fera pour toi !". Ainsi, en proposant une musique toujours plus sophistiquée, Miles Davis semblait vouloir prendre une revanche sur le passé, sur ses frustrations de jeunesse, et plaçait la barre suffisamment haut pour défier ses éventuels détracteurs et concurrents.

Lorsqu’il entreprend l’enregistrement de Kind of Blue en 1959, il requiert donc les services d’un pianiste capable d’imprimer cette tonalité classique qui le distinguera de ses homologues jazzmen. Il fait appel à Bill Evans pour donner du relief à son œuvre. En quelques prises, la magie opère. L’humeur mélancolique du disque tout entier interroge alors les musicologues. Les oreilles savantes y perçoivent un mélange de blues et de jazz modal. Une première ! Soutenu par Teo Macero et Irving Townsend, deux producteurs attentifs, Miles Davis sait qu’il marquera les esprits et entend bien surprendre davantage. Ce désir insatiable d’étonner, de captiver, lui interdira d’ailleurs à jamais de regarder en arrière. Sa vie entière sera une course effrénée vers la nouveauté. Il accepta cependant une seule et unique fois de réinterpréter les compositions qu’il avait enregistrées dans les années 1950. À l’invitation de son ami Quincy Jones, Miles Davis (65 ans) se pencha à nouveau sur des partitions bien jaunies, le 8 juillet 1991, à Montreux en Suisse. Deux mois plus tard, il quittait ce monde…

Le site de Miles Davis

 

© DR
Pochette du DVD "Miles Davis with Quincy Jones & the Gil Evans Orchestra".

Facebook/Twitter édition