Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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La foi indéfectible de Robert Randolph

Robert Randolph teste sa nouvelle guitare. © Christian Rose

En ces temps troublés, le premier réflexe est de s’apitoyer et de s’inquiéter. Le guitariste afro-américain Robert Randolph ne veut pas se laisser aller à l’amertume et au renoncement. Il croit en un avenir meilleur et martèle que les hommes et femmes de bonne volonté parviendront toujours à contrer les assauts de l’obscurantisme. Brigher Days, son nouvel album, n’est pas seulement la confirmation d’un sens inné de la mélodie soul-gospel, c’est l’affirmation d’un discours positif qu’il délivre et défend depuis sa plus tendre enfance lorsqu’il jouait de la Lap Steel Guitar dans l’église de sa communauté à Orange, dans le New Jersey.

Croire en un monde où l’égalité et la justice règneraient est, pour les plus pessimistes, un vœu pieu. Pourtant, des voix s’élèvent pour conjurer le sort et garder la foi malgré nos turpitudes quotidiennes. Quand il est en studio, souvent en famille, Robert Randolph cherche la ferveur des chœurs gospel de son enfance pour se nourrir de cette spiritualité musicale jouissive et transmettre une parole bienveillante. Cependant, contrairement à ses aînés, il ne s’arc-boute pas sur des principes religieux qui interdiraient à un homme d’Église d’écouter du Blues, la "musique du diable", disait-on jadis. Pour lui, le sacré et le profane ne font qu’un et peuvent se croiser de temps à autre dans notre vie. Après tout, Aretha Franklin, elle-même, chantait le blues sans, pour autant, insuffler le désespoir. Elle partageait finalement cette langueur de la communauté noire au cœur des années 1960.

 

© Christian Rose
Robert Randolph fait une pause avant de reprendre les répétitions.

 

Depuis cette époque bouillonnante durant laquelle les grands orateurs appelaient à un sursaut citoyen, l’eau a coulé sous les ponts et le 21e siècle nous interroge. Quelle direction allons-nous suivre ? Quels choix allons-nous faire ? Quelles actions pouvons-nous entreprendre ? Robert Randolph se posait toutes ces questions en enregistrant Brighter Days. Cet homme de convictions recherche la paix et l’unité et, même durant une causerie radiophonique, il prêche en se disant que, derrière le poste, quelques ouailles égarées entendront peut-être son sermon. Les cantiques ou spirituals sont l’un des fondements de la culture afro-américaine. Robert Randolph revendique cette part de son histoire patrimoniale. Il reste toutefois à l’écoute de ses contemporains et s’étonne lui-même de ses enthousiasmes musicaux quand, à la sortie d’une séance de cinéma, il se prend soudainement d’affection pour le groupe Queen à mille lieues de ses racines et de ses préoccupations artistiques.

S’il ne jure aujourd’hui que par cette légendaire formation rock britannique dont le film Bohemian Rhapsody lui a révélé la majesté, Robert Randolph reste les pieds sur terre et sait qu’il n’atteindra jamais ce niveau d’excellence ni cette popularité. Il préfère donc se concentrer sur son épopée et ses rêves. Le prochain est à portée de vue, puisqu’il découvrira le continent africain en décembre 2019 lors d’un voyage initiatique qui l’emmènera au Ghana et au Kenya. Ce sera sûrement le début d’un nouveau chapitre dans sa quête d’un bonheur absolu, car Robert Randolph n’en démord pas, il croit en des jours meilleurs, des "Brighter Days", que nous pouvons collectivement inventer et concrétiser. Qu’il soit entendu !

Site internet de Robert Randolph

 

© Christian Rose
Robert Randolph dans son univers guitaristique.

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