Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Joyeux centenaire, Art Blakey !

Art Blakey au New Morning à Paris, en 1983. © John van Hasselt/Sygma via Getty Images

Il fut l’un des batteurs éminents du XXème siècle. Art Blakey naquit le 11 octobre 1919 à Pittsburgh aux États-Unis. Tout au long de sa carrière, il œuvra pour imposer un rythme, une direction, un genre qui firent sa renommée. À la tête des "Jazz Messengers", véritable institution pendant plus de 40 ans, il révéla nombre de solistes devenus célèbres. Horace Silver, Lou Donaldson, Donald Byrd, Johnny Griffin, Lee Morgan, Benny Golson, Wayne Shorter, Wynton Marsalis, Terence Blanchard, ils ont tous fait leurs premières armes sous l’œil exigeant et bienveillant d‘Art Blakey. Retour sur une épopée majestueusement swing !

Il y a un peu plus de 60 ans, le 21 décembre 1958, le public parisien découvrait la force expressive des Jazz Messengers, une formation américaine emmenée par le batteur Art Blakey dont on célèbre cette année le centenaire. Formidable instrumentiste, imposant chef d’orchestre, il fut l’un des rares jazzmen à maintenir pendant des décennies la cohésion d’un groupe. Profondément généreux, il s’entourait souvent de jeunes virtuoses qui allaient bientôt devenir des leaders à leur tour. En ce 21 décembre 1958, le club Saint-Germain à Paris accueille donc un quintet de jeunes loups totalement inconnus en France, mais dont le talent allait subjuguer les amateurs de jazz.

Chacun des "Jazz Messengers" ne peut que reconnaître l’impact d’Art Blakey sur sa propre destinée. Le pianiste Cedar Walton, disparu en 2013, fut l’un des partenaires de légendaire batteur au tout début des années 60. Il était un jeune virtuose en devenir. Il n’avait pas 30 ans et, des décennies plus tard, continuait pourtant de saluer la grandeur d’âme de son mentor : "Le simple fait de l’observer était un enseignement. Je le regardais évoluer sur scène et en dehors de scène. Il insistait pour que nous soyons des compositeurs. Il savait que ce n’était pas toujours possible dans d’autres orchestres. Avec lui, c’était différent. J’écrivais les titres pour le répertoire du groupe et, dès que j’avais rempli une partition, Art Blakey me proposait de la tester sur scène ou en studio. Cette attitude a porté ses fruits et nous pouvons jouir aujourd’hui de ce patrimoine alors que notre leader n’est plus là. Nous sommes les enfants d’Art Blakey en quelque sorte".

© Jordi Vidal/Redferns
Art Blakey en concert avec les Jazz Messengers, le 13 novembre 1988, à Barcelone (Espagne).

Art Blakey a aussi influencé nombre de musiciens qui ne furent pas des "Jazz Messengers". Le percussionniste Ray Barretto aurait sûrement adoré faire partie de cette épopée-là tant il admirait son homologue jazzman mais, en dehors de quelques rares concerts et séances de studio, il ne fut jamais officiellement un membre du groupe. Il consacra cependant un disque entier à son héros intitulé Homage to Art. Ce fut l’un des derniers albums de Ray Barretto et, peut-être, l’un des plus réussis. Le célèbre percussionniste nous quitta trois ans après cette révérence appuyée à l’un de ses maîtres rythmiciens.

Plus récemment, c’est un autre batteur qui eut la bonne idée d’honorer Art Blakey. Tony Allen est nigérian, créateur de l’afrobeat aux côtés de Fela Kuti et, dans les années 60, il s’inspirait déjà du jazz des grands frères d’Amérique. S’il ne s’est jamais considéré jazzman, il reconnaît volontiers s’être laissé happer par la fougue cadencée des grands batteurs de l’ère swing. Avant même d’avoir fait paraître son disque en hommage à Art Blakey en 2017, il donnait des concerts à travers le monde durant lesquels il s’autorisait des clins d’œil à ce géant du jazz américain. "J’ai découvert à Art Blakey juste après avoir écouté un autre batteur de jazz nommé Gene Krupa qui était l’un des pionniers de l’histoire du jazz. J’ai longtemps pensé que Gene Krupa était le meilleur mais lorsque j’ai découvert Art Blakey, j’ai préféré son style parce que son jazz était plus enraciné dans l’âme noire. J’entendais son africanité dans son jeu. Et cela me parlait instantanément. Il avait une technique très particulière et très différente de ses contemporains. Beaucoup de batteurs savent jouer le jazz mais lui avait quelque chose de plus qui me fascinait. Il essayait d’assimiler les rythmes africains et je suis convaincu qu’il s’en est servi dans l’univers du jazz. Art Blakey a vécu au Ghana et au Nigeria pendant deux ans. Il a côtoyé les populations locales pour étudier les rythmes de ces différentes régions du monde. Quand il est rentré aux États-Unis, il nous a renvoyé notre propre image, notre propre son, ce qui fut une très bonne chose. Je n’aurais peut-être pas évolué aussi vite dans mon apprentissage de la musique s’il n’avait pas rendu à l’Afrique sa valeur culturelle".

© Paul Bergen/Redferns/Getty images
Art Blakey, le 13 juillet 1990, à La Haye (Pays-Bas).

Né le 11 octobre 1919 à Pittsburgh, disparu 71 ans plus tard à New York, Art Blakey aurait eu 100 ans cette année. L’industrie du disque réédite quelques-uns de ses plus fameux albums parus chez Blue Note et une tournée internationale de ses anciens partenaires sillonne actuellement les villes du monde. Vous pourrez, par exemple, voir les "Jazz Messengers", le 25 octobre 2019, au festival "Jazz en Tête" à Clermont-Ferrand, dans le centre de la France, ou encore le 23 novembre à Londres en Angleterre. Et si vous êtes loin de ces salles de spectacles, vous pouvez aussi vous offrir l’album du batteur Ralph Peterson intitulé Legacy Alive (Onyx Productions).

Le site d'Art Blakey

© Howard Denner/Photoshot/Getty Images
Art Blakey et les Jazz Messengers, au New Morning Club de Genève (Suisse), en mars 1981.

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