Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Hommage à Little Richard

Little Richard en 1957. Scène du film "Mr Rock'n'Roll". © Michael Ochs Archives/Getty Images

Lorsque les premières notes de rock'n'roll firent leur apparition sur les ondes des radios américaines au cœur des années 1950, personne ne voulait croire que cette nouvelle forme d'expression avait, en fait, été inventée par des artistes noirs trop longtemps ignorés. Ce qu'Elvis Presley chantait devant des foules ébahies n'était pourtant rien d'autre qu'une adaptation opportune d'un répertoire blues emprunté à des musiciens afro-américains méprisés. Il faudra le courage et la fougue de quelques agitateurs comme l'imprévisible et fantasque Little Richard pour que le regard condescendant de l'Amérique blanche se confronte enfin à une réalité incontestable : la culture noire fut bien la matrice des musiques populaires américaines !

La lutte fut longue et âpre pour imposer un patrimoine dans une société aveugle et sourde aux prouesses artistiques d'une communauté bafouée et souvent bâillonnée. Cependant, la ténacité des premiers bluesmen à faire entendre leur complainte, la constance des jazzmen à faire swinguer leur combat racial et la foi inébranlable des chœurs gospel à croire en une justice équitable ont maintenu la flamme du peuple noir et dessiné les contours d'un paysage sonore multicolore. De Robert Johnson à Chuck Berry, de John Lee Hooker à Bo Diddley, de Mahalia Jackson à Willie Dixon, la ferveur africaine ancestrale a résisté aux assauts intolérants des simples d'esprit.

© Charlie Gillett Collection/Redferns
Little Richard en studio, 1960.

Il fallait apprendre à se distinguer pour exister face aux exactions racistes d'une population encore très conservatrice. La personnalité de Richard Wayne Penniman dit Little Richard est, à ce titre, fascinante... Né en 1932 à Macon en Géorgie, l'un des États américains ségrégationnistes les plus féroces au XXe siècle, ce formidable «showman» préféra l'outrance et les postures exubérantes pour contrer les quolibets et les injures. Noir, homosexuel, artiste, son statut social fut immédiatement écorné, égratigné, vilipendé. Il parvint cependant à esquiver les coups bas en devenant l'un des plus brillants chanteurs de sa génération. Ses nombreux succès et son jeu de scène flamboyant étaient son paravent et sa meilleure défense.

Au-delà de ces douloureuses vicissitudes, Little Richard a imposé un style, un genre, une humeur musicale totalement inédite à l'époque. Il a, très tôt, affirmé l'identité noire du Rock'n'Roll. Retour sur une vie agitée en compagnie du musicien, dessinateur et auteur français, Bruno Blum dont l’anthologie de 3CDs (Fremeaux & Associés) éditée en 2015 et consacrée aux années fastes de cet iconoclaste pianiste et trublion du rock, nous permet aujourd’hui de commenter, analyser, illustrer, une épopée qui s’est achevée le 9 mai 2020. Little Richard avait 87 ans.

© Theo Wargo/WireImage for Consilium Ventures
Little Richard au Théâtre Apollo, à New York, en 2006.