Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Commémoration 2019 : les 50 ans de Woodstock

Richie Havens, le 15 août 1969, en ouverture du festival de Woodstock. © Archive Photos/Getty Images

Du 11 août au 1er septembre, L'épopée des musiques noires propose une série d'émissions consacrée aux grandes commémorations de 2019.

Du 15 au 18 août 1969, le festival de Woodstock devenait le symbole d’une génération de jeunes effrontés bien décidés à contester les choix d’une société adulte embourbée dans la guerre, le racisme et un conservatisme dépassé. Les volutes multicolores épousaient alors les slogans naïfs, mais tellement sincères de 500 000 hippies réunis pour une paix réelle et un amour universel. Des chants, de la pluie, de la boue, des excès, des notes électriques rythmèrent ce moment unique de communion musicale. Le barde Richie Havens lança cette manifestation œcuménique en fredonnant frénétiquement Freedom et Jimi Hendrix, 72 heures plus tard, atomisa les derniers insatiables spectateurs sur les riffs incandescents d’un hymne américain torturé. Retour sur une parenthèse historique enchantée.

Il y a 50 ans, Max Yasgur, riche agriculteur américain, acceptait de louer ses terres à quatre jeunes entrepreneurs, passionnés de musique, pour la tenue d’un festival qui devait durer trois jours mais qui, en raison de l’affluence massive et de la désorganisation progressive, s’acheva à l’aube du 4ème jour. Cet événement historique a marqué, à jamais, les années 1960. 33 groupes ou artistes viendront électriser une foule de jeunes insoumis venus clamer, haut et fort, leur désir de justice dans une Amérique aveugle et sourde à leurs aspirations. Ils devaient être 250 000 à taper du pied, chanter, s’adonner à toutes sortes de "loisirs", ils seront finalement le double. Cette marée humaine transforma cette grand-messe pop-rock en un rassemblement débridé, rythmé par des prestations devenues légendaires et des appels au calme et à la retenue pour que l’esprit de liberté absolue accompagne cette célébration musicale inédite.

Avant que le festival de Woodstock ne devienne un joyeux "n’importe quoi" assez mal maîtrisé, il y eut donc l’intention citoyenne d’une jeune équipe ambitieuse emmenée par le producteur Michael Lang qui cherchait alors des fonds pour créer son propre studio et se disait, avec son ami Artie Kornfeld du label Capitol Records, qu’une petite annonce dans le Wall Street Journal et le New York Times pourrait susciter la curiosité. Avec l’aide de John Roberts et Joel Rosenman, ils imaginent finalement une manifestation publique durant laquelle les grandes figures en vogue viendraient délivrer un message de générosité. Le 15 août 1969, c’est un ménestrel folk du nom de Richie Havens qui inaugure, seul à la guitare, ce rendez-vous improbable de la jeunesse américaine. Sa version de Freedom inspirée du classique gospel Sometimes I feel like a motherless child fera sa renommée.

© MCA/UNIVERSAL/EXPÉRIENCE HENDRIX
Jimi Hendrix, le 18 août 1969, à Woodstock.

Quand Richie Havens quitta la scène, 30 autres artistes se préparaient à entrer dans la danse. Certaines performances furent époustouflantes, Carlos Santana, Joe Cocker, Janis Joplin, Sly & the Family Stone ou… Jimi Hendrix. Au petit matin du 18 août 1969, alors que la torpeur des derniers 30 000 irréductibles fans semble annoncer la fin des festivités, le fameux guitariste fait subitement hurler ses notes virtuoses dans un cri de colère contre la guerre du Vietnam. Il détourne l’hymne américain qu’il noie dans un océan de saturation mélodique. Jimi Hendrix défie l’Amérique. Ce dernier acte du festival de Woodstock sera le plus cinglant ! Il créa une onde de choc sociale, politique et culturelle impressionnante aux États-Unis. À tel point que, trois ans plus tard, le label Stax inventa le "Woodstock Noir" à Los Angeles. Ce sera "Wattstax", le festival de la communauté noire qui accueillera, entre autres, les Staples Singers, Albert King, Eddie Floyd, Carla et Rufus Thomas, Kim Weston, et le "Moïse Noir", Isaac Hayes… Le "Wattstax" de 1972 aura les mêmes vertus que le "Woodstock" de 1969. Il appellera à une égalité de droits entre tous les Américains et réunira, tout de même, 112 000 spectateurs mais, reconnaissons-le, le festival de Woodstock eut un impact initial majeur sur les consciences et continue de porter ses fruits aujourd’hui.

- À lire : "Woodstock, Three days of Peace and Music" par Michka Assayas (GM Éditions)
- À voir et écouter : "Woodstock 50, Back to the Garden" (Rhino Records)

→ Le site de Woodstock

© GM Éditions
Le livre de Michka Assayas paru chez GM Éditions.