Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Herbie Hancock a 80 ans !

Herbie Hancock, en 2005. © Getty images/Paul Bergen/Redferns

Herbie Hancock est un Maestro respecté dont on ne peut contester la valeur dans "L’épopée des Musiques Noires". Touche-à-tout de génie, il poursuit un cheminement à contre-courant. Formidable compositeur, il se fait un devoir d’être toujours là où on ne l’attend pas. Virtuose absolu, Il est aujourd’hui un octogénaire inclassable. 

Révélé au sein du quintette de Miles Davis entre 1963 et 1968, il ne cessera de se remettre en question et d’expérimenter. Attentif aux évolutions artistiques de son époque, il adaptera son répertoire à l’ère du temps. Souvent précurseur, il étonnera ses admirateurs par son audace. Son ingéniosité identifiera chaque décennie dans l’univers du jazz, du funk, de la pop, et même des musiques électroniques. Son tonitruant Rock It en 1983 témoigne de son inventivité débridée. Il est, sans nul doute, l’un des grands créateurs de notre temps.

© Getty images/David Redfern/Redferns
Herbie Hancock (piano), Miles Davis (Trompette), Ron Carter (contrebasse), Wayne Shorter (Saxophone) et Tony Williams derrière ses cymbales (batterie), Festival de Jazz de Newport, 1967.

Herbert Jeffrey Hancock est né le 12 avril 1940 à Chicago. Comme tous les gamins noirs de son époque, il évolue dans une société américaine qui ne parvient toujours pas à s’affranchir du poids historique de l’esclavage et de la ségrégation. Bien qu’il vive au nord des États-Unis où le racisme est moins violemment exprimé, il réalise très vite qu’il faut se distinguer et jouer des coudes pour exister dans l’Amérique d’alors. Seuls les athlètes et musiciens afro-américains parviennent à échapper partiellement aux discriminations et à trouver leur place dans ce système inégalitaire. Le petit Herbert doit donc faire un choix pour avancer à grands pas et donner un sens à sa vie. Il s’imagine d’abord sportif de haut niveau, mais les circonstances familiales vont le pousser vers un piano.
 

Faute de pouvoir devenir champion de baseball, ses mains sont trop petites, le jeune Herbie Hancock se découvre une passion pour la musique et, notamment, le jazz. De formation classique (il était capable de jouer, à 11 ans, le premier mouvement du concerto pour piano N°5 de Mozart), il s’aventure pourtant sur un terrain musical plus périlleux : l’improvisation ! Bien qu’il ait le plus profond respect pour les compositeurs européens, Ravel ou Debussy, l’expressivité jazz d’Oscar Peterson ou de McCoy Tyner le fascine et, progressivement, un souffle de liberté guide ses choix artistiques et l’encourage à persévérer dans cette voie. En quelques années, Herbie Hancock devient un instrumentiste accompli. À 22 ans, il fait paraître son premier album "Takin’ off" et, à 23 ans, il rejoint Miles Davis sur scène. Au fil des années, leurs échanges rythmiques et harmoniques deviennent lumineux, instinctifs. Leur désir commun de tenter de nouvelles expériences les rapproche constamment.

© Tom Copi/Michael Ochs Archives/Getty Images
Herbie Hancock, 1970.

C’est à ce moment précis qu’Herbie Hancock comprend l’importance de sortir du cadre, de dépasser la tradition et de s’inventer son propre univers sonore.

Au tournant des années 70, il sent le vent tourner, il sait que le combat des Afro-Américains doit résister à l’érosion du temps alors que les grands orateurs d’antan ont disparu. Il faut affirmer son identité par d’autres moyens. Il choisit donc de s’intéresser à la culture de ses ancêtres. Il se passionne pour les langues africaines, notamment, le swahili et s’inspire des polyphonies pygmées centrafricaines pour revitaliser en 1973, l’une de ses compositions de 1962, devenue célèbre, Watermelon Man. Herbie Hancock surprend alors ses contemporains en faisant entrer des sonorités synthétiques dans le monde du jazz. "Quelle audace !", salueront ses plus fidèles partisans. "Quel scandale !", crieront les gardiens du conservatisme musical. Qu’importe les commentaires, Herbie Hancock ne veut pas s’enfermer dans une forme académique de son expression artistique. Comme son partenaire et ami Miles Davis, il compte sur son inspiration pour dynamiter un espace jazz devenu trop exigu à ses oreilles. Il réinvente ses œuvres passées comme pour donner une nouvelle jeunesse à des compositions qu’il trouve déjà trop poussiéreuses. Ce sera le cas de Cantaloup Island qu’il électrisera 15 ans après sa création.
 

En utilisant les outils les plus sophistiqués de l’époque, Herbie Hancock apparaît comme un chercheur, un esprit vif qui accélère le temps et bouscule le rythme de ses homologues jazzmen. Pendant près de 10 ans, il fera scintiller une nouvelle forme de jazz mâtinée de Funk, de Soul et, parfois, d’une culture hip-hop balbutiante. Cette fusion des styles le hissera au rang des plus importants innovateurs face à l’immobilisme de ses ainés. Il enfoncera le clou en 1983 avec une œuvre techno-jazz, totalement inattendue, Rock It. Ce sera le caprice miraculeux d’un musicien que rien n’arrête et qui fera grincer les dents des plus ardents défenseurs de la tradition jazz. Qu’à cela ne tienne, Herbie Hancock n’en est pas à sa première volte-face et ne s’inquiète pas outre mesure des attaques virulentes que suscite cet ovni musical.

© Peter Turnley/Corbis/VCG via Getty Images
Herbie Hancock, en 1983, près de l'Opéra de Paris.

Célébré dans le monde entier, notre trublion ne s’est jamais vraiment éloigné de cette tonalité jazz qui inonde son patrimoine sonore. À l’écoute des transformations stylistiques des années 90, Herbie Hancock continuera à flirter avec la pop mais trouvera l’équilibre parfait pour rester dans l’ère du temps. Il adaptera avec gourmandise les mélodies de Prince, Babyface ou Nirvana dont il ne mésestime pas l’impact sur la jeune génération. En 1998, Herbie Hancock surprendra à nouveau en se plongeant dans les pièces classiques de George Gershwin. Il démontrera combien sa rigueur pianistique avait porté ses fruits depuis ses études de jeune prodige au cœur des années 50.
 

Herbie Hancock est un caméléon, comme il le clamait déjà en 1973 avec son groupe, les Headhunters, mais ce drôle d’animal ne se contente pas de se fondre dans le tableau. Il crée sans cesse de nouvelles couleurs. L’humanité de ce grand artiste le pousse constamment à aller de l’avant et à envisager des projets toujours plus audacieux. En 2012, Herbie Hancock, devenu ambassadeur de bonne volonté auprès de l’Unesco, se dit que ce nouveau statut peut lui permettre de rendre encore plus visible et palpable les vertus du jazz. Il invente donc le "Jazz Day" ou "Journée Internationale du Jazz" qui désormais, chaque 30 avril, invite les capitales du monde entier à organiser des concerts, évènements, ateliers, colloques, jam-sessions, autour du jazz. Depuis la première journée internationale du jazz à Paris, le 30 avril 2012, d’autres grandes villes ont suivi l’exemple à travers la planète : Istanbul, Osaka, Washington, La Havane, Melbourne, Saint-Pétersbourg. En accueillant des musiciens de tous horizons, de Femi Kuti à George Benson en passant par Aretha Franklin, Richard Bona, Chucho Valdès, Marcus Miller, Hugh Masekela, Gregory Porter, Tania Maria, Oumou Sangaré, et des dizaines d’autres, Herbie Hancock mit à profit son carnet d’adresses pour développer ce concept de communauté jazz universelle qu’il appelle de ses vœux depuis si longtemps.

© Getty images/Robert Marquardt/WireImage
Herbie Hancock, à Barcelone (Espagne), en 2019.

La journée internationale du jazz en 2020 a, malheureusement, été victime du coronavirus. Elle fut annulée par les équipes de l’Unesco. Elle devait se tenir pour la première fois sur le continent africain, au Cap en Afrique du Sud. "Ce n’est que partie remise", ont précisé les organisateurs et ce choix douloureux ne remet pas en cause l’esprit de ce "Jazz Day". Alors que l’on célèbre le 80ème anniversaire d’Herbie Hancock, inspirons-nous de ses mots sages : "La musique est un don pour l’humanité, un message de liberté et d’espoir. N’abandonnons pas  !"
 

Le site d'Herbie Hancock

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