Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Madison McFerrin sur la bonne "voix"

Madison McFerrin au Théâtre de la Manufacture de Nancy. © Vincent Zobler/NJP 2019

Certes, la fille du célèbre Bobby McFerrin va devoir composer avec une aura paternelle plutôt imposante, mais la jeune femme entend bien se distinguer sans avoir à se justifier. Le 16 octobre 2019, c’est seule, devant un micro, que la demoiselle se présenta au public des 46èmes Nancy Jazz Pulsations.

En échantillonnant sa propre voix, Madison McFerrin transforme ses harmonies à loisir laissant souvent les spectateurs ébahis par tant d’audace. Sa vaillante première prestation, au Théâtre de la Manufacture de Nancy, a suscité la curiosité, l’intérêt, et des applaudissements nourris. Au-delà de ses talents d’interprète, Miss McFerrin est aussi une artiste engagée qui n’hésite pas à dénoncer les dérives autoritaires de son pays natal. Face aux enjeux géopolitiques de notre XXIe siècle, elle entend s’exprimer librement et ne jamais laisser les discours intolérants l’emporter. L’une de ses compositions intitulée, Can You See ?, est une vibrante diatribe contre les exactions policières aux États-Unis.

"Il y a, depuis quelques années, une dérive des autorités qui ferment les yeux sur les exactions à l’égard des Afro-Américains. Vous avez peut-être entendu parler de cette mère de famille abattue de sang-froid par un policier blanc alors qu’elle jouait avec son neveu, chez elle, à un jeu vidéo. Elle avait le tort d’être noire et représentait une menace pour ce représentant de la force publique. Curieusement, lorsque des policiers arrêtent un citoyen blanc, ils ne lui tirent pas dessus. Je le répète, être noir aux États-Unis est perçu comme une menace pour la société. D’ailleurs, la justification des policiers est toujours la même : "Au moment de l’arrestation, je me suis senti menacé, alors j’ai tiré !". Ils oublient juste de préciser que la victime avait les mains en l’air ou s’enfuyait pour échapper à la mort. Un enfant de 12 ans a été abattu par un policier blanc dans un parc alors qu’il jouait avec un pistolet… en plastique ! Il est inimaginable que je me taise ".

© RFI/Joe Farmer
Madison McFerrin dans sa loge avant son concert à Nancy.

Pour le moment, Madison McFerrin s’en tient à quelques concerts durant lesquels elle se présente et se fait un prénom, mais il est certain que son âme de militante ressurgira de manière plus évidente au fil des mois tant son propos, sans concession, est limpide et direct. Née d’un mariage mixte, Madison McFerrin voit le monde dans sa diversité et s’est construite à travers les enseignements et l’ouverture d’esprit de ses parents. Elle revendique d’ailleurs cette culture métisse qui la définit aujourd’hui. Pour autant, ses lointaines racines africaines semblent titiller sa quête identitaire…

"Ma mère avait tenté de me confronter à mes origines afro-américaines lorsque j’étais gamine. Je me souviens qu’à l’âge de neuf ans, elle m’avait montré le film "Roots" tiré du roman d’Alex Haley. Personnellement, j’ai cherché à savoir qui étaient mes ancêtres mais, du côté de mon père, les traces tangibles de ma généalogie ne peuvent remonter qu’au XIXe siècle. Du côté de ma mère, les documents ont été mieux archivés et je peux remonter jusqu’au XVIe siècle, jusqu’à mes ancêtres gallois ou irlandais. Quand j’étais petite, faute de pouvoir me parler de mes ancêtres, mon père me faisait danser avec lui, pendant 20 à 30 minutes, sur des musiques africaines. D’ailleurs, tout ce qu’il produit ou interprète est profondément enraciné dans les cultures africaines. C’est peut-être inconscient chez lui mais moi, je le perçois intensément. Pour le moment, je ne connais que l’Afrique du Nord mais j’aimerais découvrir l’Éthiopie, le Sénégal, le Kenya, en d’autres mots, le continent tout entier…"

Ainsi, Madison McFerrin évolue dans un monde pluriel où, depuis sa naissance, la multiplicité des sons, des langages, des traditions, est la norme. Elle reconnaît volontiers écouter, avec le même plaisir, les Beatles, Stevie Wonder, Radiohead, Prokofiev ou Aretha Franklin. Cela explique certainement son désir de restituer, grâce à sa voix élastique, les différentes couleurs de son univers sonore. Son prochain album, You & I, réalisé avec son frère Taylor, devrait réaffirmer plus encore l’universalité de son message et de son ingénieuse créativité.

Le site de Madison McFerrin

© Vincent Zobler/NJP 2019
Madison McFerrin sur scène, le 16 octobre 2019, lors des 46èmes Nancy Jazz Pulsations.

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