Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Insatiable Ron Carter

Ron Carter en concert à Sète, le 20 juillet 2019. © Pierre Nocca/Jazz à Sète 2019

Pour beaucoup, Ron Carter reste l’ancien partenaire du regretté Miles Davis au cœur des années 1960. Un épisode marquant peut malheureusement masquer une vie toute entière dédiée, en l’occurrence, à l’art du jazz et des musiques connexes. Il faudra perpétuellement rappeler combien ce génial contrebassiste a apporté à L’épopée des musiques noires. À 82 ans, Ron Carter continue d’enregistrer (il a atteint le nombre record de 2 500 sessions de studio en l’espace de 6 décennies), de donner des concerts aux 4 coins de la planète, de se raconter en musique et, parfois, devant un micro. Le 20 juillet 2019, il donnait une nouvelle leçon d’excellence à Sète (sud de la France) et nous accordait une rare entrevue.

Chaque fois que Ron Carter se produit en public, l’impression d’assister à un évènement nous étreint. Rares sont les artistes de cette stature à poursuivre inlassablement une aventure musicale aussi riche et prestigieuse. Converser avec ce maestro impose instantanément le respect tant sa destinée fut palpitante et son discours pertinent. Personnage affable, il peut cependant se montrer exigeant et tatillon, lors d’un échange radiophonique. Il répond avec courtoisie et un sourire malicieux à toutes les questions, mais sait également indiquer à son interlocuteur, avec la grâce de l’instrumentiste aguerri, les limites de la confidence. 60 ans d’une vie trépidante à travers la planète lui ont appris la réserve et la retenue.

Lorsque le festival "Jazz à Sète" l’invita au Théâtre de la mer en guise de bouquet final de la 24e édition, Ron Carter semblait heureux de présenter son "Foursight Quartet", mais avait aussi le désir ardent de promouvoir ses dernières productions. Toujours prompt à tenter des expériences, il venait de faire paraître un album en duo avec le poète et activiste Danny Simmons. Ce disque audacieux, The Brown Beatnik Tomes, est la rencontre de deux esprits vifs. Le premier déclame des textes ciselés, le second épouse à la contrebasse la musicalité des mots. Cette complicité n’est pas feinte et trahit un vécu pétri de revers et de gloire. Ron Carter avait une vingtaine d’années lorsque la fronde des beatniks défiait la société américaine en pleine mutation. Bien qu’il ne prit pas part à ce mouvement juvénile annonciateur d’autres révolutions, il en comprit l’intention.

 

© Pierre Nocca/Jazz à Sète 2019
La complicité musicale de Ron Carter avec son pianiste, Donald Vega, le 20 juillet 2019 au Théâtre de la mer à Sète.

 

À cette époque, son combat était plus personnel. Il voulait être violoncelliste classique, mais la couleur de sa peau fut son premier obstacle. Il se plaît aujourd’hui à jouer des œuvres de Jean-Sébastien Bach comme une revanche sur un passé chahuté. Il s’étonne d’ailleurs que l’on définisse un artiste par ses racines communautaires. Ron Carter a démontré tout au long de sa carrière que la maîtrise d’un instrument et l’exercice de l’interprétation dépassent les codes culturels. Aux côtés de Thelonious Monk ou de Tribe Called Quest, l’implication doit être la même. Ce fut son credo depuis 1959 et ses très nombreuses collaborations attestent de son indéfectible engagement. Capable de seconder avec la même aisance Gil Scott Heron, Aretha Franklin, George Benson, B.B King ou Herbie Hancock, Ron Carter ne se repose pas sur un savoir-faire longuement éprouvé. Il se remet constamment en question et documente chacun de ses travaux en éditant régulièrement des albums de grande qualité.

Le 11 octobre 2019, paraîtra son centième album sous son nom ! Une captation du concert de Stockholm de novembre 2018. La passion ne tarira décidément jamais l’élan créatif de cet insatiable virtuose.

Le site de Ron Carter

© Blue Note Records / In & Out Records
Les deux dernières parutions discographiques de Ron Carter.

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