Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Hommage à Tony Allen

Tony Allen à Jazz à La Villette en 2019. © RFI/Edmond Sadaka

Le 30 avril 2020, Tony Allen disparaissait à l’âge de 79 ans. Bien que sa notoriété ait longtemps reposé sur ses nombreuses années de complicité avec l'illustre Fela Anikulapo Kuti, le batteur nigérian avait toujours cherché à se distinguer en épousant l'ère du temps et en insufflant une cadence savante à son propre répertoire.

S'il fut l'un des maîtres d'œuvre de l'Afrobeat, cette forme d'expression héritée du High-life ghanéen, Tony Allen revendiquait cependant des influences Jazz-Funk empruntées aux légendes d'autrefois. Fervent admirateur de Gene Krupa, formidable pilier des orchestres swing de Benny Goodman, il reconnaissait également avoir consciencieusement écouté et étudié le jeu de ses aînés américains, Art Blakey et Max Roach. Cette tonalité Be Bop insufflée par les grands anciens avait progressivement enrichi la texture africaine de Tony Allen.

 

L'Afrobeat fut donc le fruit de plusieurs tempos et univers sonores que Tony Allen se fît un devoir de modeler à sa guise au fil des décennies. Son album Film of Life (Jazz Village), paru en 2014, en était la parfaite illustration. Au-delà de l'intention narrative d'une vie entière consacrée à pétrir une musicalité métronomique implacable, ce disque fourmillait de trouvailles rythmiques étonnantes qui inscrivaient son jeu dans l'humeur musicale du XXIe siècle. Son amitié artistique avec le multi-instrumentiste et producteur britannique, Damon Albarn, avait par ailleurs contribué à revitaliser une identité culturelle trop longtemps réservée au seul continent africain... Tony Allen avait su échapper à cet écueil en ouvrant son esprit créatif à d'autres couleurs, quitte à s'éloigner momentanément de la sève de l'Afrobeat originel.

 

© RFI/Edmond Sadaka
Tony Allen à «La Batterie» à Guyancourt en 2015.

 

Tony Allen savait que l'altruisme et la constance épousaient les valeurs nécessaires à la longévité d'un musicien parmi ses contemporains. Le label World Circuit avait fait paraître en mars 2020 un album auquel il était profondément attaché. Enregistré en 2010 à Londres, ces séances de studio avaient réuni deux amis de longue date, le trompettiste sud-africain Hugh Masekela et Tony Allen lui-même. Rejoice fut une conversation artistique majestueuse entre deux maestros. L’addition de ces rythmes et de ces harmonies fut le dernier écho d’une destinée palpitante que Tony Allen aimait conter chaque fois qu’on lui tendait un micro.

 

► À lire aussi sur RFI Musique : Le Jazz de Joe : Tony Allen et Hugh Masekela

 

© Brett Rubin & Bernard Benant
Hugh Masekela & Tony Allen.

 

Le 15 novembre 2014, c’est le film de sa vie qu’il avait accepté de regarder en face. Ses années de jeunesse à l’écoute du jazz d’antan, sa rencontre avec Fela Kuti, ses collaborations éclectiques et ses désirs de septuagénaire assagi, animaient une discussion radiophonique précieusement conservée dans les archives de « L’épopée ».

 

► Site internet de Tony Allen