Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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L’intrépide Mino Cinelu

Mino Cinelu avant son concert à Marseille, le 17 juillet 2019. © RFI/Joe Farmer

Le percussionniste Mino Cinelu est un aventurier… Propulsé dans le feu des projecteurs grâce à son jeu inventif au sein du groupe de Miles Davis au début des années 1980, il est depuis toujours un instrumentiste audacieux qui se délecte de la nouveauté. Prendre des risques ne l’effraie pas tant que la musique proposée est à la hauteur de ses exigences. Cet été, ce fascinant rythmicien s’est mis au service de plusieurs projets palpitants. En duo, trio ou quartet, il s’est amusé à donner du relief aux compositions de ses hôtes. Le 17 juillet 2019, en ouverture du 20e Marseille Jazz des 5 Continents, il livrait une prestation réjouissante avec le trompettiste norvégien, Nils Petter Molvaer. Nos micros ont capté ce moment de grâce…

Pour beaucoup d’amateurs de jazz, l’épopée de Mino Cinelu débute en 1981 lors de la parution de l’album We Want Miles du regretté trompettiste américain Miles Davis. Certes, cet enregistrement public représente une étape majeure dans le développement artistique de Mino Cinelu, mais il serait peu courtois de réduire son cheminement à ce disque devenu, concédons-le, légendaire. Au cœur des années 1970, à Paris, notre sautillant percussionniste, batteur, guitariste, et parfois vocaliste, participait déjà à d’autres expériences enrichissantes et périlleuses. Il fut l’un des artisans de la fusion des genres que l’on appelait communément "Jazz-Rock", faute de meilleure définition. Somme toute, l’intention était d’imaginer une musicalité nouvelle nourrie de mille et une sources sonores. Les racines caribéennes de Mino Cinelu eurent, à ce titre, une importance non négligeable car elles imprimaient une cadence et une tonalité singulières aux productions de l’époque. Le groupe Chute Libre en fut d’ailleurs l’un des premiers bénéficiaires.

 

© Valentine Kieffer/Marseille Jazz
Mino Cinelu en concert à Marseille, le 17 juillet 2019.

 

Ainsi, Mino Cinelu n’a eu de cesse de redessiner les contours du convenu. Incapable de se contenter de la norme, il a toujours cherché à se dépasser et à se remettre en question. Si Miles Davis lui avait fortement conseillé de se concentrer sur sa propre identité, il n’a visiblement pas attendu les indications de son illustre aîné pour user de son immense créativité. Depuis 40 ans, il s’amuse à se surprendre en inventant des concepts échappés de son esprit fertile et sincère. Comme il aime le répéter : « Pendant une interprétation, une série de loupés, c’est déjà un arrangement ! ». Belle pirouette de langage qui traduit cependant parfaitement le défi de cet acrobate du son qui se joue perpétuellement des obstacles. Son âme d’enfant le protège des limites imposées par une industrie du disque trop rigide. C’est la raison pour laquelle Mino Cinelu prend son temps pour réaliser ses propres productions. Son dernier album, sous son nom, remonte à 2006 ! Mais qu’importe… Depuis 13 ans, il n’a cessé de confronter ses idées à celles de ses contemporains et homologues musiciens. Ici avec Marcus Miller ou Kate Bush, là avec Al Di Meola ou Pat Metheny.

Mino Cinelu se met au service de ses partenaires, instille sa texture sonore, creuse son sillon et marque les esprits. Comment ne pas l’applaudir à l’Unesco en 2015, lors de la journée internationale du jazz ? Il magnifiait alors délicatement les performances de ses colistiers (Dee Dee Bridgewater, Al Jarreau, Femi Kuti, Annie Lennox, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Hugh Masekela, Dianne Reeves, Kellylee Evans, etc.). À Marseille, le 17 juillet 2019, il faisait une nouvelle proposition musicale, un intrépide duo avec son ami et trompettiste-défricheur Nils Petter Molvær. L’enjeu était de taille et plutôt culotté, mais le concert fut ensorcelant et le public conquis. Preuve que rester dans une zone de confort n’est peut-être pas très productif. Mino Cinelu l’a compris depuis bien longtemps, et son sourire sur la scène du Marseille Jazz des Cinq Continents trahissait clairement sa jubilation.

Le site de Mino Cinelu

Le site du Marseille Jazz des Cinq Continents

 

 

© Valentine Kieffer/Marseille Jazz
Mino Cinelu en ouverture du 20ème Marseille Jazz des 5 Continents.