Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

L’art de faire chanter les rythmes…

Le batteur Erick Borelva redécouvre l’album d’un illustre prédécesseur, Jo Jones. © RFI/Joe Farmer

En 1973, le fameux batteur de Count Basie, Jo Jones, acceptait d’enregistrer un album qui aurait pu effrayer… Il s’agissait d’un cours démonstratif de batterie très complet que le label Frémeaux & Associés édita en 2017 en double CD. Le batteur français, Erick Borelva, va encore plus loin en proposant Joyful Noise, un disque mélodieusement rythmique qui fait écho à la maestria de ses héros.

Les deux approches peuvent sembler similaires, mais l’intention est différente… La proposition de Jo Jones avait une dimension pédagogique. Erick Borelva cherche davantage à conter son histoire à travers un album riche et éclectique. Ses convictions, ses rencontres musicales, ses choix artistiques rythment ses solos de batterie comme les scènettes d’une vie trépidante. Chaque épisode de ce parcours enthousiasmant donne le tempo à ce disque audacieux. Seul, devant sa caisse claire, ses toms et ses cymbales, Erick Borelva dévoile une part de lui-même. Pas de mots, pas de notes, juste la narration cadencée d’une épopée.

On se surprend d’ailleurs à taper du pied en devinant l’histoire que chaque titre laisse entrevoir. Certes, un auditeur novice ne saura pas forcément décrypter la maîtrise technique du batteur, mais interrogeons-nous… Est-ce vraiment utile ? Les émotions que nous ressentons sont souvent plus explicites qu’un enseignement académique. Certaines allusions suffisent parfois à nous faire vibrer. Erick Borelva s’est d’ailleurs amusé à ponctuer son album de petits indices qui nous éclairent et nous ravissent. Entendre Elvin Jones, ancien batteur de John Coltrane, décrire la spécificité de son jeu nous donne subitement les clés d’une écoute libre, sans contraintes ni limites. Joyful Noise est donc une invitation à entrer dans le monde d’un batteur pétri d’influences très diverses (jazz, funk, soul, rock) qui ne s’interdit aucune expérience.

© RFI/Joe Farmer
Erick Borelva en studio à RFI.

 

Il faut dire que l’appétence d’Erick Borelva pour les collaborations variées lui a permis d’affirmer sa polyvalence rythmique et son savoir-faire. En compagnie d’Archie Shepp, Keziah Jones ou Larry Crockett, son touché s’est affiné. La décennie qu’il partagea avec Jalal Mansur Nuriddin, le regretté leader des Last Poets, pionnier de la culture rap au cœur des années 60, ouvrit singulièrement son esprit. Il est donc naturel qu’il ait choisi de lui rendre hommage sur le titre Mr. Jalal.

Un batteur ne peut transmettre son message que sur la peau d’un tambour. Trouver la frappe harmonieuse qui révélera une identité est un exercice périlleux. Il faut de la constance et de la sensibilité pour atteindre ce but et lui donner une résonance particulière. Avec goût, Erick Borelva s’est approprié ce « bruit joyeux » qui distingue le simple rythmicien du musicien aguerri.

© RFI/Joe Farmer
En attendant d’entrer en studio, Erick Borelva garde le rythme.