Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Il y a 20 ans, Grover Washington Jr nous quittait

Grover Washington Jr. © Getty images/Leon Morris/Redferns

Le 17 décembre 1999, à l’issue d’une prestation télévisée sur la chaîne américaine CBS, Grover Washington Jr fait un malaise dans sa loge. Victime d’une crise cardiaque, il décède quelques minutes plus tard dans un hôpital new-yorkais. Devenu célèbre grâce au titre Just the two of us interprété en compagnie du chanteur Bill Withers en 1980, ce brillant saxophoniste dut composer avec l’image commerciale écornée de l’instrumentiste pop peu représentative de son véritable talent. Retour sur une épopée beaucoup plus prestigieuse qu’il n’y paraît…

Nous sommes en 1943, Grover Washington Jr vient de naître à Buffalo, dans l’État de New York et grandira à l’écoute des cantiques religieux que sa maman affectionne tant et, notamment Come Sunday, une œuvre composée par Duke Ellington, divinement interprétée par Mahalia Jackson. C’est donc dans un environnement sonore emprunt d’une profonde spiritualité que le jeune Grover découvre la musique et le swing des grands orchestres dont son père collectionne les 33T. À l’âge de 8 ans, les oreilles déjà bien éduquées, il montre un intérêt certain pour le saxophone. Le Rythm & Blues qu’il entend à la radio au tournant des années 50 éveille chez lui une réelle passion pour les racines de la musique afro-américaine.

© Getty images/Andrew Lepley/Redferns
Grover Washington Jr en concert.

Très tôt, Grover Washington Jr et son frère Daryl (qui deviendra batteur) cherchent le moyen d’assister aux concerts des bluesmen de passage dans leur ville natale. À l’adolescence, ils se faufilent dans les clubs de Buffalo pour fréquenter leurs héros, mais le service militaire obligatoire les oblige à interrompre leur rituel nocturne pour des activités beaucoup plus strictes et rigides. Grover Washington Jr profitera de cette année dans l’armée américaine pour se lier d’amitié avec les musiciens du régiment auquel il appartient, dont un certain Billy Cobham, l’un des futurs grands batteurs de "L’épopée des Musiques Noires". Les deux hommes sympathisent très vite et finissent par jouer ensemble sans réelle intention de se professionnaliser.

À l’issue de ces 12 mois, nos deux apprentis soldats ne se perdent pas de vue. Redevenus civils, ils réalisent qu’ils ont finalement une furieuse envie de monter sur scène. Ils font alors le vœu de se prévenir mutuellement dès qu’une opportunité se présente. C’est ainsi que Grover Washington Jr apprend, par l’entremise de son ami Billy Cobham, que l’organiste Leon Spencer cherche un saxophoniste. Il a 27 ans et participe à sa première séance de studio prestigieuse. Il enregistrera deux albums avec Leon Spencer et se fera un devoir de renvoyer l’ascenseur à son alter ego, Billy Cobham, en le conviant deux ans plus tard à une session d’enregistrement pour son propre album Soul Box.

© David Redfern/Redferns/Getty Images
Grover Washington Jr sur scène en 1980.

Au début des années 70, Grover Washington Jr va se forger une réputation de brillant saxophoniste dont les excellentes productions discographiques font l’unanimité sans pour autant parvenir à toucher un très large public. Il faudra attendre 1975 pour que sa tonalité funk suscite la curiosité. Il comprend alors que rester dans l’ère du temps est une exigence si l’on veut exister dans le paysage musical américain. Il orientera donc désormais son répertoire vers une musicalité pop plus accessible mais, de fait, plus commerciale. Il deviendra aussi la cible préférée des puristes qui se feront une joie de vilipender ses œuvres. Les années 80 seront périlleuses. Si Grover Washington Jr se voit obligé de se justifier à chaque nouvelle sortie d’album, il n’imagine sûrement pas, à cette époque, qu’une composition signée Bill Withers va lui apporter la gloire. Just the two of us apparaît sur l’album Winelight en février 1981. Le succès est tel que son nom devient une référence.

20 ans après sa disparition, Grover Washington Jr est toujours cité comme l’un des instrumentistes immédiatement identifiables. Quel que soit le contexte, rap, jazz, funk ou soul, son phrasé mélodieux résiste à l’érosion du temps. Certes, certains arrangements d’autrefois se sont un peu flétris, mais il suffit d’écouter l’album Then & Now pour prendre conscience de la valeur du personnage. Grover Washington Jr fut un virtuose mésestimé mais sa légende le hisse au rang des plus grands !

© Anthony Barboza/Getty Images
Grover Washington Jr en concert à Town Hall (New York), le 22 février 1985.

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