Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Abdou Mboup, au rythme de la vie

Abdou Mboup. © Christian Rose

Abdou Mboup a longtemps servi les œuvres de ses contemporains. Sur scène ou en studio, il a accompagné Johnny Clegg, Harry Belafonte, Nina Simone, Claude Nougaro ou Manu Dibango. Installé aux États-Unis depuis plus de 20 ans, il a également développé sa propre épopée en créant le groupe Waakaw dont les albums ont nourri sa notoriété de percussionniste, batteur, maître de la kora, chef d’orchestre et compositeur. Le dernier en date s’intitule African Lullaby.

Né à Kebemer au Sénégal, Abdou Mboup s’est très tôt entiché des percussions traditionnelles au point de devenir l’une des grandes figures du Mbalax qu’il popularisera au cœur des années 1970. C’est au sein du groupe Xalam que le jeune Abdourahmane trouve un premier espace d’expression. Son talent inné accroît sa notoriété et le parrainage du trompettiste sud-africain Hugh Masekela lui donne immensément confiance. Il se produit alors en Afrique et en Europe. C’est à Paris que son épopée s’accélère. Il sent instantanément que la capitale française est un vivier vivace et finit par s’y installer. Là, il se fait de nouveaux amis, croise la route de musiciens locaux et se plaît dans cet environnement culturel très riche.

À cette époque, les artistes africains ont le vent en poupe. Les Salif Keïta, Touré Kunda, Mory Kanté, Angélique Kidjo, Baaba Maal, Youssou N’Dour illuminent le paysage musical européen. Le festival Africa Fête à Paris œuvre d’ailleurs vaillamment pour donner de l’éclat à toutes ces voix en devenir. De son côté, Abdou Mboup fait la connaissance de Jon Hassell, un trompettiste américain, inventif et curieux, dont l’audace le séduit rapidement. Leur rencontre sera déterminante. Abdou Mboup enregistre et voyage à ses côtés. Il participe notamment au fameux festival Womad créé en Angleterre par le chanteur Peter Gabriel. De retour à Paris, il se lie d’amitié avec Eddy Louiss, monument de l’orgue Hammond B3, qui lui propose de le suivre en tournée. Les deux virtuoses passeront finalement 10 ans ensemble et leur intense collaboration sera l’un des moments forts de la carrière d’Abdou Mboup.

 

© Christian Rose
Abdou Mboup à Paris en juillet 2019.

 

La vie trépidante du musicien aguerri qu’il est devenu lui ouvre le champ des possibles. Il participe aux premiers élans créatifs du groupe Sixun, répond aux sollicitations de Randy Weston, Pharoah Sanders, Didier Lockwood, Michel Petrucciani… Abdou Mboup est sur tous les fronts au tournant des années 1990. C’est un violoniste français, installé aux États-Unis, qui lui offrira l’exposition médiatique à laquelle il aspire. Jean-Luc Ponty recherche alors des musiciens africains pour développer un projet afro-jazz très original. Ce sera l’album  Tchokola. Nous sommes en 1991 et Abdou Mboup vit un rêve. Il compose pour un instrumentiste de renommée internationale et partage le studio avec ses amis Brice Wassy, Guy N’Sangué, Yves N’Dock, Mustapha Cissé… Ce sera l’une des étapes majeures de son aventure sonore.

En 1995, Abdou Mboup part vivre aux États-Unis où il pressent les opportunités. Son flair lui portera chance. Il croise la route des plus grands et commence à enseigner l’art de la polyrythmie à New York. Il fonde également son propre orchestre, "Waakaw", qu’il défend sur les scènes du monde entier. Le dernier volet de cette histoire discographique palpitante s’intitule African Lullaby. Tel un papillon, Abdou Mboup virevolte de continent en continent avec le secret espoir de retrouver la ferveur parisienne d’antan. Il envisage d’ailleurs de revenir vivre en France où, pense-t-il, l’écoute est plus attentive. Gageons que sa sensibilité cadencée attisera la curiosité de quelques agents et promoteurs inspirés…

Le site d'Abdou Mboup

 

© Christian Rose
Abdou Mboup de passage à RFI.

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