Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Gino Sitson teste sa chambre d’écho

Gino Sitson rayonne de bonheur à RFI. © Christian Rose

Le chanteur camerounais Gino Sitson n’est pas qu’un maître de l’art vocal, il est un ethnomusicologue averti qui, au fil de ses lumineux albums, s’amuse à tester ses propres limites et se confronte aux codes culturels de ses contemporains. Son dernier disque, Echo Chamber, est une proposition musicale pétrie de sonorités classiques européennes et de traditions ancestrales africaines. Soutenue, entre autres, par Manu Dibango au Marimba, cette musique de chambre enracinée dans l’âme noire nous émeut, nous enthousiasme, nous fascine.

Cela fait plus de 20 ans que Gino Sitson déploie avec grâce toute l’étendue de ses prouesses vocales. Sa dizaine d’albums atteste de son épopée en constante évolution. Hâtivement, nous pourrions le considérer jazzman, mais la diversité des couleurs sonores qui s’échappent de son esprit créatif nous indique que son art est pluriel. Homme de culture, Gino Sitson ne veut pas que sa voix ne suive qu’une voie. Les échanges harmoniques et polyrythmiques qu’il provoque valident sa quête d’universel. Pour autant, il ne renie absolument pas ses origines Bamiléké. Il se sert de cette identité forte pour inscrire sa musicalité dans le terreau africain, sans œillères, ni revendication ostentatoire. Il est un être humain né au Cameroun. Cette vérité simple lui donne le loisir de tordre le cou aux idées reçues. Sa tessiture élastique lui ouvre le "chant" des possibles.

 

© Christian Rose
Gino Sitson au micro de Joe Farmer.

 

C’est la raison pour laquelle Gino Sitson s’autorise à convier en studio des instrumentistes appliqués qui le suivent avec enthousiasme et concentration dans des acrobaties parfois périlleuses. Il veut que sa musique soit la chambre d’écho de toutes ses audaces. Ainsi, les élégantes circonvolutions d’un violoncelle côtoient la cadence guadeloupéenne du bouladjel. Gino Sitson cherche et s’amuse. Il pousse ses partenaires à se dépasser, quitte à défier la bienséance de l’interprétation dite académique. Le résultat est souvent surprenant, parfois déroutant mais toujours captivant. Echo Chamber est donc un album palpitant qui se joue des contraintes stylistiques. Comme ses illustres aînés, Jon Hendricks ou Bobby McFerrin, Gino Sitson malaxe le son sans jamais en trahir la source. La tradition ne l’a pas emprisonné dans une relecture trop respectueuse du patrimoine. Il connaît suffisamment l’histoire des musiques populaires afro-planétaires pour tricoter et détricoter les répertoires ancestraux.

Déjà sur Voistrings, en 2014, Gino Sitson accentuait les contrastes en mariant sa voix au classicisme des instruments à cordes. Le nouvel album, Echo Chamber, serait-il la suite de cette incartade malicieuse ? Nous en aurons sûrement la réponse, in vivo, le 10 avril 2019, au Studio de l’Ermitage à Paris.

Le site de Gino Sitson

 

© Christian Rose
Gino Sitson à RFI.

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