Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Commémoration 2019: il y a 20 ans, Curtis Mayfield nous quittait

Curtis Mayfield. © Norman Seeff/Rhino Records

Du 11 août au 1er septembre, L'épopée des musiques noires propose une série d'émissions consacrée aux grandes commémorations de 2019.

Disparu le 26 décembre 1999, le chanteur, auteur, compositeur afro-américain, Curtis Mayfield, a été un poète de la contestation. Comme Terry Callier ou Gil Scott-Heron, il a nourri son inspiration d’un quotidien bousculé par un système social inégalitaire. Ses mots et ses notes sont la bande son d'une époque douloureuse qui imposait aux Noirs de se défendre. Si le titre Move on up résiste à l'érosion du temps, l'ensemble de son patrimoine sonore reste, toujours aujourd’hui, mésestimé ou mal connu du grand public. Pourtant, des mélodies comme We’re a Winner ou Keep on Pushing conservent cet écho protestataire tellement d’actualité.

Né à Chicago en 1942, Curtis Mayfield est, comme de nombreux Afro-Américains, un enfant de l'église, il développe d'ailleurs son talent de vocaliste au sein d'une chorale, les Northern Jubilee Gospel Singers. En 1956, il rencontre Jerry Butler et participe à la création des Roosters qui deviendront bientôt les fameux Impressions. Ce groupe légendaire, durant les années 1960, accompagnera le mouvement des droits civiques en interprétant des airs frondeurs à une époque où défier l'ordre établi était une vraie prise de risque. Lorsque Jerry Butler choisit en 1960 de quitter cette formation, pourtant promise à un grand avenir, il laisse subitement un espace de créativité conséquent à ses anciens camarades. Curtis Mayfield ne manquera de faire jaillir son inspiration débordante en façonnant un répertoire citoyen pétri de poésie militante. Témoin des soubresauts de la société américaine de l’époque, il veut en devenir l'un des acteurs et exprimer son désir de justice. Au fil des mois, il écrit des chansons suffisamment explicites pour susciter l'intérêt et l'engouement du public. People Get Ready ou Choice of Colors seront des hymnes pour la communauté noire d’alors.

© Rhino Records
Coffret commémoratif réunissant les 4 premiers albums solo de Curtis Mayfield.

Après 10 ans d’activisme mélodieux à la tête des Impressions, Curtis Mayfield souhaite poursuivre, seul, son périple musical. En 1970, il prend le risque de se lancer dans une carrière solo qui sera finalement couronnée de succès. Son premier album sobrement intitulé Curtis est une réussite. Si le titre phare, Move on up, a un peu éclipsé les autres compositions, ce disque reste aujourd’hui un classique de "L'Épopée des Musiques Noires". Progressivement, les mots de Curtis Mayfield seront écoutés, étudiés, appréciés à leur juste valeur. La verve contestataire de Curtis Mayfield épousera les fractures sociales et générationnelles. Lorsqu'en 1972, il compose la bande originale du film Superfly, son regard critique réaffirme son statut d’artiste insoumis. Tout au long des années 1970, il veillera à conserver cette humeur poétique intransigeante longtemps saluée par ses admirateurs. La sève de son écriture rebelle ne se tarira jamais. Jusqu’à son ultime production, New World Order en 1996, sa vigilance restera intacte, même après le dramatique accident dont il fut victime le 13 août 1990. Ce jour-là, à Flatbush (Brooklyn), alors qu’il répète sur scène le programme de son concert du soir, un projecteur mal accroché chute et le percute violemment. Curtis Mayfield restera paralysé jusqu’à la fin de ses jours. Il décède le 26 décembre 1999, après 9 ans de calvaire.

Sébastian Danchin, auteur et historien, eut le privilège de côtoyer Curtis Mayfield dans les années 1970 et nous conte l’épopée d’un érudit, d’un sage rebelle, d'un pilier de la culture africaine-américaine.

Le site de Curtis Mayfield

© Christian Rose
Sebastian Danchin découvre le coffret hommage à Curtis Mayfield en studio à RFI.