Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

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M’Toro Chamou, vent debout !

M'Toro Chamou au micro de Joe Farmer. © Christian Rose

Ce n’est que lors de la parution de son 5e album, Punk Islands, en 2016, que le guitariste mahorais, M’Toro Chamou, parvint à susciter la curiosité des critiques spécialisés. Depuis, la musicalité afro-m’godro-rock de cet artiste exigeant s’est encore affinée et son dernier album Sika Mila est une bonne introduction à un univers sonore encore peu connu du grand public. Les cultures et traditions de Mayotte, pourtant 101e département français, restent à découvrir. Cette épopée-là mérite donc toute notre attention !

M’Toro Chamou est un multi-instrumentiste inspiré, dont le propos n’est pas seulement de rendre justice à une terre qui lui est chère. Il tient à rappeler, parfois avec véhémence, que la source de son identité est africaine. Entre le Mozambique et Madagascar, l’archipel des Comores s’est nourri d’influences très diverses. Les peuples bantous et swahilis furent les premiers à fouler ces îles, bien avant que les Portugais, les Malgaches et les Français ne s’y installent ou les administrent. Cette réalité-là est cruciale pour un personnage engagé comme M’Toro Chamou. Minimiser l’essence africaine de Mayotte, c’est se couper de ses racines profondes, semble-t-il dire à travers son répertoire.

Sika Mila signifie "protéger sa culture". M’Toro Chamou revendique son appartenance à ce territoire insulaire malmené par l’histoire coloniale. Il mâtine donc sa tonalité mahoraise, de blues, de rock, de reggae, pour que son discours parvienne plus facilement aux oreilles d’Européens ou d’Américains sourds aux valeurs culturelles de contrées lointaines. Il faut donc sacrément mettre du cœur à l’ouvrage pour marteler sa différence et son originalité. Depuis 20 ans, M’Toro Chamou enfonce le clou et affirme ses convictions. De Kaza N’goma à Sika Mila, six albums ont paru et, chaque fois, la tentation d’une "voix" indépendante transpire dans ses œuvres.

 

© Ronan Lechat
M'Toro Chamou.

 

Les Comores ont longtemps hésité entre l’autodétermination et l’acceptation d’une gouvernance européenne. Ce tiraillement a divisé les habitants et créé des tensions récurrentes. Quelle réponse doit-on apporter à une crise géopolitique si singulière ? L’apaisement viendra peut-être de la poésie mélodieuse d’un musicien attaché aux traditions ancestrales, dont l’ouverture d’esprit et la clairvoyance donneront les clés d’une résolution pacifique et égalitaire. M’Toro Chamou sera-t-il cet émissaire sage et bienveillant, convaincu de son pouvoir de persuasion artistique ? Nous aimons le penser quand l’écoute de ses compositions nous donne espoir, alerte nos consciences et indique une voie.

Ce chemin, emprunté vaillamment en 1998 par M’Toro Chamou, le mènera le 3 mai 2019 au New Morning à Paris. Soyons donc attentifs aux mots et aux notes de cet homme vent debout !

→ Site internet de M’Toro Chamou

 

 

© Christian Rose
M'Toro Chamou à RFI.