Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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The Blues Brothers

Dan Aykroyd (Elwood Blues) et John Belushi (Jake Blues), le 18 novembre 1978. © Al Levine/NBCU Photo Bank/NBCUniversal via Getty Images

Sorti aux États-Unis, il y a 40 ans, le 20 juin 1980, le film The Blues Brothers est resté dans notre mémoire collective comme l’une des plus enthousiasmantes comédies musicales de l’histoire cinématographique. Outre le jeu d’acteurs sautillant de Dan Aykroyd et John Belushi, le casting fut une surprise de taille pour les spectateurs de l’époque puisqu’il réunissait les plus grandes figures de "L’épopée des Musiques Noires" : Ray Charles, Aretha Franklin, Cab Calloway, John Lee Hooker, James Brown, etc.

L’histoire des Blues Brothers ne débute pourtant pas sur les écrans de cinéma… C’est sur le plateau du "Saturday Night Live", l’émission phare de la chaîne américaine NBC, que naît l’idée de former un orchestre largement inspiré par le répertoire afro-américain. Ainsi, à la fin des années 1970, les Blues Brothers ponctuent les soirées des téléspectateurs américains d’apparitions musicales, pleines d’humour et d’énergie, secondés par quelques musiciens de renom dont le célèbre guitariste Steve Cropper, auteur de plusieurs grands classiques composés pour le label Stax Records de Memphis. L’intention de prolonger l’aventure télévisuelle des Blues Brothers sur scène devient rapidement une évidence. La joyeuse troupe décide alors de donner des concerts à travers les États-Unis et le public répond immédiatement présent.

© Universal Pictures/Getty Images
Dan Aykroyd (gauche) et John Belushi (droite) écoutent Ray Charles jouer du piano, scène du film "The Blues Brothers", 1980.

Les Blues Brothers sillonnent donc les grandes villes américaines soutenus par des instrumentistes aguerris, le bassiste Donald "Duck" Dunn, le guitariste Matt "Guitar" Murphy, le saxophoniste Lou Marini, le trompettiste Alan Rubin, et le directeur musical de l’orchestre, Steve Cropper, entre autres… C’est une formation composée de musiciens blancs et noirs qui accompagne les Blues Brothers dans son cheminement vers la gloire. Le réalisateur John Landis ne sera pas insensible à ce choix de faire appel à de vrais virtuoses quelle que soit la couleur de leur peau. Lorsqu’il s’attaquera au scénario du film "The Blues Brothers", il veillera à conserver les membres du groupe originel en y ajoutant sa touche personnelle.

Si le répertoire des Blues Brothers rythme ce film trépidant, John Landis augmentera le casting de personnalités incontournables du patrimoine noir. C’est le parrain de la Soul qui aura l’honneur d’ouvrir le bal dans un prêche que seul James Brown pouvait livrer. Suivront d’autres moments d'anthologie comme l’apparition de John Lee Hooker ou encore celle, épique, d’Aretha Franklin qui conseille à son mari, interprété par le guitariste Matt "Guitar" Murphy, de bien réfléchir avant de rejoindre les Blues Brothers, lors d’une scène devenue culte.

© Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images
John Belushi et Dan Aykroyd, aux côtés de la chanteuse américaine Aretha Franklin, pendant la comédie musicale "The Blues Brothers, de John Landis.

Le film "The Blues Brothers" réunit en 1980 des icônes de la musique populaire afro-américaine qui sauront capitaliser sur le succès de ce long-métrage pour rebondir à une époque où le disco occupe les ondes radio et le rap commence à ébranler la société outre-Atlantique. En apparaissant à l’écran dans une comédie musicale très bien ficelée, les étoiles des années 1960 actualisent alors leur image et s’adressent à une nouvelle génération d’une manière ludique et terriblement efficace. Certes, l’histoire qui nous est contée dans ce film est un peu abracadabrante puisqu’il s’agit d’un périple insensé de deux voyous sympathiques, en mission pour le Seigneur, afin de récolter des fonds pour un orphelinat catholique où ils ont été élevés, quitte à braver la loi et s’attirer les foudres des autorités, de leurs créanciers, et de quelques suprémacistes à leurs trousses mais, reconnaissons-le, voir Ray Charles, propriétaire d’un magasin d’instruments de musique, se livrer à une telle prestation, donne encore plus de relief à ce scénario dingo.

Le succès du film en salles réveillera l’envie des musiciens de remonter sur scène et d’enregistrer des disques. Steve Cropper, l’un des piliers de l’orchestre, veillera à perpétuer cette aventure unique et, après la mort prématurée de John Belushi en 1982 à seulement 33 ans, aura la volonté farouche de pérenniser les Blues Brothers avec les musiciens d’origine. Plusieurs albums furent enregistrés auxquels participaient parfois Dan Aykroyd alias Elwood Blues, l’ancien comparse de John Belushi.

© Elena Aquila/Pacific Press/LightRocket via Getty Images
Steve Cropper et John Tropea, en concert avec le "Blues Brothers Band", lors de la 4ème édition du Festival de jazz de Turin, en 2015.

20 ans après le premier film, John Landis imagina une suite à cette épopée cinématographique. Il convia donc le groupe, toujours en activité, à reprendre le chemin des studios pour inventer le scénario de "Blues Brothers 2000" et concocter la bande originale de ce nouvel épisode. C’est à nouveau une ribambelle de sommités afro-américaines qui se presseront pour participer à ce second chapitre : Bo Diddley, Isaac Hayes, B.B. King, Koko Taylor, Grover Washington Jr, Erykah Badu, Wilson Pickett, Sam Moore, Junior Wells, Eddie Floyd, et le retour d’Aretha Franklin et de James Brown…

À bientôt 80 ans, Steve Cropper, cheville ouvrière du répertoire des Blues Brothers, verse, comme tous les spectateurs du film et admirateurs du groupe, dans la nostalgie. Il sait que la page est tournée et ne peut qu’exprimer des souhaits : "Quel serait mon plus grand vœu ? Ce serait de revoir John Belushi et tous les musiciens avec lesquels j’ai eu le privilège de travailler au fil des années, Otis Redding, Al Jackson, Donald "Duck" Dunn, Matt "Guitar" Murphy, Alan "Mister Fabulous" Rubin, etc. Si là-haut, il y a une petite place pour moi, je serais heureux de retrouver mes vieux camarades".

Le site de Steve Cropper

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